LE GRAND ENTRETIEN : BRIGITTE PLATEAU

 

Brigitte Plateau a été nommée administratrice générale de Grenoble INP le 28 février 2012, après un parcours riche d’enseignante-chercheuse, et un an et demi à la tête de l’ENSIMAG, l’une des six écoles de Grenoble INP.

Brigitte Plateau

Brigitte Plateau

Nous venons de fêter votre premier anniversaire à la tête de Grenoble INP. Quels sont les principaux changements que vous avez insufflés à l’école depuis votre arrivée ?
Comme vous le savez, on ne fait pas évoluer une structure comme Grenoble INP en un an de façon marquée. Quand j’ai présenté un projet de présidence, je me suis appuyée sur les acquis de mon prédécesseur : il avait restructuré l’établissement, lancé les projets PILSI et GreEn-Eer, et ensuite nos actions se sont focalisées sur le positionnement de Grenoble INP au sein du site grenoblois et en parallèle au sein du réseau des INP, un réseau très fort, en tête des réseaux d’ingénieurs. Les écoles Centrale et Mines Télécom ont lancé une vraie campagne de visibilité et d’extension de leur réseau, donc nous voulons également travailler sur ces deux volets.
Nos caractéristiques :
• des écoles avec un spectre thématique clair, à la différence par exemple des écoles Centrale qui sont généralistes,
• le fort ancrage dans la recherche en partenariat avec les grandes institutions de recherche et les universités.

 

En terme de recherche, l’un des axes prioritaires pour Grenoble INP, c’est selon le site internet de l’école, « d’être reconnu et incontournable dans les disciplines où l’établissement peut revendiquer l’excellence. » Or, Grenoble INP regroupe six écoles représentées par 22 filières métiers ! Quelle est votre stratégie ? Exceller dans un maximum de domaines, ou se focaliser sur deuxtrois disciplines clés ?
En réalité, nous ne couvrons pas énormément de disciplines : mathématiques-informatique, physique, et un peu de chimie. Donc nous ne souhaitons pas nous spécialiser davantage : nous devons répondre à un besoin de formation quel que soit l’état de l’économie. L’intérêt du polytechnique c’est de ne pas être généraliste, mais aussi de couvrir un spectre de techniques suffisamment large pour pouvoir répondre aux aléas économiques. Nos étudiants sont sur le marché avec une forte technicité mais ils peuvent quand même rebondir face aux changements du monde économique.

 

Lors d’une interview organisée par Grenoble INP Alumni, vous disiez souhaiter « renforcer toujours plus vos partenariats avec le monde industriel ». Et en effet, quelques mois plus ntard, un partenariat était signé avec Safran. D’autres collaborations sontelles en projet ?
Ce que je pense, c’est que les écoles de Grenoble INP ont déjà un tissu extrêmement dense de partenariats industriels. Nous voulons accompagner ce tissu par un certain nombre d’actions (des accords cadres, des chaires comme celle qui a été créée avec ERDF sur les smartgrids, etc.) qui pourront faire converger de nombreuses initiatives, plutôt que dans l’ouverture de nouveaux partenariats parce que notre action est déjà très large. Les six écoles de Grenoble INP sont sans conteste l’une des clés de son succès.

 

L’heure est-elle à l’élargissement ou à l’approfondissement ?
Nous sommes davantage dans une logique d’approfondissement avec des synergies plutôt que de nous ouvrir vers d’autres domaines.

 

Quelle anecdote retenez-vous de cette première année à la tête de Grenoble INP ?
Un événement qui m’a marquée, c’est l’habitude à Grenoble INP de faire une cérémonie de rentrée avec tous les élèves, préparée à la fois par l’établissement et les associations. Donc, en tant qu’administrateur, vous vous retrouvez seule sur une estrade face à 800 étudiants, d’un côté il y a les rouges, de l’autre les jaunes, ils se lancent des slogans, et dès que vous parlez, ils chantent « Elle a bien parlé, elle a bien parlé ! ». Il s’agit de se positionner comme administrateur au milieu de la communauté étudiante. La cérémonie s’est terminée par une danse que les 800 étudiants avaient apprise. C’était très émouvant.

 

Vous êtes la première femme élue à la tête de Grenoble INP depuis la création de l’école il y a plus d’un siècle. Est-ce qu’augmenter la proportion de jeunes filles constitue l’un de vos défis ?
Nous essayons de mener à bien des actions à ce sujet. Par exemple, l’année dernière, nous avons invité une troupe de théâtre avec un public de lycéennes afin de débusquer les a priori. Et en parallèle nous avions organisé une journée qui présentait Grenoble INP.

 

Grenoble INP a grimpé dans les classements internationaux (35e place mondiale en Sciences des matériaux dans le classement QS juillet 2012). La visibilité du PRES Université de Grenoble est-elle aussi satisfaisante que celle de Grenoble INP à l’international ?
Il est important vu la taille de la France au niveau de la planète de donner naissance à des Pôles d’Enseignement Supérieur et de Recherche pour créer de la visibilité. Grenoble INP est très visible sur son domaine d’activité. Mais dans le monde de la recherche, nous sommes beaucoup mieux identifiés si nous nous présentons comme un acteur du site grenoblois qui possède un certain nombre de Shanghai où nous ne sommes pas positionnés seuls mais collectivement. Je pense que nous devons créer un label commun, au sein duquel Phelma par exemple représente une compétence en microélectronique. Il ne s’agit pas de choisir un label plus qu’un autre, mais de décliner les différents labels en fonction des contextes.

 

Quelles sont les conséquences de l’Opération Campus, qui a donné naissance au projet stratégique « Grenoble Université de l’Innovation », sur Grenoble INP ?
C’est d’abord des mètres carré neufs et modernes qui vont nous être dévolus, ce qui va nous permettre de rénover le patrimoine immobilier. Ensuite, pour nous le plan Campus ce sont de nouvelles synergies sur les deux branches du campus : GreEn-Er sur le site ouest, et PILSI sur le site est.

 

Un mot de conclusion ?
Ce qu’il faut retenir de Grenoble INP et de cette nouvelle mandature c’est que vraiment nous souhaitons développer la spécificité de l’INP, celle d’une formation ancrée dans la pratique, mais aussi dans le monde de la recherche.

 

Deux jeunes diplômés posent leurs questions à Brigitte Plateau
Stéphanie Michel (2012) :
Pensez-vous, après quelques années, que le remaniement des écoles de Grenoble INP ait vraiment été profitable à la qualité de l’enseignement (en particulier pour les filières électroniques, pour lesquelles la reconnaissance de l’ENSERG était très forte) ?
De fait, toutes les écoles qui se sont restructurées ont monté dans les classements ce qui montre l’intérêt de ce type de changement. Il est vrai que l’ENSERG était très reconnue, mais il y avait en revanche d’autres structures qui étaient plus faibles. Nous avons fait en sorte que la stratégie du groupe gagne : certains y ont beaucoup gagné, d’autres de façon plus mesurée, mais l’ENSERG n’y a pas perdu !

Florent Gauthier (2010) :
Grenoble INP propose des formations répondant à des enjeux sociétaux controversés, comme le nucléaire, les nanotechnologies… Comment abordez-vous la culture de l’esprit critique auprès des étudiants ?
Ce que je crois, c’est qu’il faut qu’on amène les étudiants à prendre conscience du rôle qu’ils auront dans la société et nous souhaitons développer avec eux des débats à ce sujet. Nous voudrions qu’ils soient acteurs de cette démarche. Ce sera une offre de réflexion, d’échange, à côté du cursus, et qui pourra se développer avec les autres acteurs du campus : nous voulons développer les interactions avec l’école d’architecture et les cursus de médecine.

Stéphanie Michel (2012) :
Etes-vous favorable à une professionnalisation plus forte pendant le cursus ingénieur, par le biais de filières en alternance ou des projets en lien plus direct avec les entreprises ?
La réponse est définitivement oui, d’ailleurs nous y travaillons : quatre de nos six écoles proposent des formations en alternance, et les deux autres ont des dossiers qui ont été évalués favorablement par la CTI (Commission des Titres d’Ingénieurs) et sont maintenant déposés à la région pour demande de financement. Nous aurons donc au moins une autre formation en alternance, sinon deux, cette année. Par ailleurs, concernant les relations avec le monde industriel, nous développons de plus en plus de projets avec les entreprises. Déjà, il y a toujours eu le PFE en fort lien avec le monde industriel, et maintenant nous essayons de développer des projets sur plusieurs années, par exemple en lien avec des PME. Enfin nous participons à toutes les initiatives sur le site grenoblois pour sensibiliser voire immerger nos étudiants aux problématiques liées à l’entrepreneuriat.

 

*Pôle International Logiciel et Systèmes Intelligents

 

Claire Bouleau