Après l’aventure musicale et le succès des groupes Elephanz et Pégase, Thibaud Vanhooland se lance « seul sur son tandem » avec le projet VOYOU. Comment gère-t-il le succès ? Comment se déroule son processus créatif ? Quel est son regard sur la musique française en 2018 ? Rencontre avec un OVNI musical à l’univers coloré et mélancolique.

 

Elephanz et la chanson « Time for A Change » : un succès inattendu ?

Nous commencions à être connus avec le tube « Stereo » qui assurait notre succès régional, mais « Time For A Change » est le single qui a vraiment assis notre notoriété dans le milieu musical. Je m’y attendais, car Jonathan et Maxime [Verleysen, les deux compositeurs de l’album, NDLR] ont toujours eu cette capacité à écrire des chansons pop très simples, mais efficaces. En revanche, je ne m’attendais pas à ce qu’on aille jusqu’aux Victoires de la Musique.

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Qu’est-ce qui a fait la différence ?

Notre succès est celui du public. Certains groupes sont très mis en avant par le milieu professionnel et d’autres, comme nous, émergent grâce à ceux qui nous écoutent. Je pense que cette alliance de simplicité et de modernité dans nos morceaux a participé au succès.

Comment avez-vous géré cette réussite ?

J’avais le beau rôle, car je n’étais pas sur toutes les photos de presse et je ne faisais pas d’interviews. Le plus difficile à gérer c’est le rapport aux autres. Les gens ont l’impression de te connaître alors que tu ne les connais pas. Tu rentres dans un rapport d’intimité avec des inconnus. C’est très étrange. La clé pour gérer le succès, c’est de réussir à garder les pieds sur terre et de ne pas avoir l’impression de devenir quelqu’un de meilleur.

Qui dit succès, dit tournées. Comment gérez-vous la distance avec vos proches ?

Entre Elephanz et Pégase, il y a eu des périodes où j’étais peu chez moi. L’avantage est que nous étions nombreux sur la route et j’étais entouré de mes copains. Tu te construis des amitiés de la route et c’est chouette ! Mes amis savent qu’il y a des moments où ils ne me verront pas pendant longtemps et ils ne m’en veulent pas.

Pourquoi vous lancer en solo ?

Cela faisait un moment que je composais des chansons sans me poser la question de ce que j’allais en faire. En étant tout le temps sur scène, j’ai regardé comment cela se passait autour de moi chez Elephanz ou Pégase. J’ai appris comment gérer les interviews, le stress, les festivals, etc. Quand j’ai eu l’impression d’être prêt, je me suis lancé.

Quel est votre rapport à la musique ?

Je ne suis pas un monomaniaque du style musical. J’essaie de garder un rapport assez simple avec la composition. Je ne veux pas me forcer à composer des chansons, mais je laisse venir les choses et j’essaie toujours de conserver un maximum de sincérité dans ce que je fais. Je n’ai pas envie que cela devienne une mécanique et que je me pose la question de comment faire un morceau qui va plaire. J’essaie de ne pas parler de moi, de ne pas utiliser ma pensée. Je me base surtout sur mes rencontres et mes échanges.

Êtes-vous anxieux avant la sortie de votre premier EP ?

Non, au contraire ! Je travaille avec beaucoup de personnes de confiance, que ce soit dans mes vidéos, ma musique ou mes pochettes, je ne travaille qu’avec des gens qui me connaissent et que je connais. J’ai vraiment hâte de connaître l’avis des gens, de savoir ce qu’ils feront de ma musique, comment ils l’interpréteront et comment ils se l’approprieront. Pour l’instant, sur scène, j’ai un bon accueil de la part du public.

D’où est venue l’inspiration pour votre EP « On s’emmène avec toi » ?

Principalement de la musique que j’écoute. J’achète beaucoup de vinyles, j’écoute des morceaux modernes, d’autres moins récents. J’essaie aussi de me tenir au courant de ce qui se fait en France et dans le monde. J’écoute des sons qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. Du coup, je pense que chacune de mes chansons est influencée par les disques que j’écoute au moment de l’écrire.

Et pour vos clips ?

Mes clips ont été réalisés par Tamara Seilmane. Elle s’est emparée de ma musique et en a fait ce qu’elle voulait. Pour mon clip « On s’emmène avec toi », nous nous sommes inspirés de mon enfance dans le nord de la France. J’avais cette idée de fuite. Le thème principal de la chanson ce sont ces décors, ces lieux dans lesquels on ne se sent pas à sa place et comment réussir à en sortir. Tamara Seilmane s’est bien emparée de l’idée.

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VOYOU en quelques mots ?

Je n’aime pas cérébraliser la musique que je fais. Cela la rend trop réelle et pose des cadres. J’ai l’impression que cela me pose des limites. Si je devais décrire, je dirais : coloré, non-fatalité, bonheur et mélancolie.

« La Légende Urbaine » parle de la manière dont les rumeurs se répandent. Y a-t-il un message sur l’actualité ?

Ce morceau n’est pas politique. Il est vraiment centré sur l’humain. Je parle de l’ennui et de comment les gens le contrent. J’ai vécu en banlieue dans le Nord-Pas-de-Calais, là où il peut y avoir de l’ennui. Pour s’occuper, certains créent des légendes urbaines et c’est beau. On parle souvent de la misère des quartiers, mais on oublie toutes les belles choses qui peuvent en ressortir. Malgré tout, je me sens concerné par ce qui se passe en politique et même socialement. Ce morceau fait écho à des choses que je vois autour de moi sans pouvoir rien faire. Il faut réussir à se sortir de ces situations de mauvaise ambiance où on ne fait plus confiance à personne et où on ne voit les gens que sous leurs mauvais côtés.

« Seul sur un Tandem » raconte une histoire tragique, pourquoi la chanter sur un rythme si joyeux ?

Oui, j’y parle d’une personne décédée dans un couple et de la manière dont l’autre gère la situation. Quand je raconte des histoires tristes, j’ai toujours envie d’insuffler une non-fatalité dans ce que j’écris. Vivre une tragédie peut apporter beaucoup de choses. Je ne voulais pas que la musique soit plombante, je voulais insuffler l’idée que les choses peuvent aller mieux et insérer une présence bienveillante en arrière-plan.

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On sent de la mélancolie dans vos chansons, comme dans « Les Soirées », vous êtes mélancolique ?

Je ne suis pas quelqu’un qui se focalise sur le passé, mais je l’utilise pour essayer de comprendre le futur. Dans « Les Soirées », je ne suis pas mélancolique, j’explique que dans quelque chose de répétitif et d’ennuyeux, de belles choses peuvent émerger. Au moment où j’ai écrit cette chanson, je sortais énormément, c’était peut-être une sonnette d’alarme que je me tirais à moi-même.

La recette pour faire de la musique en 2018 c’est une dose de mélancolie sur des rythmes dansants ?

Si Tim Dup, Eddy de Pretto et d’autres artistes français sont mélancoliques, c’est peut-être parce que notre époque s’y prête. Nous avons juste envie de la prendre de manière joyeuse.

Après l’EP, l’album et la tournée ?

Je compose tout le temps, tant que je continue à composer des morceaux, tout va bien. L’album n’arrivera pas avant 2019, je pense qu’il sera là au début de l’année. Je vais surtout faire des lives maintenant. J’ai une belle tournée qui se prépare. J’ai monté plusieurs créations vidéo pour les transmusicales que j’ai hâte de faire découvrir au public.

 

Et retrouvez le premier album de VOYOU à cette adresse : https://Voyou.lnk.to/ALBUM

 

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