Affaires Kerviel, Madoff, Libor… Ces énormes scandales financiers ont été mis au jour au moment où le monde traversait deux crises majeures : l’explosion de la bulle immobilière américaine et ses conséquences sur les banques ainsi que la crise des dettes souveraines colossales d’une grande partie des états occidentaux, Europe en tête. Traduites immédiatement par des chocs sur les marchés financiers, elles ont contribué à faire naître ce que le monde connaît depuis 2008 comme « LA crise financière ». Certains mots sont devenus communs par le biais des médias : dettes, risques, éthique… L’enseignement de la finance dans le Supérieur a été contraint d’évoluer face à ces nouveaux défis.

Entre attrait et répulsion
Les successions de crises et de scandales ont fortement polarisé l’attitude des étudiants face à la finance autrefois considérée comme un domaine central (voir banal) dans les grandes écoles. Un certain nombre d’entre eux se sont passionnés pour les mécanismes complexes entrevus dans les médias. D’autres voient désormais dans la discipline elle-même la cause de tous les problèmes que connaît l’économie. L’enseignement de la finance, qui reste technique en comparaison de beaucoup d’autres aspects du management, s’est adapté à ces nouveaux défis, et tente de prévenir les dérives futures des acteurs de ce secteur.

 

Les dettes en question
L’analyse des modes de financement des entreprises et organisations fait souvent ressortir les dettes comme un outil attrayant. En effet, elles produisent non seulement un effet de levier faisant croître la rentabilité des fonds propres mais leur coût est plus faible que celui du financement en capital. Toutefois, ces bénéfices des dettes sont obtenus au prix d’un risque qui s’accroît. Cela n’a pas toujours été assez souligné : la crise met en lumière les problèmes que la dette peut générer. Nous insistons désormais beaucoup plus sur les dangers que comporte ce mode de financement qui n’est en aucun cas une solution miracle.

 

Le risque mieux pris en compte
Les crises récentes ont également affecté l’enseignement de la notion de risque. La mesure et la compréhension de cette dimension essentielle de la finance s’est longtemps cantonnée à des aspects purement mathématiques. Cela pouvait aboutir à deux perceptions erronées. Certains étudiants, à l’aise sur les sujets quantitatifs, avaient la fausse impression de maîtriser le risque. D’autres, au contraire, abandonnaient toute idée de contrôler cet élément qui leur paraissait trop complexe. Désormais nous tentons d’avantage de faire comprendre l’idée elle-même avant d’entrer dans les aspects techniques. Nous essayons d’en expliquer la philosophie.

 

Une dimension d’éthique, de responsabilité
Nous avons réalisé que les professionnels du domaine avaient parfois tendance à cacher leur responsabilité derrière les aspects techniques et mathématiques de la finance, comme si tout était décidé pour eux et qu’ils « n’avaient pas le choix ». Depuis plusieurs années maintenant (et pour tout dire, cela a commencé avant la crise), les écoles de management abordent les problèmes éthiques dans toutes les disciplines, et notamment en finance. Le but est de mettre les étudiants, futurs professionnels, face à leur responsabilité. Ils doivent prendre conscience des conséquences importantes de leurs actions dans un contexte professionnel. Bien sûr, nous ne cherchons pas à donner aux étudiants « la bonne réponse ». Nous les poussons à réfléchir, à déterminer pour eux même ce qui leur semble plus éthique, tout en insistant sur le fait que cette dimension éthique peut être présente dans bien des décisions qui semblent simples a priori. L’enseignement de la finance s’est élargi mais recentré en réponse aux défis posés par les crises actuelles, pour former des acteurs responsables et pas seulement compétents.

 

Par François Desmoulins-Lebeault,
enseignant chercheur en Finance à Grenoble École de Management
francois.desmoulins-lebeault@grenoble-em.com