Depuis presque 8 ans déjà, l’Europe est en crise. Mais de quelles crises parlons-nous ?

© Fotolia

© Fotolia

Au deuxième semestre 2006, quelques emprunteurs américains n’arrivent plus à rembourser leurs prêts immobiliers à garantie hypothécaires, cependant tout cela reste encore à un niveau confidentiel. Mais lorsque la « petite » banque HSBC se met à passer d’importantes provisions pour couvrir ses risques, en février 2007, l’information sort alors du cercle restreint de certains professionnels. Néanmoins il faut attendre juillet 2007, lorsque les tentatives bancaires au-travers des adjudications pour récupérer une partie des capitaux prêtés échouent faute de repreneurs pour que le « problème » donne la pleine mesure de son ampleur et de sa complexité. Le Krach des Subprimes est lancé. Il va démarrer le cycle de montages-russes, avec en autre le Krach des Dettes Souveraines.
Dès 2008, le FMI prend position quand son Directeur général, M. Strauss-Kahn, relevait « le faible niveau des taux d’intérêt, le niveau élevé de la liquidité, les défaillances des systèmes de gestion du crédit et du risque, et les lacunes du système de réglementation et de contrôle des marchés financiers américains » qui « avaient plongé le monde de la finance dans une tourmente digne de celle du film The Perfect Storm ». Il concluait en disant « Je pense que nous devons reconnaître la défaillance du système et des mécanismes de réglementation en général »[1]. Mais la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008 fera à la fois tomber le mantra protecteur too big to fail qui sera remplacé par too big to be saved et propagera au niveau mondial une méfiance envers les banques et autres établissements financiers, qui remplacera la défiance habituelle des acteurs. Obligeant les banques centrales à intervenir pour tenter d’enrayer cette mise à l’arrêt du marché interbancaire, sans empêcher pour autant la disparition de plusieurs acteurs de la Finance internationale, victimes de ce darwinisme financier.
Face à ces krachs et crises, les différents rapports et études demandés par les états, organismes internationaux ou laboratoires de recherche ont remonté le fil des causes et constaté les dérives d’une dérèglementation financière laissée à vau-l’eau en espérant que la providentielle autorégulation des marchés financiers ferait tout le travail. Le rapport remis en février 2009 par M. de Larosière[2] a servi d’électrochoc et l’Europe a réagit en mettant en place « trois autorités européennes fortes pour mieux réguler et harmoniser le contrôle des banques, des compagnies d’assurances et des marchés de valeurs mobilières, ainsi qu’un Comité européen du risque systémique. »[3]
Néanmoins ces nouvelles autorités et règles, que l’on créé et applique, ne vont-elles pas transférer les risques vers d’autres zones plus sombres, opaques des marchés financiers ? Le système bancaire parallèle, dit « shadow banking »[4] représentait d’après le rapport (2012) du Financial Stability Board (FSB) environ 71 000 milliards de dollars, fin 2013. Au dernier rapport (2013), en date du 30 octobre 2014, ce montant s’élève à environ 75 000 milliards de dollars, dont un tiers proviendrait de la zone États-Unis et un deuxième de la zone Europe. L’augmentation des régulations favoriserait-elle ce secteur opaque et en marge de la Finance. Mais dans ce cas, la croissance peut-elle en bénéficier ? N’est-ce pas aussi risqué d’imaginer cela que de croire dans l’autorégulation des marchés financiers pour le bénéfice final de la croissance économique ? A cette zone opaque s’ajoutent les nouvelles techniques multipliant les ordres par milliers, divisant l’unité de temps d’un ordre à la nanoseconde, qui favorisent ainsi le déplacement des masses monétaires. Ainsi ces régulations financières, techniques ou fiscales se doivent d’être pensées et envisagées au niveau mondial, à défaut au niveau européen dans un premier temps, afin d’éviter tout effet pernicieux lié au déplacement des flux financiers vers des produits plus opaques et ésotériques gages de rentabilité et tranquillité, pour aider l’Europe dans sa sortie de crise.

 

[1] Bulletin du FMI, Volume 37 N°2, Février 2008.
[2] 2009, The High-Level Group on Financial Supervision in the EU, sous la direction de J. de Larosière.
[3] 2014 – Ouvrage collectif du Labex Réfi, « Comment la régulation financière peut-elle sortir l’Europe de la Crise ? », Sous la direction de : Ch. de Boissieu, F-G. Le Theule et P. Bailo.
[4] D’après le Financial Stability Board (2011), le shadow banking correspond à “credit intermediation involving entities and activities outside the regular banking system”.

 

Par Philippe Castelnau,
enseignant chercheur, Télécom École de Management, Institut Mines-Télécom