Finance par la foule, cagnottes en ligne, micro-finance, club d’investisseurs citoyens et solidaires, solidarité embarquée la finance alternative connaît un engouement sans précédent en ces temps d’incertitude, de défiance et de crises Elle propose un éventail d’instruments financiers et monétaires de plus en plus large et accessible à tous. De plus en plus (re)connue, ses caractéristiques se distinguent de la finance classique, en répondant aux manquements de cette dernière par ses valeurs, ses objectifs et ses pratiques.

 

Une finance alternative toujours plus présente

+ 56 % de fonds collectés en plus en 2019 pour le crowdfunding ! Idem pour la finance solidaire. Finansol (2020) constate que cette dernière a permis de collecter plus de 3 milliards d’euros en 2019, soit une hausse de 24 %.

Évolution du crowdfunding en France Source : Mazars (2020) 

 

Le succès des pratiques financières alternatives ne se dément pas. Relatives aussi bien à la finance participative – le crowdfunding – et des nouvelles formes de dons qu’à la finance solidaire – investissements solidaires, épargne salariale solidaire et autres – et aux monnaies locales, ces pratiques consistent avant tout à utiliser d’autres circuits que les organisations financières traditionnelles comme les banques et les assurances. Et la nouveauté et la simplicité des outils n’expliquent qu’en partie le phénomène.

 

Une finance entre nouveaux services et quête de sens

La finance alternative est porteuse de promesses. Car au-delà de reposer sur de nouvelles organisations et de proposer de nouveaux produits financiers, elle réintroduit des principes en rupture avec le modèle en vigueur dans le secteur financier.

Bien souvent, elle entend développer la proximité entre les acteurs et définir une communauté, Bref, elle promet d’être plus horizontale. Par exemple, le financement par crowdfunding d’un éco-quartier sur l’île de la Réunion ou celui d’une maison intergénérationnelle à la Rochelle grâce à l’épargne de partage et Habitat et Humanisme dépassent la simple opération financière en s’appuyant sur une communauté et en renforçant les liens entre ses membres.

Les actes d’épargne et d’investissements sont largement alors motivés par la philanthropie et le partage. L’utilité sociale des projets s’avère souvent fondamentale. Nouveau canal du don, cette finance alternative devient bien de plus en plus un moyen pour les donateurs de soutenir une action, un groupe, une idée, etc.

Les 10 plus gros bénéficiaires de l’épargne de partage en France (Source : https://www.finansol.org/_dwl/zoom-finance-solidaire.pdf)

 

 

Ceci dit, ne nous y trompons pas. Aller vers la finance alternative est également un acte de défiance vis-à-vis de la finance classique. D’une part, son image a été largement écornée avec la crise des subprimes et d’autre part, l’évolution des critères bancaires et financiers tend à rendre difficile, voire à exclure, le financement de certains projets peut être viables mais ne présentant pas assez de garanties ou trop singuliers.

Retrouvez ici la dernière analyse de Virginie Monvoisin

L’intérêt de la finance alternative face à la finance traditionnelle

Or la finance alternative propose bien de faire différemment – grâce à des valeurs – et surtout autrement. De nouveaux produits, une nouvelle expertise et une nouvelle approche permettent alors de répondre à un besoin de financement non satisfait. D’ailleurs, le microcrédit nous avait déjà appris que le financement des projets peut passer par d’autres critères que ceux développés par la finance traditionnelle.

La finance alternative se doit alors de construire et de consolider un nouveau modèle économique. Pour l’instant, ces revenus sont pour l’essentiel issus de la communication, de la mise en relation des différents acteurs (pour les plateformes) et parfois, de sa proximité avec des outils financiers traditionnels – comme le livret développement durable et solidaire délivré par toutes les banques.

Car là est peut-être le danger. La finance alternative répond à des besoins de financement et à des aspirations de la part du grand public. Mais si elle risque de se perdre dans la tentation de la marchandisation des services et la banalisation de son action.

Les auteurs sont : Dr. Virginie Monvoisin, Professeur Associé, Grenoble École de Management et Amélie Artis, Maître de Conférences, Sciences Po Grenoble