« Transformez des molécules en médicaments qui changent la vie des patients ! », assure Laurent Bertocchi (Université Paris-Saclay 94), Global Drug Product Development, Vice president and R&D Site Managing Director chez IPSEN. Ce boss passionné incarne une industrie où l’innovation se conjugue avec sens et transmission.
Vous cumulez deux fonctions clés chez Ipsen. Racontez-nous.

Je suis d’abord responsable du développement pharmaceutique de nos produits finis. Quand nous recevons un nouveau principe actif, mon travail et celui de mes équipes consiste à en faire un médicament administrable aux patients. Cela va du choix de la formulation, à la production et l’analyse des lots cliniques et d’enregistrement, jusqu’à la rédaction des dossiers CMC (Chemistry, Manufacturing and Control) pour les autorités. En parallèle, je suis directeur général d’Ipsen Pharmsciences, l’entité légale de développement pharmaceutique basée à Dreux. Sur ce site de 170 personnes, j’héberge également d’autres fonctions transverses comme l’IT, la logistique clinique et commerciale, ainsi que le service Qualité du développement pharmaceutique. C’est une organisation unique qui permet de rassembler sur un même lieu toutes les compétences, du développement jusqu’à la distribution de nos produits.
Vous avez beaucoup investi dans ce site de Dreux. Avec quel objectif ?
Depuis 2022, nous avons engagé 20 millions d’euros d’investissements à la suite de la vente de notre division Consumer Healthcare. L’enjeu était de séparer physiquement les activités de production commerciale et celles de R&D pour donner une autonomie complète à notre activité et rester à Dreux, site historique d’Ipsen. Nous en avons profité pour accueillir de nouvelles fonctions et moderniser les infrastructures. Nous avons voulu anticiper l’avenir et créer un site ‘end-to-end’ où toutes les étapes, de la conception, à la distribution des lots cliniques à travers le monde, sont réunies. Dreux est un site unique qui couvre l’ensemble du cycle de vie d’un médicament expérimental : développement précoce et recherche translationnelle, formulation, fabrication, contrôle et expédition des lots cliniques. C’est un lieu agile, pensé pour le travail en mode hybride et le flex office, capable d’accueillir de nouveaux talents dans des conditions vraiment attractives.
Quels profils peuvent vous y rejoindre ?
Beaucoup de métiers sont représentés. Nous avons besoin de scientifiques de haut niveau (des post-doc en immuno-histologie, pharmacocinétiques ou en recherche translationnelle par exemple), mais aussi de profils plus généralistes en affaires réglementaires, en qualité, en achats ou en logistique. Un jeune peut commencer très tôt. Nous avons ainsi accueilli deux étudiants en pharmacie de troisième année qui, pendant trois mois, ont travaillé sur des projets concrets de formulation galénique. Beaucoup ignorent que les études de pharmacie ne mènent pas uniquement à l’officine, aux laboratoires d’analyses hospitaliers ou privés, mais ouvrent aussi les portes de l’industrie, à condition de se spécialiser avec un Master 2 ou encore mieux une thèse de doctorat. Pour les profils universitaires ou ingénieurs, une dernière année de master orientée vers l’analytique, le génie de procédés, la qualité ou la réglementation pharmaceutique ouvre aussi les portes de sites comme le nôtre.
Quelle place accordez-vous à la formation et à l’accompagnement des jeunes ?
Chez Ipsen, nous consacrons en moyenne jusqu’à 2000 euros par personne et par an à la formation interne ou externe. Nous avons aussi des programmes spécifiques pour détecter et développer nos hauts potentiels qui représentent jusqu’à 10 % de nos effectifs. Personnellement, j’ai bénéficié continuellement de nombreuses opportunités de formation en industrie, en complément de ce que m’a initialement proposé mon cursus universitaire. J’ai ainsi suivi un MBA il y a cinq ans, ainsi que de nombreux programmes de management exécutif. Je crois aussi beaucoup au mentoring. J’accompagne moi-même en ce moment des jeunes collaborateurs en interne et je suis engagé auprès d’étudiants et de lycéens pour leur donner une vision plus large de nos métiers.
L’international, c’est un passage obligé pour l’industrie pharmaceutique ?
Ne pas parler anglais y est rédhibitoire. Mon boss est Ecossais, beaucoup de mes collaborateurs sont anglophones et notre direction R&D est à Boston. Je recommande vivement aux étudiants de passer du temps à l’étranger, pour apprendre la langue mais aussi comprendre d’autres cultures et d’autres façons de travailler. C’est une ouverture indispensable. Je suis moi-même parti trois ans en Italie, puis deux ans en Angleterre lorsque je travaillais pour l’entreprise GSK.
Vous insistez sur le sens du travail. Qu’est-ce qui vous rend le plus fier ?
Le fait que les produits développés à Dreux aient un impact direct sur la vie des patients. Tous les lots cliniques d’Ipsen sortent de notre site, dans des aires thérapeutiques majeures comme l’oncologie, les neurosciences ou les maladies rares. Quand vous voyez un comprimé ou une gélule conçue par vos équipes contribuer à traiter un cancer chez un patient, vous mesurez immédiatement la valeur de votre travail. C’est une immense fierté. Ma formation d’origine me permet également de comprendre les pathologies, les mécanismes d’action des médicaments, les façons d’aborder le traitement et la pharmacocinétique. Je participe aux réunions techniques, je discute des problèmes de formulation avec mes équipes et je suis intégré dans l’évaluation scientifique, comme dans les décisions que l’on prend. Ce lien concret me permet aussi de transmettre mon expérience, de guider les plus jeunes et de leur éviter de commettre des erreurs.
Votre regard sur la Gen Z ?
J’ai trois filles entre 20 et 30 ans, donc j’observe de près cette génération. Leur priorité est l’équilibre de vie et leur reconnaissance par l’entreprise. Les jeunes sont extrêmement brillants avec les outils numériques, ils sont rapides mais notre métier exige aussi beaucoup d’humilité, de force de conviction et une grande patience. Nous travaillons avec eux sur ces soft skills aussi importantes que la technique ou l’expertise dans l’industrie pharmaceutique.
Avec trente ans de carrière dans l’industrie, quel message lui adressez-vous ?
Ne cherchez pas à tout planifier. J’ai toujours avancé par opportunités, en faisant des choses qui d’abord me plaisaient. Trente ans plus tard, je prends toujours autant de plaisir à venir travailler et j’ai un immense respect pour les personnes que je côtoie au quotidien. L’industrie pharmaceutique est un secteur passionnant où vous croisez des gens incroyablement brillants et inspirants et où vos actions ont un impact direct sur la vie des patients. Mon conseil ? Faites des choses qui résonnent pour vous, saisissez les opportunités et n’oubliez jamais que la clé de votre réussite réside principalement dans votre savoir-être, et pas seulement dans vos compétences techniques. Créez-vous aussi un réseau via des associations d’étudiants et de managers influents qui pourront vous suivre sur le long terme.
Université Paris-Saclay
J’ai fait mes études de pharmacie à Paris-Sud sur le plateau de Châtenay-Malabry qui a été démantelé il y a trois ans. Ce nouveau cluster Paris-Saclay est une chance unique pour les étudiants. J’ai personnellement toujours voulu avoir un pied dans l’industrie et j’ai vraiment trouvé ma voie en quatrième année, quand je me suis orienté vers la galénique, la formulation et le développement. J’avais un fort tropisme pour le concret : fabriquer des comprimés, développer des gélules, mais sans m’engager dans la production répétitive. Ce qui m’animait, c’était la science, l’innovation et la création. Par la suite, j’ai choisi une formation de troisième cycle en développement galénique et j’ai saisi toutes les opportunités qui me permettaient d’en faire.
Contact : laurent.bertocchi@ipsen.com