Politique, business ou ESS : les femmes sont dans la place ! Comment s’imposent-elles dans des sphères encore trustées par des hommes, quels sont leurs modèles et surtout, comment deviennent-elles des modèles pour les générations futures ?

Vous avez dit femmes d’influence ?

Le dernier classement Forbes a distingué les 100 femmes les plus puissantes du monde. Aux 5 premières places,  on retrouve Angela Merkel (présente pour la 12e fois et en tête pour la 7e année consécutive), Theresa May, Melinda Gates, Sheryl Sandberg (directrice des opérations de Facebook) et Mary Barra (DG de General Motors). Le classement compte 23 nouvelles entrantes dont Ivanka Trump (19e). Signe que les femmes mènent la révolution entrepreneuriale partout dans le monde, Jean Liu de Didi Chuxing (concurrent chinois d’Uber) est classée 40e, alors même que 55 % des nouvelles entreprises chinoises sont fondées par des femmes. Selon un sondage Ifop réalisé pour Shiseido et le club Génération femmes d’influence, les Français voient quant eux Christine Lagarde, DG du FMI, comme la femme française ayant le plus d’audace et d’influence (selon 36 % des sondés). Viennent ensuite Brigitte Macron (en tête chez les moins de 35 ans) et Anne Hidalgo. L’influence resterait donc marquée par la politique et le pouvoir.

Les femmes au pouvoir ou le pouvoir de faire bouger les lignes

La France championne de la féminisation des instances dirigeantes ? Si la loi Copé-Zimmermann a largement féminisé les conseils d’administration des grandes entreprises, 100 % des PDG du CAC 40 sont encore des hommes. Comment faire pour que les femmes prennent enfin la part de pouvoir qui est la leur ? Les réponses de Viviane de Beaufort, professeure et directrice du Centre européen de droit et d’économie, ESSEC Business School.

 Pourquoi les femmes ne montent-elles pas dans les sphères de pouvoir ? Si la féminisation des CA des grandes entreprises est réelle, on trouve encore très peu de femmes aux postes de pouvoir au sein de ces conseils : il y a peu de présidentes de CA, de comités d’audit, de nomination ou de rémunération par exemple. Les femmes restent encore plus affectées aux sphères d’influence qu’aux sphères de pouvoir.

 On vous rétorquerait que c’est à cause de leur manque d’expérience ! Peut-être, mais est-ce une raison pour ne pas essayer ? Pourquoi ne pas leur faire confiance ? Pourquoi les obliger à surprouver leurs compétences ? Sans doute parce que les sphères de pouvoir sont encore « consanguines » car quasi exclusivement composées d’hommes, émanant de certains corps d’élite et qui se connaissent presque depuis la maternelle ! Ils tiennent le pouvoir et n’ont tout simplement pas envie de le lâcher.

 Comment les faire remonter dans le pipe du pouvoir ? En agissant d’abord au niveau du système. Les entreprises doivent développer des politiques proactives avec des objectifs chiffrés, introduire plus de femmes dans les CoDir, accepter des parcours moins linéaires que ceux des hommes et poser un autre regard sur la « double-vie » des femmes. Avoir une famille n’est pas un obstacle pour devenir dirigeante. Bien au contraire, cela offre même une extraordinaire expérience du management ! Il faut également que les femmes prennent confiance. Pourquoi ne pas institutionnaliser un droit à la formation prioritaire pour les femmes ? Il est par ailleurs impératif que les entreprises encouragent le coaching et le mentorat afin d’aider les femmes, et les mères en particulier, à rattraper un éventuel retard de carrière. C’est comme cela qu’elles se mettront enfin à revendiquer ce qu’elles méritent sans attendre qu’on vienne les chercher.  Et sinon, elles peuvent aussi créer leur propre boite : une très bonne façon de se prouver qu’on peut diriger tout en disant zut au système.

 Leadership au féminin : mythe ou réalité ? Comme elles ont toujours été minoritaires dans les systèmes de gouvernance, les femmes ont  dû développer des capacités d’écoute, de médiation, de contreproposition et d’influence. Une attitude qui induit un management agile, collectif, une capacité certaine au compromis… Bref, l’attitude qu’on attend d’un bon leader ! Il n’y a donc aucune raison objective pour ne pas nommer de femmes dirigeantes. D’autant plus que de nombreuses études démontrent que les entreprises dirigées par des femmes surperforment et présentent une gouvernance plus pérenne.

 

L’ESS se conjugue aussi au féminin

Diplômée de Sciences Po, Harvard et de la London School of Economics, Chiara Condi a fondé l’association Led By HER en 2013. Marrainée par l’ancienne ministre Axelle Lemaire et soutenue par l’IÉSEG School of Management et ESCP Europe, cette structure unique en France aide les femmes victimes de violences à se lancer dans l’entrepreneuriat. Coup de projecteur sur une entrepreneuse engagée récompensée en 2017 par le Prix de la Femme d’influence Economique Espoir.

Pourquoi vous intéresser aux femmes victimes de violence ? C’est un sujet de société qui traverse les frontières : dans le monde, un tiers des femmes subissent des violences. Et si on ne peut pas assurer à une femme de vivre sans violence, on ne peut rien lui assurer : ni stabilité personnelle, ni stabilité économique. C’est pour cela qu’il est impératif de travailler sur l’empowerment pour donner le pouvoir à ces femmes d’avancer.

Quelles actions menez-vous ? L’association existe depuis cinq ans. Nous avons d’abord développé un premier programme d’entrepreneuriat pour les femmes co-construit avec l’IÉSEG et ESVP. En parallèle, nous avons lancé des événements de type challenges et hackathons. Nous venons également de mettre en place une plateforme digitale avec CapGemini. Son objectif : permettre à ces femmes d’être coachées par des collaborateurs sur des compétences dont elles ont besoin pour lancer leur  entreprise.

Pourquoi les femmes hésitent-elles encore à entreprendre ? On parle souvent d’un manque de confiance mais je pense qu’il s’agit plutôt d’un manque de connaissance de soi et de son potentiel. Nous sommes immergés dans une culture qui n’aide pas forcément les femmes à se révéler. Les structures d’accompagnement et de financement des jeunes entreprises restent également des terreaux de discriminations, ce qui ne favorise pas la croissance des idées portées par les femmes. Et pourtant, donner la voix aux femmes c’est souvent donner des issues à des problèmes qui n’ont pas encore de solution. Chez Led by HER, nous permettons aux femmes de se réapproprier leur talent.

Votre conseil à une entrepreneuse en herbe ? Trouve la toute première activité à faire tout de suite et sans moyen : le passage de l’idée à l’action est la clé qui permettra à ton projet de vivre. N’oublie jamais que les possibles nourrissent les projets.

 

Les 6 clés pour assoir enfin la mixité dans l’entreprise

L’Observatoire de la Mixité (OMix) a récemment publié un livre vert, fruit de 18 mois d’échanges et de débats entre sept grandes entreprises (Carrefour, Crédit Mutuel Arkéa, ENGIE, Legrand, Sanofi, Sodexo, SUEZ) et 17 experts de la mixité. Il propose six mesures pour dépasser les blocages et accélérer la mixité en entreprise :

  • présenter un engagement fort de la direction
  • opérer un changement durable de culture vers une culture d’inclusion
  • prendre en compte la différence entre les cycles de carrières féminins et masculins
  • fixer des « objectifs mixité » individuels précis et ambitieux
  • partager le tableau de bord des indicateurs mixité
  • généraliser l’usage d’un langage inclusif

Autre axe de réflexion

LES MEDIAS ONT-ILS UN SEXE ?