Les évènements récents comme la COVID-19 ou les bouleversements comme le changement climatique constituent des défis majeurs à relever pour la formation des étudiants. La transformation pédagogique a également des implications sur le plan de la recherche scientifique. Au sein des écoles de management, la connexion entre l’enseignement et la recherche en droit doit encore être consolidée.

 

Le droit a toujours été enseigné dans les écoles de management. Historiquement, ces institutions firent d’abord appel à des praticiens ou à des enseignants des universités, puis elles ont recruté en leur sein des professeurs permanents en droit qui sont le plus souvent des enseignants-chercheurs (« Les attentes des entreprises vis-à-vis de la formation juridique des manager non-juristes », 2018).

 

Pourtant, l’Association Française Droit et Management (AFD&M) observe que, dans nombre d’écoles, la recherche en droit, celle publiée dans des revues juridiques, n’est pas pleinement reconnue. Les publications juridiques sont souvent pas ou mal valorisées lorsqu’il s’agit de prendre en compte les activités de recherche des professeurs dans leurs évaluations internes ou d’accorder du temps aux chercheurs pour la réalisation et la publication de leurs travaux. Les professeurs de droit qui souhaitent obtenir ou conserver leur statut de chercheur n’ont trop souvent d’autre choix que de chercher à publier dans des revues non juridiques.

On relève donc une contradiction entre l’importance reconnue au droit pour la gestion des entreprises et l’insuffisante reconnaissance des travaux de recherche typiquement juridiques menés par les juristes dans les écoles de management.

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La valorisation de la recherche en droit empêchée par le classement des écoles et la délivrance du grade de master ?

Les principales formations que les écoles proposent, font l’objet de classements par la presse spécialisée. On comprend immédiatement l’intérêt de tels classements dans le choix qu’ont à faire les étudiants de France et du monde entier, donc l’intérêt des écoles classées.

Or, le classement des écoles de management repose sur une pluralité de critères, parmi lesquelles la qualité de la recherche au sein des établissements. Cette qualité est mesurée par la quantité d’articles publiés dans les meilleures revues scientifiques. Et la qualité de ces revues est appréciée par référence à des classements établis en France par des institutions telles que le CNRS, la FNEGE ou l’HCERES.

Ces critères sont également pris en considération par la CEFDG. Cette commission a la responsabilité d’attribuer le grade de master aux formations développées par les écoles de management. Parmi les critères d’évaluation, figure celui du taux d’enseignement dispensé par des professeurs permanents considérés comme « publiants ». Le professeur publiant est défini de la façon suivante : « docteur qui publie dans des revues référencées en Gestion (FNEGE 2019 et/ou CNRS 2018 et/ou Hcéres 2019) » (Référentiel d’évaluation 2020).

Le référentiel de la FNEGE ne comprend aucune revue juridique. Celui du CNRS (section 37, Economie et gestion) procède à un classement des revues en économie et gestion, qui ne comprend que très peu de revues de droit.

Sous l’angle des critères d’évaluation quantitatifs standards actuels, on comprend qu’il n’existe guère d’intérêt immédiat à valoriser au sein des écoles de management la recherche dans une discipline qui ne contribue pas beaucoup aux classements des écoles, à l’attribution du grade de master.

 

La valorisation de la recherche en droit indispensable au regard de la vocation des écoles de management

Pour comprendre pourquoi la reconnaissance de la recherche en droit est indispensable, il faut délaisser un instant la rentabilité immédiate pour considérer la vocation profonde des business schools.

La recherche est un déterminant majeur de la qualité des enseignements délivrés, quelle que soit la discipline considérée. Globalement les enseignements les plus pertinents et les plus innovants sont conçus et dirigés par des professeurs qui sont en même temps des chercheurs. Pareille connexion vertueuse entre enseignement et recherche, encouragée notamment par la CEFDG, doit alors concerner toutes les disciplines centrales pour la gestion des entreprises. Le droit en fait partie. La FNEGE l’inclut en effet dans les dix domaines « partagés par les chercheurs et les praticiens des métiers dits de management et de gestion des affaires » . L’AACSB fait de l’enseignement du droit l’une de ses exigences d’accréditation.

A la différence, par exemple, de la psychologie, de la sociologie, des sciences politiques ou encore de la géographie, le droit n’est pas enseigné en business schools comme une discipline auxiliaire d’une autre discipline, mais en tant que tel. La connexion avec la recherche se justifie donc avec autant de force que pour les autres disciplines, comme la finance ou le marketing.

Certains enseignants-chercheurs en droit exerçant dans une business school publient régulièrement dans des revues de sciences de gestion et cela doit être salué. Pour autant, c’est en publiant dans des revues de droit qu’ils développent leur expertise dans cette matière.

Pour rétablir un cercle vertueux entre l’enseignement et la reconnaissance de la recherche en droit, sans doute faut-il que les écoles travaillent de concert afin d’éclairer les organismes qui les classent ou les accréditent pour que la place du droit soit intégrée dans les critères d’évaluation et qu’elle s’impose pleinement dans les business schools.

 les auteurs sont :

Jean-Michel do Carmo Silva, Professeur à Grenoble Ecole de Management

Hugues Bouthinon-Dumas, Professeur à l’ESSEC Business School

Anne-Sophie Courtier, Professeur à NEOMA Business School