En 2005, la loi pour l’égalité des chances a amorcé une véritable dynamique en faveur de l’accès des étudiants en situation de handicap aux formations supérieures, imposant notamment la création d’une Mission Handicap dans chaque université. En 2007 et en 2012, la Conférence des Présidents d’Université (CPU) a coordonné les différentes actions de ses établissements par la signature d’une charte Université/Handicap. Malgré tout en 2013, seulement 20 % des bacheliers en situation de handicap se sont dirigés vers des études supérieures. L’offre d’accompagnement varie considérablement selon les établissements et les régions. Focus sur deux universités pionnières : Montpellier 3 et Nanterre.

ANNE FRAÏSSE,
PRÉSIDENTE DE L’UNIVERSITÉ MONTPELLIER 3 :

En 1999, 6 ans avant la loi sur l’égalité des chances, l’université Montpellier 3 a créé un Service d’Accueil des Étudiants Handicapés. Quel était alors votre objectif ?
Cette structure nous a semblé la meilleure pour aider les étudiants handicapés à réussir leurs études. Elle a permis de diversifier les types de handicaps que nous recevons, de prendre en compte les difficultés de chacun et d’apporter une réponse individualisée. Nos étudiants peuvent ainsi tous étudier dans les mêmes conditions. Si l’université a devancé la législation et fait figure de pionnière, c’est grâce à la mobilisation de toute notre équipe sensible à cette problématique.

En 6 ans, le nombre d’étudiants handicapés accueillis au sein de votre université a été multiplié par 5 passant de 30 à 160. Face à ce succès, l’université a-t-elle pour vocation d’accueillir davantage d’étudiants handicapés ?
Nous avons surtout vocation à être une structure démocratique qui veut donner sa chance à tous les étudiants peu importe leur situation. Nous n’avons aucune ambition particulière concernant le nombre d’étudiants handicapés accueillis dans notre établissement. Ces chiffres s’expliquent en partie par l’augmentation générale du nombre de bacheliers en situation de handicap. Les collèges et lycées ont considérablement amélioré les conditions d’accueil des jeunes handicapés. Nous souhaitons seulement suivre cette évolution sociale et donner les moyens de réussir à tous ceux qui souhaitent nous rejoindre.

 

LENY MARQUES,
EN LICENCE PROFESSIONNELLE JOURNALISME DE PROXIMITÉ À L’UNIVERSITÉ CLERMONT-FERRAND 2 :
Quel regard portes-tu sur ton passage à l’université ?
Après le Bac, je me suis dirigé vers une licence d’Histoire durant laquelle j’ai été confronté à plusieurs difficultés notamment d’accès aux salles et d’accompagnement. Mais grâce au soutien de mes parents, je n’ai pas perdu courage et j’ai pu faire les études qui me plaisaient peu importe les obstacles !
Seuls 20 % des bacheliers en situation de handicap poursuivent des études supérieures. Ce faible nombre s’explique en partie par une forme d’autocensure, qu’en penses-tu ?
Je comprends car les difficultés sont bien présentes. Il faut faire preuve d’une réelle combativité pour réussir ses études mais ça vaut le coup ! Les études sont la clé pour s’intégrer dans la société mais aussi pour se faire entendre. Plus nous serons nombreux à entreprendre des cursus universitaires et plus nous pourrons faire bouger les choses. Les personnes en situation de handicap sont capables de faire aussi bien que les valides !

 

MAHMOUD KÉKOUCHE,
RESPONSABLE
DU SERVICE HANDICAP ET ACCESSIBILITÉ DE L’UNIVERSITÉ DE NANTERRE :

Le Service Handicap et Accessibilité de l’université de Nanterre existe depuis déjà 18 ans. Dans quel contexte ce service fut-il mis en place ?
C’est une histoire bien particulière. A l’époque, un groupe d’étudiants handicapés qui mutualisait leurs cours a décidé de se constituer en association. Ils ont ensuite entrepris une démarche auprès de la direction de l’université pour qu’une structure d’aide soit directement intégrée à l’administration de l’établissement. Le Service Handicap et Accessibilité a ainsi vu le jour. Depuis, sa vocation a toujours été de donner les moyens de réussir aux étudiants en situation de handicap et de trouver des solutions aux problèmes auxquels ils sont confrontés dans leur quotidien à l’université.

Depuis 1996, les actions du Service Handicap de l’université se sont-elles diversifiées ?
La loi de 2005 et la charte de la CPU ont inscris un volet « sensibilisation » au calendrier d’actions des universités. L’université de Nanterre a alors créé la Journée Handinamique souhaitant favoriser les échanges et les réflexes d’entraide grâce à des ateliers de mise en situation sensorielle, des activités sportives adaptées et même un repas « à l’aveugle » ! A l’avenir, nous souhaitons faire de cet événement un rendez-vous incontournable et étendre le programme à une semaine entière. Selon vous, à quoi ressemblera l’université handi-accueillante de demain ? Elle sera pleinement accessible et entièrement investie dans les nouvelles technologies. Le numérique est un moyen fabuleux de faciliter l’accès au savoir pour nos étudiants en situation de handicap. Cette année, l’université a lancé ses premiers MOOCs* rendant plusieurs cours accessibles à distance !
*MOOC : cours en ligne ouverts à tous

 

YASMINA EL HOURAT,
RESPONSABLE COMMUNICATION DE LA FÉDÉEH (FÉDÉRATION ÉTUDIANTE POUR UNE DYNAMIQUE ÉTUDES ET EMPLOI HANDICAP)

Depuis la création de l’association en 2010, vos actions de communication ont-elles évolué ?
Oui, elles ont considérablement évolué en 4 ans. En parallèle de nos opérations de sensibilisation sur le terrain (Handicafé, Nuit Handinamique…), nous nous sommes beaucoup développés sur internet. Un site a été créé en 2011 sur lequel nous avons développé une banque de témoignages où chaque membre de l’association fait part de son expérience. L’objectif est d’encourager l’échange et la « pairémulation. » Quoi de mieux qu’un jeune en situation de handicap pour parler à un jeune en situation de handicap ? La création, l’an dernier, d’un service de communication a aussi permis d’intensifier notre présence sur les réseaux sociaux et de toucher davantage d’étudiants.
Quels sont vos projets à venir en termes de sensibilisation ?
Nous avons pour ambition d’étendre nos actions à toute la France. Nous envisageons de créer des antennes régionales pour être plus près de nos membres mais rien n’est encore défini ! En attendant, nous souhaitons mettre en place une plateforme virtuelle permettant la rencontre entre les étudiants et les recruteurs. Ils auront la possibilité de se donner rendez-vous et d’échanger directement via un « chat ». Très certainement cela facilitera l’intégration dans la vie active des jeunes diplômés en situation de handicap !

 

Simon Sénot