2011, année de l’outre-mer, les départements et collectivités d’outre-mer sont à l’honneur en diverses manifestations, et par conséquent, dans notre numéro anniversaire de Grandes Ecoles Magazine. Vincent Bouvier (Sciences Po 74), Délégué général à l’outre-mer depuis 2009, revient sur sa carrière de haut-fonctionnaire de l’Etat, et sur ses fonctions actuelles au sein de la délégation générale, une administration de mission au service de l’outre-mer.

 

Vincent-BOUVIER

Vincent-BOUVIER

La Délégation générale à l’outre-mer, quelle mission ?
Animer et coordonner les politiques suivies par l’Etat en direction de l’outre-mer, c’est-à-dire:
• Animer les politiques interministérielles en faveur de l’outre-mer, et plus largement « faire entendre la voix de l’outre-mer » dans la déclinaison des politiques publiques,
• Etre une courroie de transmission entre le ministère et les territoires, et notamment entre le ministère et les représentations locales de l’Etat dans ces territoires.

 

Les outre-mer, quels enjeux ?
• Le développement endogène des territoires, en se concentrant sur les productions locales et la promotion des exportations afin de réduire leur dépendance économique
• L’approfondissement des politiques en faveur de la jeunesse et le développement de la mobilité, afin de favoriser l’accès des jeunes adultes au marché du travail national et international
• La lutte contre les difficultés sociales
• La création de structures institutionnelles et administratives adaptées aux caractéristiques de ces territoires

 

Les principaux apports des outre-mer à la France
• Une présence de la France dans l’ensemble des océans, avec ce que cela peut apporter en termes stratégiques et de place dans la compétition mondiale
• La mer, un atout capital sur le plan environnemental et énergétique, l’outremer faisant de la France la 2e zone économique exclusive du monde après les Etats-Unis
• Une très grande diversité culturelle
• Un grand dynamisme démographique qui contribue largement au renouvellement générationnel de la France
• Une contribution au développement de l’ensemble français (cultures, nickel, tourisme, etc.)

 

Les spécificités des affectations outre-mer
• La pression exercée sur l’Etat est en moyenne plus forte en outre-mer que dans un département métropolitain classique.
• L’isolement et l’éloignement par rapport à la métropole, qui accroissent l’autonomie et la responsabilité et peuvent conduire à une plus grande solitude face à la décision
• Une capacité particulière d’écoute et d’adaptation aux cultures des outremer, parfois éloignées des canons métropolitains
• De nécessaires capacités d’équilibre, de gestion de crise et de sang-froid, car il s’agit de territoires où les tensions peuvent être nombreuses
• La variété, la diversité et la technicité des questions abordées selon les différents territoires : « il n’y a pas un outre-mer mais des outre-mer »

 

Les qualités d’un haut-fonctionnaire de l’Etat
• La loyauté
• Le sens de l’intérêt général et du service public
• Un grand sens de l’adaptation aux contextes nouveaux
• Des capacités de management et de direction d’équipe : « on ne s’impose plus spontanément par l’exercice de l’autorité hiérarchique, mais par la capacité de management et par l’exemplarité »

 

Et la carrière d’élu, pourquoi pas ?
« Ce n’est pas le même métier. Nous exécutons des politiques gouvernementales mais nous demeurons des serviteurs de l’Etat, et sommes tenus à une stricte obligation de réserve et à un devoir de neutralité dans l’exercice de nos fonctions ».


22 ans au service de l’Etat, pourquoi un tel engagement ?
« Exercer une activité de service public, et de service de l’intérêt général, me convient profondément ».


Les apports de votre formation à Sciences Po
• L’ouverture d’esprit, l’incitation à la curiosité et à la découverte par la variété des thèmes abordés
• Le développement de l’esprit de synthèse et des capacités d’analyse
• L’amélioration de l’expression orale et écrite

 

Vos attentes par rapport à la nouvelle génération ?
Outre les indispensables capacités de travail, de synthèse, d’adaptation et d’expression, une curiosité d’esprit et une modestie dans l’appréhension des problèmes et dans l’approche des êtres.

 

Vos conseils aux étudiants
Le premier conseil, c’est de leur dire que les carrières linéaires n’existent plus, il faut dorénavant faire preuve de mobilité professionnelle et de grandes capacités d’adaptation. Le temps est passé où l’on pensait pouvoir mener une carrière dans une même administration ou une même entreprise sur un même type de poste. Le deuxième conseil, c’est de leur rappeler qu’ils seront citoyens du monde, les hauts fonctionnaires tout comme les cadres du privé devront, demain plus qu’hier, s’ouvrir vers l’extérieur, connaîtront très probablement des expériences professionnelles hors de nos frontières nationales, d’où une maîtrise indispensable de langues étrangères. Enfin, leur rappeler qu’il existe des possibilités multiples dans le domaine des institutions publiques, en sachant que, dans notre tradition républicaine, la voie d’accès principale reste la réussite aux concours.

 

AB