Dans cette ère où le smartphone fait office de calculatrice, l’art du calcul mental se perd. Nous avons rencontré Christophe Nijdam, ancien professeur de finance à Sciences Po et auteur de « Calculatrix, 85 astuces pour jongler de tête avec les chiffres » aux éditions Les liens qui libèrent. Le livre parfait pour apprendre à aimer les chiffres et impressionner vos amis.

 

Christophe Nijdam

Pourquoi écrire un recueil d’astuces sur le calcul mental ?

J’ai travaillé pendant 10 ans aux États-Unis en tant que banquier. J’étais alors tombé sur un ouvrage d’astuces sur le calcul mental. Il s’est avéré très utile pour mon métier. Je trouve que cela donne plus de goût pour les chiffres, car c’est amusant. Et lorsque l’on commence à apprécier quelque chose, on le fait mieux. C’est en quelque sorte un cercle vertueux.

 

 

« Ce n’est pas parce qu’on n’est pas matheux qu’on ne peut pas aimer les chiffres »

 

Comment élabore-t-on un livre comme celui-ci ?

Je suis parti d’un livre qui contenait une trentaine d’astuces, j’ai ensuite collecté les 55 restantes tout au long de ma carrière. J’ai regroupé les astuces par niveau de difficulté, pour établir un parcours de progression. Ce livre permet de comprendre qu’il y a une relation entre les chiffres. Ce n’est pas parce qu’on n’est pas matheux qu’on ne peut pas aimer les chiffres. J’en suis la preuve puisque je suis issu de formation littéraire. Derrière les chiffres, je vois une histoire. Dans l’univers financier, c’est l’histoire d’une entreprise, d’un projet professionnel. C’est ce qui m’a toujours passionné. Si les mathématiques sont de l’abstraction pure, les chiffres sont concrets.

 

Le livre a-t-il été bien reçu ?

À la base, mon éditeur n’édite pas ce type d’ouvrage. Les liens qui libèrent ont les droits français de livres du futurologue Jérémy Rifkin et du prix Nobel en économie Joseph Stiglitz. À l’époque, il souhaitait que j’écrive sur la crise, car j’étais le dirigeant de l’ONG Finance Watch. Mais je n’en avais pas envie car il y avait trop de livres déjà publiés sur le sujet. J’ai alors parlé de mon manuscrit écrit il y a 10 ans et demandé s’ils connaissaient une maison susceptible de vouloir le publier. Après avoir lu mon recueil d’astuces, il l’a trouvé malin et amusant. Pour lui, c’est le livre parfait pour faire travailler les méninges des « jeunes séniors ».

 

« On apprend à l’école à calculer de la droite vers la gauche, mais pour le calcul mental, il vaut mieux aller dans le sens de la lecture, donc de gauche à droite »

 

 

Si on ne devait retenir qu’une astuce, laquelle serait-ce ?

Comment élever au carré un chiffre qui se termine par 5 ? Il suffit de mettre 25 à droite, de séparer le chiffre des dizaines et de le multiplier par le nombre entier qui suit. Et on obtient le résultat. Par exemple : 15²On met 25 sur la droite, on prend la dizaine : 1 que l’on multiplie par le nombre entier qui suit, c’est-à-dire 2. 1 x 2 = 2. Le résultat est donc 225. On apprend à l’école à calculer de la droite vers la gauche, mais pour le calcul mental, il vaut mieux aller dans le sens de la lecture, donc de gauche à droite. Il faut commencer, par exemple, par les centaines au lieu des unités.

 

Avez-vous utilisé ces astuces dans votre vie ?

Je n’ai pas utilisé ces astuces pour mon cours de finance à Sciences Po. En revanche, je leur expliquais qu’il ne fallait pas forcément être matheux pour être doué. Il faut simplement du bon sens paysan, aimer les chiffres et comprendre qu’il y a quelque chose derrière. En revanche, le fait de pouvoir utiliser ces astuces et d’avoir le sens du chiffre dans ma carrière de banquier et d’analyste a été essentiel. Réaliser des estimations à longueur de journée requiert une certaine agilité en matière de calcul mental.

 

« Mon petit livre ne va pas créer des matheux. Il permet de se rendre compte que le calcul mental n’est pas si compliqué »

 

Est-il possible d’apprendre à calculer quand on a été « nul en math » toute sa vie ?

Mon petit livre ne va pas créer des matheux. Il permet de se rendre compte que le calcul mental n’est pas si compliqué. Ceux qui sont rebutés par les maths et qui ont besoin de calculer pourront y arriver. C’est une méthode alternative, différente de ce que l’on voit à l’école. Avec ces astuces, il devient plus rapide de calculer de tête que de sortir son smartphone.

 

Vous parlez de développer un sixième sens pour les chiffres, comment faire ?

Il faut s’entraîner et pratiquer. Pour commencer, il faut d’abord trouver l’astuce astucieuse, si je peux me permettre un tel pléonasme. Ensuite, avec cette approche ludique, on développe un goût pour les chiffres. Je ne peux pas garantir que cela va marcher avec tout le monde, mais pour l’instant, les gens apprécient et trouvent cela amusant.

 

Les Français sont-ils si mauvais en calcul ?

C’est un constat : de nombreux jeunes arrivent en 6e sans savoir lire ou compter. Certains sont aussi dyscalculiques. J’ai lu récemment que le QI des Français a perdu 4 points en 10 ans. C’est du jamais vu ! Le cerveau s’use si on ne s’en sert pas. Il faut faire du remue-méninges pour continuer à faire travailler les neurones.

 

Le smartphone avec calculatrice intégrée nous a-t-il rendus mauvais en calcul ?

Il y a des effets pervers dans les nouvelles technologies : nous utilisons de moins en moins notre cerveau. Aujourd’hui, les machines font le travail à notre place, donc on ne fait plus et on ne sait plus faire. C’est aussi le cas pour l’orthographe. Quand on ne pratique plus le calcul mental, on n’a plus le sens du chiffre. Ce qui me frappe, c’est de voir certaines personnes qui ne font plus la différence entre million et milliard. On le voit aussi au quotidien, certains ne savent plus faire la différence entre deux prix. Par exemple : entre un produit A à 5 € et un produit B à 7,5 €, beaucoup se disent « 2,5 € de plus, ce n’est pas si grave », alors que cela représente 50 % de plus que le prix du produit A. Nous régressons dans la manière dont nous comprenons et appréhendons les événements du quotidien.

 

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