Alors que beaucoup de business schools continuent à surveiller de près les salaires de sortie de leurs étudiants qui constituent un critère essentiel dans les classements et cherchent à anticiper les impacts de la crise du Covid-19, elles risquent de passer à côté d’une transformation profonde des attentes des étudiants qui aspirent à devenir acteurs de la transition écologique et de la justice sociale. Sauront-elles se montrer à la hauteur de ces attentes ?

 

Les lycéens qui ont régulièrement manifesté le vendredi pour demander aux politiques et aux entreprises d’agir plus efficacement face à l’urgence climatique arrivent désormais dans l’enseignement supérieur. Forcément, leurs priorités ne sont pas les mêmes que celles des générations qui les ont précédés, y compris sur le plan professionnel. Le fait de donner du sens à leur carrière, en devenant acteurs de la transition écologique et de la justice sociale, est pour eux au moins aussi important que de bien gagner leur vie.

 

Par ailleurs, conscients qu’ils subiront au cours des décennies à venir les conséquences très graves d’un dérèglement climatique généré par les comportements des générations précédentes, ces jeunes se caractérisent par une grande impatience à l’égard des décideurs et un refus d’accepter tout décalage entre les discours et les actes.

 

Les entreprises ont commencé à s’adapter à cette nouvelle génération, en communiquant sur leurs engagements et leurs réalisations en matière de responsabilité sociétale et en proposant aux jeunes salariés de s’impliquer dans des actions concrètes dans ce domaine. Certaines s’efforcent à inscrire les enjeux environnementaux et sociaux au cœur de leur stratégie et de leur business model, voire redéfinissent leur mission pour s’imposer à créer une contribution positive pour la planète ou la société. Elles sont également devenues plus agiles afin de permettre aux jeunes d’être forces de proposition et de participer à des projets, sans avoir à atteindre un certain niveau hiérarchique ou même une certaine ancienneté dans l’entreprise.

 

Les business schools doivent elles aussi s’adapter à ces jeunes et repenser en profondeur leurs missions, leurs recherches, leurs enseignements, la vie étudiante et plus largement la manière dont elles améliorent leur impact environnemental et social. Elles doivent d’abord s’assurer que les contenus enseignés dans les différentes disciplines soient cohérents avec un modèle économique durable et permettent aux étudiants de devenir acteurs de la transition écologique et de la justice sociale, quels que soient leur métier et l’organisation pour laquelle ils travailleront.

 

Cela suppose par exemple de réinventer les cours de marketing qui continuent encore trop souvent à pousser vers une surconsommation incompatible avec un monde aux ressources limitées. Cela implique aussi de renforcer la part des cours qui visent à une pensée critique plutôt que transmettre avant tout des outils qui de toute manière sont de plus en plus rapidement dépassés. Enfin, cela conduit à mettre en place une pédagogie fondée sur des projets réels proposés par des entreprises ou d’autres organisations qui amènent les étudiants à mesurer la complexité des changements nécessaires et à développer leur capacité à convaincre et à fédérer.

 

De tels changements se multiplient dans de nombreuses business schools, avant tout en raison de la mobilisation d’enseignants-chercheurs, et pas uniquement les plus jeunes, eux-mêmes à la recherche de sens. Il faudrait en revanche systématiser cette démarche pour éviter que certains cours ou programmes y échappent et nuisent à la cohérence et donc à la crédibilité de l’engagement de l’école concernée.

 

Ce qui est sans doute encore plus difficile, c’est que les business schools doivent démontrer aux jeunes qu’elles transforment également de manière plus visible leur principes de fonctionnement, que ce soit pour renforcer l’ouverture sociale, lutter contre le sexisme et le harcèlement ou réduire leur empreinte carbone. Il est urgent que des initiatives ambitieuses soient prises dans ces domaines, certes, pour répondre aux attentes des jeunes de la génération Greta, mais surtout pour éviter que ceux-ci se détournent des business schools et mettent ainsi en danger leur survie !

 

L’auteur est André Sobczak, Directeur académique et de la recherche, Titulaire de la Chaire RSE, Audencia Business School

 

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