Accros à leurs smartphones, à leurs tablettes, à leurs ordinateurs portables, les Digital Natives perturbent leur environnement sous toutes ses formes, mais ils perturbent aussi les modes d’enseignement. Alors, faut-il suivre le mouvement ou renoncer ?

Les digiborigènes, ces autochtones du pays digital
Agés de 15 à 25 ans, ils naviguent, d’un simple mouvement du pouce, d‘un outil à un autre et adoptent tellement rapidement les innovations technologiques qu’elles ne le sont déjà plus. Les nouvelles technologies dictent leurs nouveaux comportements. Comment peuvent réagir les enseignants quand ils sont face à un mur de tablettes, d’ordinateurs portables, de téléphones portables, sachant qu’à tout moment, leur tentative d’interaction avec un étudiant peut être perturbée par le retentissement d’un texto, d’un chat, d’un simple échange de mail ? C’est que le terme de Mark Prensky a fait parler de lui. Quand en 2001, cet auteur met en évidence dans son article Digital Natives, Digital Immigrants cette nouvelle génération ultraconnectée, il n’imagine pas à quel point elle va déstabiliser les grandes écoles quelques années plus tard. Dans le monde digital, ces Digital Natives seraient finalement les autochtones, les aborigènes donc les digiborigènes. Contrairement aux immigrants digitaux, les natifs numériques ont grandi avec les technologies, rien ne les surprend et ils passent aisément d’un outil à un autre. Tout comme les autochtones, ils maîtrisent la religion, la langue, les coutumes locales, à l’opposé des immigrés digitaux qui doivent s’adapter.

 

Su(rv)ivre ou renoncer ?
Finalement, deux choix s’offrent à ceux qui ont pour objectif d’enseigner quelque chose à ces hyper-connectés : suivre ou renoncer ? La solution de facilité consisterait à considérer que ce qui a fonctionné un jour fonctionnera toujours, et continuer à faire ce que l’on toujours fait : le fameux cours magistral en frontal, avec interdiction de tout outil numérique. Grossière erreur ! Les cours magistraux ont certes fait leurs preuves, mais si l’on se réfère aux études faisant le lien entre les méthodes d’enseignement et la mémorisation par les étudiants (Halpern et Hakel, 2003), c’est celle pour laquelle les étudiants ont la moins bonne mémorisation. Ce qui permet d’avoir la meilleure mémorisation, c’est l’apprentissage aux autres. L’organisation devant « être capable d’absorber le changement tant au niveau humain qu’avec les outils utilisables » (Ladame, 2013), de nombreuses institutions ont déjà compris l’intérêt de mettre l’étudiant au coeur du dispositif et non l’enseignant. Au contraire des méthodes d’enseignement par cours magistral, jugées insuffisantes pour insuffler l’esprit entrepreneurial entre autres (Condor et Hachard, 2013), l’EM Normandie a décidé voilà plusieurs années de mettre l’accent sur la pédagogie active (Gay-Anger et Hachard, 2011). L’étudiant devient ainsi co-créateur de savoirs, il n’a plus pour simple mission d’écouter (passivement) son professeur. Il peut aussi, en acquérant de l’expertise, apprendre aux autres, via les exposés et les travaux collaboratifs par exemple. Le Digital Native a ceci de particulier qu’il ne voit pas l’intérêt d’écouter pendant des heures ce qu’il peut lire sur un livre numérique, un blog ou un forum. Effectivement, le but de l’éducation est-il de transmettre son savoir ou de permettre à l’étudiant d’acquérir des connaissances et d’être à même de savoir les transmettre ? Grâce à La SmartEcole® mise en place à l’EM Normandie voilà maintenant un an, l’école favorise ce second type de compétences. Les étudiants reçoivent dès leur arrivée une tablette et les supports de cours sont tous disponibles sur une plateforme numérique. Les enseignants les encouragent à réaliser des activités collaboratives et à utiliser toutes sortes d’outils numériques et d’applications. Entre suivre et renoncer, l’EM Normandie a fait son choix : les étudiants ont désormais la main (ou le pouce) sur leur apprentissage.

 

Bibliographie :
• Condor, R. et Hachard, V. (2013), Apprendre à entreprendre par l’accompagnement d’entrepreneurs en phase de réinsertion: une réflexion à partir
des Cordées de l’Entrepreneuriat, Congrès de l’Académie de l’entrepreneuriat, octobre.
• Gay-Anger S. et Hachard V. (2011), 12 Years of Action Learning at EM Normandie: Monitored Field Projects As Regular Pedagogical Activities,
American Journal of Business Education, 4, 11, Novembre, 55-60.
• Halpern, D.F. et Hakel, M.D. (2003) Applying the science of learning to the university and beyond: teaching for long term retention and transfer.
Change, N°35, pp. 36-41.
• Ladame, P (2013), Le changement organisationnel chez les sapeurs-pompiers : entre passivité et résistance, Mémoire de recherche, EM Normandie.
• Prensky, M (2011), Digital Natives, Digital Immigrants, MCB University Press, vol. 9, no 5.

 

Par Emilie Breuil,
Professeur de marketing, responsable de la fabrique pédagogique et coordinatrice au développement de projets pédagogiques à l’EM Normandie