Un levier stratégique. Voilà la place de la durabilité chez Servier. Béatrice Perron (CentraleSupélec 93), Directrice Sustainability Strategy & Governance, détaille comment ces enjeux transforment les métiers, les pratiques et les perspectives de ses ingénieurs de demain.
Comment la sustainability influence-t-elle aujourd’hui la recherche et la conception des médicaments chez Servier ?
Le secteur de la santé évolue très vite, avec des systèmes de santé fragilisés, des maladies chroniques en hausse et des inégalités d’accès au soin persistantes. Dans ce contexte, un laboratoire ne peut plus seulement développer des médicaments : il doit contribuer à la santé globale. Chez Servier, la durabilité est pleinement intégrée à la stratégie, avec une feuille de route structurée autour des patients, des personnes et de la planète. Concrètement, cela se traduit par des actions sur l’accès aux traitements, la prévention, l’adhésion thérapeutique ou encore l’empreinte environnementale. Nous travaillons notamment sur l’éco-conception des médicaments. Grâce à un outil interne d’évaluation, nous avons par exemple réussi à réduire fortement l’empreinte carbone, les déchets de production et même le temps de production industriel sur un de nos traitements récents en oncologie.
Qu’est-ce qui vous a le plus marquée dans l’évolution du secteur sur ces sujets ?
L’industrie pharmaceutique s’est engagée plus tard que d’autres secteurs sur les questions de durabilité, et en particulier sur les questions environnementales, mais la prise de conscience a été très rapide une fois enclenchée. Aujourd’hui, ces sujets sont devenus structurants, qu’il s’agisse du climat, des ressources ou de la biodiversité. Le secteur avance vers des trajectoires de réduction d’impact, tout en gardant sa responsabilité première : développer des traitements transformant la vie des patients et accessibles. L’enjeu est de trouver le bon équilibre entre performance industrielle, innovation scientifique pour les patients et impact environnemental.
Et vous, où avez-vous le plus d’impact justement ?
Définir une feuille de route est indispensable, mais le vrai défi commence ensuite, dans sa mise en œuvre. Il faut embarquer toute l’entreprise, traduire les ambitions en actions concrètes et parler le langage de chacun : scientifiques, industriels, équipes de visiteurs médicaux sur le terrain. Mon parcours en R&D m’aide à faire ce lien, mais aussi ma formation d’ingénieur généraliste à CentraleSupélec, qui m’a appris à naviguer entre disciplines et à comprendre différents métiers. La durabilité ne doit pas être perçue comme une contrainte, mais comme une évolution de la manière d’exercer son métier.
Quelles sont les opportunités pour les jeunes ingénieurs chez Servier ?
Elles existent à tous les niveaux : en recherche, en production, mais aussi dans la data et l’IA, qui vont jouer un rôle central dans l’industrie pharmaceutique de demain. Les équipes directement dédiées à la durabilité restent limitées en taille, mais l’enjeu est justement d’intégrer ces réflexes dans l’ensemble des métiers. Les jeunes ingénieurs et ingénieures avec une compréhension des enjeux environnementaux, sociétaux, business et technologiques auront un vrai rôle à jouer. Ils pourront contribuer à faire évoluer les pratiques de l’intérieur, que ce soit sur les procédés industriels, la conception des médicaments ou l’exploitation des données.
CentraleSupélec : « une formation qui prépare des ingénieurs leaders » Pour Béatrice Perron, CentraleSupélec forme avant tout des ingénieurs capables de connecter les disciplines et de comprendre les grands défis du monde. « C’est une école qui apprend à penser de façon transverse et à relier les sujets scientifiques, industriels et sociétaux. » Parmi ses souvenirs, celui d’avoir partagé ses débuts à Centrale avec Valérie Masson-Delmotte, aujourd’hui climatologue au GIEC. Elle estime que la formation doit aujourd’hui encore renforcer la data, l’IA, les enjeux planétaires et même la géopolitique. « Les ingénieurs et ingénieures devront naviguer dans un monde de plus en plus interconnecté. Cette capacité à comprendre la complexité et à innover sera décisive. »
Chiffres-clés : 6, 9 Mds € de CA en 24-25 / + 20 000 collaborateurs / 130 pays / 20 % du CA investis en R&D
Contact : beatrice.perron@servier.com