Jacques Biot, président de l’Ecole polytechnique depuis moins d’un an, a déjà la réputation de vouloir que les choses avancent rapidement. Il a engagé l’X dans une nouvelle dynamique et imposé un rythme cadencé à la réalisation de projets avec trois objectifs : agilité, ambition et ouverture.

Jacques Biot, président de l’Ecole polytechnique

Jacques Biot, président de l’Ecole polytechnique

Est-ce un atout d’être diplômé de l’X pour la diriger ?
C’est un atout de posséder la culture polytechnicienne, donc d’arriver à la tête d’une intuition en maîtrisant ses codes. Mais je suis vigilant à éviter l’endogamie. L’un de mes premiers patrons, un X-Ponts, m’a appris qu’une équipe de direction doit varier les cultures et les compétences, donc les profils. Nous avons des « non-X » en tant que personnalités qualifiées dans notre conseil d’administration, notamment une normalienne et une centralienne. La variété est aussi au rendez-vous à la direction de l’Ecole, avec par exemple un docteur et un centralien à la direction internationale.

 

GÉNÉREUX ET OUVERTS
Qu’est-ce qui vous a fait le plus plaisir en retrouvant votre Ecole ?
Sans hésiter : les élèves ! Je suis frappé et heureux de leur générosité, ils sont attentifs aux valeurs, intelligents et malins ; et contrairement à ce que certains imaginent, ils ont un côté original. 30 % d’entre eux réalisent un stage civil et ils sont nombreux à s’engager dans une association qui oeuvre en matière d’ouverture sociale. C’est un grand bonheur d’interagir avec nos élèves !
Les élèves actuels sont-ils si différents de vous ?
Je les trouve plus ouverts que nous ne l’étions. Ils sont plus curieux de tout, moins conformistes. Ils sont aussi plus entreprenants, audacieux et mondialisés. Je suis par ailleurs frappé par leur combativité. Nous avons ouvert il y a 2 ans une section sportive boxe qui connait un grand succès. L’un de nos élèves a été champion de France universitaire. J’ai fait partie de la dernière promotion sans jeunes femmes. Et je suis très heureux de voir la place qu’elles ont prise depuis à l’Ecole. La mixité est indispensable car enrichissante à tous points de vue.

 

« Universités et grandes écoles sont complémentaires,
il est temps d’aller de concert vers un même objectif, la naissance d’un pôle scientifique mondial de référence. »

OUVERTURE ET AMBITION
Dans quels domaines avez-vous l’ambition d’accompagner l’X pour progresser voire changer ?
Nous avons de beaux acquis sur lesquels je veux m’appuyer pour faire progresser l’Ecole. Je suis persuadé que nous pouvons faire encore mieux en matière d’ouverture et d’ambition. Nos grands concurrents internationaux sont extrêmement ambitieux en termes de croissance dans leurs partenariats de recherche, de résultats, et de place dans la Cité. L’X est reconnue, je souhaite qu’elle soit plus ambitieuse, qu’elle aspire à jouer un rôle plus important dans la Cité, ce qui va de pair avec son ouverture. On ne peut avoir d’ambition qu’en ouvrant les yeux sur le monde, sur ce qui se fait chez nos partenaires et concurrents.
Comment cela va-t-il se traduire concrètement ?
Par plus de partenariats, plus de croissance en matière de recherche, des cursus plus ouverts, notamment à des ingénieurs qui nous rejoindraient en cycle Master. Nous avons aussi des ambitions en matière de formation continue.

 

AGILITÉ ET EFFICACITÉ
Que sont ces nouvelles entités, les Initiatives de recherche ?
A l’instar de ce qui se fait Outre-Atlantique, à Lausanne ou à l’Institut Pasteur, j’ai souhaité que nous lancions des unités de recherche très agiles. Ces Initiatives de portée restreinte et ciblée sont composées de 6 à 10 jeunes chercheurs, doctorants et post-doc. Elles vont travailler sur des thèmes à résonnance sociétale ou applicative et auront 3 à 5 ans pour obtenir des résultats concrets. Déjà deux Initiatives vont être lancées sur la Lumière extrême et le thème Energie, transport, environnement. A terme, je souhaite que nous en ayons une dizaine. Les Initiatives vont nous apporter, en complément de nos laboratoires de recherche fondamentale, de la croissance et de la flexibilité. Elles vont créer une sorte de foisonnement. La recherche est un axe essentiel du développement de l’Ecole avec notamment la construction de 5 000 m2 de laboratoires.
Quel succès pourrez-vous fêter un an après votre arrivée le 1er juillet ?
L’approbation à l’unanimité par le conseil d’administration du projet Entrepreneuriat et du budget pour la construction d’un bâtiment dédié. Il donnera toute sa place à l’expérimentation avec un fab-lab, un e-lab, un laboratoire, un espace d’échanges avec les investisseurs, la possibilité de nouer des partenariats avec les incubateurs de partenaires (Institut Pasteur, HEC Paris, Télécom ParisTech). Nous avons reçu une quarantaine de candidatures pour intégrer l’incubateur ! Je suis aussi très heureux que sept jeunes pousses imaginées à l’Ecole dans nos laboratoires ou par des élèves aient été primées au concours mondial d’innovation (voir encadré).

 

LES CHOIX DE JACQUES BIOT S’IL ÉTAIT ÉLÈVE POLYTECHNICIEN AUJOURD’HUI
Il suivrait ses disciplines favorites en économie et biologie, humanités et langues ; mais aussi
le cours de mathématiques appliquées, qui avec le recul lui a manqué professionnellement.
Il s’ouvrirait à la chimie, la physique, la mécanique.
Il rejoindrait le binet AstronautiX.
Ancien membre de l’équipe de concours hippique, il intègrerait la section sportive du Raid.

 

LA DYNAMIQUE EST ENGAGÉE
« Peut-on aller plus vite ? » est une question que vous posez souvent à l’Ecole
C’est important d’aller vite dans la compétition mondiale. Néanmoins, la réussite d’un cursus pédagogique, de projets de recherche ou d’entreprenariat repose sur un équilibre complexe. Il ne faut pas de brutalité dans le changement. Mon objectif est de concilier rapidité d’exécution et une forme de prudence. Mon rôle est parfois de laisser le temps, parfois d’accélérer le mouvement.
Vous arrivez dans l’enseignement supérieur au moment où des changements structurants sont impulsés, y voyez-vous une opportunité ou un risque ?
En ce qui concerne l’X, quiconque vient à Saclay ne peut y voir qu’une opportunité ! L’université Paris-Saclay se construit sous nos yeux. Le Centre de recherche d’EDF sort de terre, la construction d’un bâtiment d’enseignements mutualisés pour les écoles du Plateau commence, l’arrivée de l’ENSAE ParisTech, de Télécom ParisTech, d’AgroParisTech se prépare. Notre capacité à travailler ensemble, monter des Masters communs, partager des ressources scientifiques, prend concrètement forme. C’est une opportunité exceptionnelle d’être installé au coeur de l’une des plus grandes concentrations mondiales de matière grise.
Votre nouveau logo indique d’ailleurs votre ancrage dans l’université Paris-Saclay
J’ai estimé que c’était à l’Ecole polytechnique de donner le signal en tant qu’institution au coeur du Plateau. L’université et les grandes écoles ne sont pas deux mondes hostiles l’un à l’autre. Nous sommes complémentaires, il est temps d’aller de concert vers un même objectif, la naissance d’un pôle scientifique mondial de référence.

 

CRÉER DES ENTREPRISES PROMETTEUSES, DÉJÀ UNE RÉALITÉ À L’X !
La Commission Innovation 2030 a initié le concours mondial d’innovation afin de repérer et soutenir « les futurs champions de l’économie française », « créateurs de richesse, d’exportations et d’emplois ». Parmi 58 lauréats dévoilés le 20 mars figurent non moins de 7 projets issus de laboratoires de l’Ecole polytechnique ou portés par des élèves : Stilla Technologies, Instent, Elvesys, CardioLogs, Ynsect, Wandercraft, Magpie Polymers.
http://www.innovation2030.org/fr/

 

A. D-F