La finance moderne possède beaucoup de similitudes avec la tectonique des plaques. Si l’on étudie cette science, on se rend rapidement compte que les plaques qui composent l’écorce terrestre reposent sur un support instable appelé manteau terrestre. Les plaques tectoniques sont entraînées par les mouvements du manteau, mais de façon désordonnée, si bien qu’elles ne se déplacent pas toutes dans la même direction ou à la même vitesse. En finance, le manteau terrestre est le nouvel ordre mondial, sous-jacent instable sur lequel reposent les marchés financiers qui sont soumis à des pressions constantes.

 

Deux plaques qui se rencontrent, vont d’abord se résister mutuellement au niveau de la faille, la pression peut augmenter pendant des années avant que subitement la roche ne cède entraînant un séisme. En finance, le manteau terrestre est le nouvel ordre mondial, sous-jacent instable sur lequel reposent les marchés financiers qui sont soumis à des pressions constantes. Pendant des années leur tendance haussière ne sera pas remise en cause, mais les crises financières qui ébranlent les marchés finissent toujours par provoquer un séisme d’une plus ou moins grande magnitude sur la planète boursière. Les secousses sont parfois sans gravité, parfois très localisées, mais parfois elles provoquent des Tsunamis dont les vagues sont déferlantes.

Surfer la vague ou fuir ?

On pourrait croire, à première vue, que la crise que nous traversons fait partie de la catégorie des Tsunamis, mais à en juger par le niveau des marchés financiers fin 2020, la crise de la Covid-19, pourtant mondiale est curieusement loin d’avoir créé un ras de marrée sur les places financières. Malgré une chute vertigineuse en mars 2020 (décrochage de l’indice Dow Jones de près de -40% en 4 semaines) les marchés sont, pour la plupart, remontés à leurs niveaux d’avant crise au courant de l’année 2020 et même parfois au-delà. On peut même constater que cette remontée s’est opérée alors que l’économie mondiale rentrait en forte récession en 2020 (-4,4% estimé par le FMI). Seuls les secteurs liés au tourisme, aux transports, à événementiel, et à l’énergie sont encore substantiellement en retard par rapport à leurs niveaux d’avant crise. En revanche, les valeurs technologiques ont pleinement profité du confinement ont vu leur valorisation en bourse augmenter considérablement jusqu’à atteindre pour certaines des valorisations qu’elles avaient connu lors de la bulle Dot-Com des années 2000 ! Alors comment expliquer que cette crise profonde n’ait pas pour l’instant provoqué une lame de fond particulièrement dévastatrice pour les entreprises et les marchés ?

Des systèmes d’alerte bien rodés

A ce jour, Le Tsunami a été évité par deux principaux acteurs, qui ont réagi massivement et de concert : les Banques Centrales et les Etats. Conscients de leur manque de réactivité et de concertation lors de la crise de 2008, ils ont injecté massivement des liquidités dans le système en faisant sauter tous les verrous qu’ils s’imposaient jusque-là. La Réserve Fédérale américaine a ainsi injecté 3000 milliards de dollars dans l’économie afin d’éviter un assèchement du crédit et des faillites retentissantes. Les Etats quant à eux, ont voté des plans de relance massifs utilisant la dette à bas coût et le levier du crédit de leurs établissements bancaires pour faire face aux besoins de financement des acteurs économiques.

Attention aux répliques !

Toutefois, les dettes des Etats et des entreprises devront un jour être remboursées. Les banques centrales assurent un financement temporaire mais elles ne transfèrent pas des ressources, elles ne peuvent aider les emprunteurs à survivre que si leur perte de revenu n’est pas trop importante. Il est bien connu que souvent les répliques font plus de dégâts que le séisme lui-même, car les fondations des édifices sont déjà bien fragilisées. C’est peut-être à cela qu’il faut s’attendre dans les prochaines années. Cela pourrait être le cas si une autre crise apparaissait et que cette fois-ci certains Etats surendettés ne pouvaient pas y faire face par exemple. Il y a plusieurs scenarii possibles si les sous-jacents de l’économie mondiale ne repartent pas sur un rythme normal très rapidement alors que les marchés financiers l’ont déjà anticipé. Si cette reprise ne se matérialise pas très prochainement alors ne sommes-nous pas tout simplement condamnés à attendre la vague ?

 Quid de la crypto finance au service du monde post-Covid ? analyse de Johannes Gomolka (EFREI)

Chiffres clés :

Récession mondiale en 2020 : -4,4%

Injections monétaires de la Fed : >3 000 milliards de dollars

 

L’auteur est Roni MICHALY, professeur affilié ESCP Business School, PDG Financière Galilée  | Twitter  | LinkedIn