Le 23 mai 2008, faisant suite à la loi de 2005 sur l’égalité des droits et des chances, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Valérie Pécresse, et le président de la Conférence des Grandes Ecoles, Christian Margaria, signent la charte « Conférence des Grandes Ecoles/Handicap ». Celle-ci fixe pour objectif l’accueil de 1 000 étudiants handicapés supplémentaires par an dans l’enseignement supérieur : un objectif ambitieux qui né© fotolia cessite un plan d’actions opérationnel et concret !

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De l’autocensure à la liberté de choisir
S’engager dans des études supérieures n’est pas une démarche anodine pour beaucoup de jeunes en situation de handicap. En effet, au-delà des difficultés matérielles et logistiques, certains n’osent pas poursuivre de longues études par peur de ne pas y arriver, par autocensure. Pour preuve : plus de 80 % des personnes en situation de handicap ont un niveau inférieur au Bac ! Et sur ce point, il reste beaucoup à faire même si des actions concrètes commencent à émerger…
Nous pouvons par exemple évoquer la création de concours dédiés tels que Passerelle Handicap, incitant et facilitant l’accès aux Grandes Ecoles, mais ceux-ci restent malheureusement encore en marge. Une autre évolution positive et constructive concerne l’élaboration d’une norme « organisme handi-accueillant », certifiant l’accessibilité du cadre bâti, de l’information et de la formation mais aussi la sensibilisation des élèves et des personnels. Ce référentiel a permis de mobiliser et d’accompagner dans l’action plusieurs Business Schools mais le chemin jusqu’à la « banalisation » de la poursuite d’études reste encore long.

 

La sensibilisation : fer de lance du dispositif
Le handicap d’une personne peut parfois gêner, mettre mal à l’aise, être source d’appréhension, le plus souvent par méconnaissance ou par peur d’agir de façon inappropriée. On devine donc facilement l’enjeu d’une véritable sensibilisation et ce à tous les niveaux de la chaîne pour faciliter l’intégration des étudiants en situation de handicap. La cheville ouvrière de cette sensibilisation est le référent handicap. Sur les recommandations du gouvernement, une centaine de référents ont d’ores et déjà été mandatés dans les grandes écoles de commerce et d’ingénieurs avec un périmètre d’intervention extrêmement large. De l’accompagnement du candidat en situation de handicap à son insertion professionnelle en passant par son intégration au sein de l’établissement ou encore le suivi de sa scolarité, le dispositif prévoit une trajectoire parfaitement jalonnée sur le chemin de la réussite. Encore faut-il détecter les étudiants concernés. Il est important de faire un bref aparté sur ce sujet : aujourd’hui, même si le terme handicap est utilisé très largement et dans tous les domaines, il reste trop souvent associé à l’image extrêmement restrictive du seul fauteuil roulant. Or, le handicap visible ne représente « que » 20 % de la population concernée ! Il peut se manifester sous de nombreuses formes – psychique, sensoriel, moteur, etc. – et les étudiants en situation de handicap sont malheureusement trop peu nombreux à se déclarer. Afin de soutenir le référent dans sa mission et lui transmettre une connaissance plus approfondie des différentes typologies de handicap – qu’il soit éphémère ou permanent -, le CED-Hanploi, partenaire de la Conférence des Grandes Ecoles, propose de nombreuses formations originales et innovantes. Elles peuvent ainsi être l’occasion d’évoquer le handicap au travers du prisme du recrutement, de l’intégration, des risques psychosociaux ou encore de la non-discrimination. Aguerri, le référent peut alors assumer toute la mesure de ses fonctions et sensibiliser, en cascade, les parties prenantes de l’école. Durant cette dernière décennie, nous avons observé à l’EM Normandie une réelle évolution des mentalités et une mobilisation de plus en plus massive des étudiants et collaborateurs. Les initiatives étudiantes telles que des dîners dans le noir, des parcours en fauteuil roulant, des rencontres sportives en binôme étudiant-licencié handisport ainsi que des temps d’échanges avec des personnes en situation de handicap se sont multipliées. Autant de démarches riches d’enseignements auxquels tous les publics s’associent volontiers !
La sensibilisation se prolonge également dans la pédagogie. Cette année, l’EM Normandie initie, à la demande d’étudiants et de professeurs, des cours de langue des signes française en langue vivante 3, convaincue que sa pratique peut être utile aux managers de demain. Le « Parcours Manager Responsable » intégré au cursus du Programme Grande Ecole, vise, quant à lui, par des actions concrètes de sensibilisation et de formation aux enjeux de la responsabilité sociale des organisations, à faire émerger des pratiques professionnelles éthiques et responsables prônant, en outre, la diversité et l’égalité des chances. Toutes ces démarches commencent véritablement à porter leurs fruits. Les étudiants, s’entraident de façon de plus en plus naturelle et instinctive et, même si les rouages du mécanisme ne sont pas encore parfaitement huilés, la roue commence à bien tourner !

 

Par Caroline Bacon, Responsable service à l’étudiant campus de Caen, référente handicap à l’EM Normandie