L’Economie Sociale et Solidaire (ESS ) gagne du terrain en France selon l’Observatoire National de l’ESS dans son récent Atlas commenté de l’économie sociale et solidaire 2014. Une bonne nouvelle pour les créations d’emplois aussi divers que les secteurs qui composent l’ESS . Ceux-ci, toujours en progression sur les 3 dernières années, représentent plus de 10 % de l’emploi en France, et contribuent à 6 % du PIB national, sans tenir compte du travail bénévole conséquent dans les structures mutualistes et coopératives. Certes, l’utopie qu’était l’ESS il y a quelques années commence à s’affirmer comme une réalité française. Mais si ses acteurs n’opèrent pas un changement structurel important, elle restera l’éternelle « alternative économique ».

Agricultrice partenaire de l’ONG britannique Oxfam

Agricultrice partenaire de l’ONG britannique Oxfam

Un concept aux délimitations encore floue
Cela tient au fait qu’il est toujours difficile de cerner ce concept d’économie sociale. Ce n’est pas un membre de l’association d’entrepreneuriat social EMicrocrédit qui remettra en question les vertus de l’ESS, qui sont le moteur de notre engagement associatif, mais il faut avouer qu’on est rapidement dépassé par ces questions de délimitation. La loi Hamon sur l’ESS jette les bases pour une meilleure visibilité du champ de définition, mais la conception retenue souffre encore de lacunes. A titre d’exemple, il suffirait pour un fonds d’investissement ne partageant aucunement les valeurs de l’ESS d’être la filiale d’un groupe mutualiste pour être dans la même catégorie qu’une institution de microfinance aidant des jeunes en insertion dans leurs projets entrepreneuriaux. Ce qui est, convenons-en, une aberration dans cette loi.

 

Un impact sociétal difficilement mesurable
Le coeur de l’ESS reste la contribution sociétale, qu’il faut définitivement préférer au terme « social ». Mais comment peut-on rigoureusement la mesurer ? Même les économistes se trouvent bousculés dans leurs modèles économiques lorsqu’il s’agit de développer la relation entre performance sociétale et performance financière. Mesurer la performance sociétale impose que l’on recoure à des outils suffisamment puissants pour engager des actions conséquentes comme, par exemple, financer un projet selon les critères d’impact sociétal en diminuant les risques de subjectivité du porteur de projet dans la réalisation de son étude d’impact.

 

Retour à la case départ : la théorie
L’objectif de l’ESS est donc de gagner en rigueur, de faire évoluer ses modèles d’affaires reposant trop souvent sur la subvention et le bénévolat comme ressources, pour enfin pouvoir sortir de sa subsidiarité économique. Concrètement, l’ESS a besoin de mieux quantifier ses apports et sa valeur ajoutée sociétale. En 1985, Ullman concluait son étude sur l’ensemble des travaux de recherche portant sur la performance sociétale des  empiriques en recherche de théorie ». Près de trente ans après, nous sommes devant le même constat si l’on en croit l’Observatoire National de l’ESS. L’INSEE n’a pas vocation à théoriser. Il est alors plus que nécessaire de développer des travaux de recherche académique en France pour la recherche en ESS, grâce notamment à des chaires universitaires dédiées ou encore aux Think Tanks. Les hommes politiques contemporains ont de plus en plus recours à ces derniers pour y puiser des idées innovantes et justifier auprès de leurs concitoyens les actions menées, comme par exemple la Brookings Institution qui alimente les débats du Parti Démocrate américain.

 

Soufiane EL JAI, membre de l’association EMicrocrédit

 

Contact : soufiane.eljai@gmail.com