La deuxième sélection des jurés du Prix Littéraire des Grandes Ecoles, organisé par HEC Paris, est disponible ! Il récompense un livre écrit par un auteur francophone en début de carrière littéraire, non encore primé, et qui met en lumière des enjeux de société à résonance actuelle. Les jurés sont à la recherche d’ouvrages susceptibles de toucher en particulier un public jeune et étudiant, de les faire réfléchir, ou de leur donner à voir notre société d’une manière originale, sans négliger le style. Les 20 jurés se sont réunis le 5 mars dernier pour confronter leurs avis et choisir deux nouveaux livres pour compléter la sélection finale, en lice pour le Prix Littéraire des Grandes Ecoles. Après de nombreux débats, ils ont élu Un lézard au Congo de Gil Courtemanche aux éditions Denoël et Jusque dans nos bras d’Alice Zeniter aux éditions Albin Michel. Nous vous en proposons deux critiques écrites par les jurés du Prix.

Moments de détente après une séance houleuse

Léa Szerman, jurée de Dauphine, pour Jusque dans nos bras d’Alice Zeniter
« Je suis de la génération qui a fêté ses dix ans avec le génocide rwandais, je suis de la génération qui a perdu Bertrand Cantat et découvert la Lituanie par la même occasion, je suis de la génération qui n’aura plus de pétrole alors qu’elle commence à peine à s’amuser avec les low-cost, je suis de la génération qui ne peut pas accueillir toute la misère du monde. » Ainsi commence ce roman pour le moins original abordant le thème du mariage blanc, et pour en savoir plus, voici la critique de Léa. L’écriture débridée de Jusque dans nos bras nous emporte comme un flux jubilatoire, au fil des hésitations et des souvenirs d’Alice, jeune femme irrésistible par son mordant. L’écriture audacieuse, transgressive mais spontanée ne tombe jamais dans un effet de style compassé qui se voudrait subversif et resterait fade. Dans un monde de frontières, Alice c’est le manifeste de l’amitié au-dessus des lois. Intransigeante et réfractaire à toute modération, faudra-t-il qu’elle « les épouse tous » pour trouver l’apaisement ? Elle se révolte contre les incohérences de sa génération par une critique acerbe mais nourrie d’une imagination fantasque : Edvige, le « monstre » administratif, a sans doute déjà de la corne au doigt à force d’inspecter son dossier, celui qui éviterait à Mad le charter du non-retour. Par ses résolutions extrêmes, Alice c’est aussi le manifeste des sentiments véritables et des décisions sans réserves.

Michaël Roy, juré de l’ESCP Europe, pour Un lézard au Congo de Gil Courtemanche
Analyste politique dans le cabinet du procureur en chef de la Cour pénale internationale à La Haye, Claude Tremblay n’a pas d’autre vie que celle que lui offre son travail. Cet homme sans surface et sans profondeur s’est déclaré spécialiste de Bunia, petite ville du Congo d’où est originaire le criminel de guerre Thomas Kabanga, accusé d’avoir embrigadé des enfants soldats. Claude se donne pour mission de faire condamner Kabanga, malgré les obstacles posés par la Cour. Il n’y a rien de passionné, pourtant, dans cette tâche à laquelle Claude se consacre ; le personnage semble obéir à un idéal de justice tout à fait abstrait, et s’attèle au cas de Kabanga comme il pourrait s’atteler au cas de n’importe quel autre criminel. L’intérêt du roman de Gil Courtemanche ne réside d’ailleurs pas dans l’analyse d’une situation politique – toujours vue à distance, alors même que Claude finit enfin par se rendre au Congo – mais plutôt dans la description d’un vide existentiel chez un homme qu’on pourrait croire animé par les plus fortes passions. Sa langue est volontairement dépouillée, réglée, comme vidée de substance. Et la mort même de Kabanga, qu’il aura malgré lui suscitée, ne parvient pas à le sortir de sa torpeur. « Je ne veux pas mourir seul » : c’est sur ces mots que se termine le témoignage de Claude, aveu de solitude et d’échec.

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