Révélé en mai 2013 grâce à la sortie de Blizzard, leur premier EP autoproduit, Fauve, sensation musicale du moment déchaîne les passions. Naviguant entre des textes intimistes parfois sombres, une musique poignante et des images réalistes mises en scène à travers des clips, qui ne passent pas encore à la télévision, le Collectif Fauve a su embarquer un certain public. Car plus qu’un groupe, Fauve est un Collectif français né en 2010 et composé entre autres de musiciens, de graphistes ou encore de comédiens réunis autour du même projet et d’une même vision de la vie. Mais derrière l’empreinte musicale de cette formation, on trouve 5 jeunes, pas encore trentenaires. Avec Vieux Frères, premier album, sorti il y a un mois, ces amis d’enfance qui tiennent à conserver leur anonymat, livrent leur propre histoire.

Mais quelle est-donc l’histoire de ce collectif dont le nom inspiré d’un courant en peinture, est dès le printemps 2013, sur toutes les lèvres ? Né il y a trois ans à peine, Fauve, c’est d’abord et surtout une histoire d’amitié, une histoire de potes, de « Vieux Frères », comme l’indique le titre éponyme de l’album Vieux Frères, partie 1 dont le second round sera dévoilé fin 2014. Le Collectif, qui émerge véritablement au printemps 2011 grâce aux réseaux sociaux, est composé de 5 permanents, (dont on taira les noms, par souci d’anonymat) dans ce qu’on peux appeler la « section » musicale de cette formation composée aujourd’hui d’une vingtaine de membres, issus de différents milieux artistiques. Si l’on peut affirmer une chose sur ce groupe, c’est que « leur monde » ne laisse semble t-il, personne indifférent. Tantôt encensé, tantôt critiqué, Fauve réussit l’exploit de créer un vrai buzz. A leur insu. Il faut dire alors à quel point, leur premier album également autoproduit sous le label Fauve Corp, était attendu.
Onze morceaux cinglants portés par une voix masculine composent le tout premier disque aux accents mi-rock, mi-pop, mi-rap. « Dans cet album, on raconte notre histoire. On repart deux ans en arrière, quand on a commencé à construire Fauve et qu’on n’était vraiment pas bien, on était dans le « Blizzard », la tête dans le coaltar », explique un des membres du collectif. Avec Blizzard, leur premier EP, Fauve livrait déjà son mal-être, son malaise ainsi que sa soif et rage de vivre dans un quotidien marqué par l’urgence. Vieux Frères, partie 1 joue sur la même palette de thèmes, et les trois piliers importants que sont les textes, la musique et les images. Mais, ce premier album est aussi celui du retour vers la guérison. « On explique aussi comment et pourquoi, petit à petit on a réussi à s’en sortir un peu, à sortir du tunnel », révèle l’un des Fauves. Dans le morceau Tunnel, justement, Fauve commence à faire entendre cette envie de ne plus sombrer, de s’en sortir, en faisant parler une voix féminine. Mais c’est surtout avec le titre Lettre à Zoé, morceau joliment interprété que le Blizzard laisse place à l’Amour.

 

Génération paumée
La force de Fauve, ce sont tout d’abord des textes très intimes, des mots noirs, qui retiennent l’attention. Le collectif dont le style écrit est selon lui, plus proche du rap que du slam, propose à son public une forme parlée-chantée, le spoken word, sorte de poésie orale. De quoi est-il question dans ces textes récités et écrits par le seul et même membre du « clan » Fauve (dont on taira le nom, comme indiqué plus haut…). Très souvent, les morceaux décrivent les colères, les peurs mais aussi les espoirs d’une certaine jeunesse. Celle qui se cherche, qui devient adulte et qui peine à trouver sa place dans une société tiraillée, pleine d’exigences. Fauve ne prétend pas pour autant décrire ou parler au nom de la jeunesse, bien au contraire. Tout ce qui a été dit dans le premier EP ainsi que dans le premier album est très personnel. Il s’agit de leur propre histoire. « On ne parle au nom de personne d’autre que nous-mêmes. Il n’y a pas de fiction. C’est ce qui nous arrive à nous, nos amis, à nos proches ». Là-dessus, le Collectif est clair : leur ambition n’est pas de parler d’une génération ou à la place d’une génération comme il a pu l’entendre ici ou là. « Même si ça fait très plaisir de voir des jeunes qui aiment nos chansons et se retrouvent là-dedans, on travaille avant tout pour nous. Ce n’est pas en pensant à ça qu’on a créé Fauve. Moi, ca me ferait chier de voir un artiste qui se considérerait comme une « voix » de la génération », avoue l’un des membres, qui parle ici pour tout le monde. On l’aura compris, même si la portée de leurs textes est universelle, le groupe ne prétend pas représenter la jeunesse d’aujourd’hui, sur laquelle il porte tout de même un certain regard. « On a l’impression que tout est une question de forces, de pouvoir, que ce soit dans les relations intimes, ou dans le travail. Il faut réfléchir, intégrer des paramètres qui devraient être accessoires, et ça c’est fatiguant. Et puis, on ressent aussi ce sentiment de culpabilité quasi-permanent. On a toujours eu le sentiment de rien faire de bien de nos vies, de ne pas réussir à faire des choses intéressantes. Mais ça, c’est ce que nous, on ressent, on est personne pour dire : notre génération, elle est comme ça ».

 

Ni poète, ni écrivain
On a beau les comparer à des poètes, Fauve est et restera Fauve. C’est-à-dire, une bande d’amis qui ne souhaite pas être considérée pour ce qu’elle n’est pas. Ecrire à la Fauve, n’est d’ailleurs pas si difficile que ça, explique le Collectif, déjà plusieurs fois parodié sur le web par ses détracteurs. « Ce truc-conversationnel confident est très facile à faire. Tout le monde peut écrire à la Fauve et faire comme si ils parlaient à leurs potes. Nous ne sommes pas des poètes, ni des écrivains. Nous, ce qu’on fait, ce sont des monologues sous la douche qu’on a mis sur papier. Il n’y a pas de velléité esthétique là-dedans. » Même si les comparaisons peuvent sembler flatteuses, Fauve ne représente pas le Rimbaud ou le Verlaine de l’époque actuelle. Le buzz autour du Collectif, et l’univers poétique qu’on accole au leur, est « quelque chose de fantasmé », selon l’un des membres. C’est drôle, car lorsqu’on vient nous voir en concert, tout le fantasme s’écroule complètement et laisse place à un peu de sympathie et de compassion, ce qui n’est pas plus mal. Le public se rend compte qu’on est comme lui, qu’on est comme tout le monde ». Serait-ce alors cette simplicité et cette humilité tant déclamées qui participe au succès actuel de Fauve ? Difficile de l’affirmer, mais le groupe qui ne s’attendait pas à un tel engouement semble surfer sur cette vague.

 

LE GROUPE FAUVE se produira sur la scène du Bataclan,
du 8 au 12 avril, puis du 13 au 17 mai 2014

 

Yslande Bossé