« Nous avons la volonté de former  des ingénieurs du plus haut niveau possible qui répondent aux besoins des entreprises de notre pays »
Philippe Courtier

 

Philippe Courtier - Directeur de l’école des Ponts ParisTech de 2004 à 2012

Philippe Courtier - Directeur de l’école des Ponts ParisTech de 2004 à 2012

Philippe Courtier a rejoint l’EMLYON le 1er juillet 2012, après 8 années passées à la tête de l’École des Ponts ParisTech. 8 années pendant lesquelles l’École a beaucoup évolué pour s’adapter aux nouveaux enjeux de la société au niveau national et international et défendre son rang dans un contexte de plus en plus concurrentiel.

 

A son actif :

– Le renforcement de l’excellence scientifique et technique des formations
– La promotion du doctorat vis-à-vis des élèves ingénieurs
– La consolidation de la recherche de l’École aboutissant à d’excellentes évaluations AERES
– La création, le développement des Chaires de l’École, et des ouvertures de Mastères
– La réorganisation des fonctions « support » et l’engagement de la démarche Iso 9001 visant à optimiser le fonctionnement interne de l’École
– La vente de l’immeuble historique de l’École pour financer l’installation d’une recherche de haut niveau
– L’achat, avec Pont Alliance de la Maison des Ponts, au cœur de Paris
– Le développement du sport et des installations sportives
– La création de partenariats au sein de l’enseignement supérieur, avec le rattachement de l’EIVP à L’École, la réalisation de cursus de formation communs avec l’ENAC et la contribution active à la construction du PRES Université Paris Est
– La mise en œuvre d’un Bâtiment à énergie positive sur le Campus
– Le développement de la dimension internationale de l’École et le rayonnement international du diplôme d’ingénieur avec la marque ParisTech

 

De restructurations en profondeur

La doyenne des grandes écoles d’ingénieurs doit-elle jouer un rôle particulier auprès de ses consoeurs ?
La particularité de l’Ecole des Ponts, la plus ancienne école d’ingénieurs civils, relève de son positionnement sur les grands enjeux de société dans l’histoire du pays. Aujourd’hui, les mutations de société, liées à la transformation de l’économie, nous mettent en première ligne, notamment sur la question du développement de l’économie verte.

Que pensez- vous des regroupements actuels qui s’effectuent entre les grandes écoles et les universités ?
En matière de regroupement écoles/universités, l’Ecole des Ponts a été un précurseur en confiant la délivrance du doctorat au PRES université Paris-Est ; nos ingénieurs doctorants reçoivent ainsi le titre de docteur de l’université Paris-Est. Il s’agit d’un mouvement à long terme que je trouve très utile. Je remarque d’ailleurs qu’à l’étranger, on trouve de grands campus regroupant les différents acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche.

La finalisation des IDEX peut-elle modifier vos alliances ?
De cette orientation, se dégagent immédiatement trois grands partenaires, à savoir l’école polytechnique, l’ENS et L’UPMC. Nous continuerons dans le futur à travailler avec ces trois grandes institutions ainsi qu’avec Dauphine dans une moindre mesure.

Dans ce cadre, que représente le challenge du pôle francilien à visibilité mondiale ?
Le pôle francilien relève de la thématique de la ville. Numéro 1 français en la matière, nous  faisons partie des cinq campus qui comptent dans le monde. Il y a quelques années, le ministère de l’écologie a pris la décision stratégique de transférer l’école sur le site de Champs-sur-Marne. Actuellement 40.000 m² de bâtiments sont encore en construction. L’animation scientifique de ce pôle se fera dans le cadre du PRES Paris-Est.

 

Le scoop !

L’appel à projet IDEFI de l’Ecole des Ponts qui a été retenu par le grand jury international assorti d’une dotation d’environ 4 millions d’euros, est opérationnel depuis septembre.

 

Au sujet des ingénieurs

L’ingénieur généraliste à la française ENPC a-t-il un avenir dans le monde de demain ?
Ayant travaillé quelques années en Angleterre dans une position de recruteur, j’ai pu constater que les ingénieurs français possédaient des qualités différentes, très appréciées dans les équipes internationales. Lorsque j’ai recruté des physiciens, le Français bénéficiait d’un spectre large en sciences et techniques alors que l’Anglais était plus pointu mais avec une palette scientifique significativement moins étendue. Cette formation à la française permet également de résoudre les problèmes aux interfaces.

Quel type de pédagogie comptez-vous privilégier pour former des ingénieurs d’excellence ?
Depuis plusieurs années, notre pédagogie repose sur un mélange de pédagogie classique et de pédagogie par projet. Nous attribuons un budget aux élèves pour qu’ils passent commande de leur formation. Ils se rendent ainsi compte de leurs lacunes et peuvent faire venir un spécialiste de l’étranger pour quelques heures de cours. Les projets sont choisis avec des industriels pour qu’ils s’inscrivent dans la vie professionnelle réelle. En effet, quand les ingénieurs des Ponts réalisent un ouvrage, il doit s’inscrire dans la durée.

Comment comptez-vous attirer plus d’élèves, et notamment les jeunes filles, dans les carrières scientifiques ?
Tout d’abord, je constate que le phénomène de désaffection des filières scientifiques est général dans les pays occidentaux. A l’ENPC, nous dépendons de nos modes de recrutement. Il est certain qu’en terminale S, il y a peu de jeunes filles. De fait, on trouve davantage de jeunes filles en prépa HEC et en médecine qu’en prépa maths où elles ne représentent que 25 % des effectifs. Les cordées de la réussite sont un moyen d’attirer les jeunes vers les filières scientifiques. Actuellement, 140 collégiens et lycéens sont tutorés par des élèves de l’école pour les ouvrir au monde scientifique.

 

Stratégie : les axes à privilégier à l’international

L’international constitue un outil pour répondre à des objectifs stratégiques. Sur 270 diplômés, 80 élèves s’inscrivent dans un cursus en double-diplôme. Fortement internationalisés, nous sommes la première école française au monde à avoir signé un accord de double-diplôme avec l’université de Tokyo. Nos principaux partenaires sont l’Espagne, la Chine et le Brésil. Nous accueillons cette année notre premier élève russe !

 

Les grands défis du siècle

Avec le développement durable, la production de biens et de services va connaître des bouleversements à moyen terme. Comment préparez-vous vos élèves ?
Nous sommes à l’écoute des entreprises afin d’anticiper leurs besoins de production. Pour y parvenir, nous avons monté une douzaine de chaires en partenariat industriel dont une dizaine porte sur des thématiques de développement durable (Saint-Gobain et Lafarge pour les matériaux, Bouygues et Vinci pour la construction, EDF/GDF pour la durabilité des matériaux ou le captage du CO2.)

La désindustrialisation de la France est préoccupante. Comment l’ENPC réagit-elle ?
Si la désindustrialisation de la France préoccupe logiquement le citoyen, la réindustrialisation ne se décrète pas car elle se construit progressivement. Par conséquent, le devoir de l’école des Ponts est de se mettre au service de la compétitivité de nos entreprises. Notre point fort se situant essentiellement dans nos relations avec les grandes entreprises, dans les années à venir nous devons nous rapprocher des PME.

 

Politique fiction

Que changeriez-vous immédiatement si vous étiez nommé Ministre de l’Enseignement Supérieur ?
Objectivement, l’Etat a lancé de nombreux projets ces dix dernières années. Il faut continuer sur cette lancée. Cependant, nous ne sommes jamais sûrs de trouver les mesures prioritaires pour l’avenir.

 

Nomination :
le 1er août 2012,  Armel de La Bourdonnaye a pris la direction de l’Ecole des Ponts ParisTech

Patrick Simon