Nous avons rencontré Laurent Wauquiez la semaine qui a précédé son changement de ministère à l’occasion d’un entretien où il nous a présenté ses préoccupations pour l’Union européenne. Nous ne manquerons pas d’aller évoquer avec lui ses nouveaux objectifs de ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche

 

 

Laurent Wauquiez

Laurent Wauquiez

Il s’agit à la fois d’une avancée technique, à travers la mise en commun de nos moyens de protection des frontières, et d’un progrès concret, palpable au quotidien par nos concitoyens. Je suis très attaché à cette dimension « concrète » de l’Europe. L’UE est à l’origine d’un nombre extraordinaire d’avancées quotidiennes, mais l’on met trop peu en avant le rôle qu’elle a joué dans ces réalisations. C’est pour cette raison que je me rends plusieurs fois par mois dans différentes régions françaises pour promouvoir « l’Europe concrète dans nos territoires ». L’espace Schengen appartient clairement à ce type de mesures. Chacun se rend bien compte des facilités immenses que procurent le fait de pouvoir se déplacement librement dans tous les pays européens sans formalité particulière.

 

Un espace Schengen assoupli pour renouer avec les frontières ?
Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille fermer les yeux sur les problèmes auxquels nous pouvons être confrontés. Les révolutions arabes et la vague migratoire qu’elles ont entraînée nous ont surtout montré qu’il nous fallait être plus solidaires. Nous n’avons certainement pas besoin de moins d’Europe mais de mieux d’Europe. Nous devons donc améliorer la mutualisation de nos outils de protection des frontières, notamment en renforçant l’agence Frontex. Par ailleurs, il ne faut pas s’interdire non plus, au nom d’un dogmatisme absurde, la possibilité d’un rétablissement temporaire de nos frontières en cas d’événements exceptionnels comme l’afflux massif de migrants ou de défaillance d’un Etat à gérer les frontières extérieures communes. En assouplissant ainsi le système Schengen, on le renforce. Un roseau tient mieux le vent qu’un chêne !

 

L’espace Schengen fait partie des grandes avancées de l’Union européenne.

Les avancées de l’Europe sociale à petits pas
L’enjeu majeur des mois à venir pour l’emploi et la croissance en Europe, c’est la réalisation du marché. Il s’agit potentiellement de 4 points de PIB en plus et de cinq millions d’emplois créés sur un horizon de dix années. Michel Barnier, avec qui je travaille étroitement, est très attaché à promouvoir un marché intérieur qui marche sur ses deux jambes : l’économique et le social. Il est en effet crucial de rééquilibrer une vision du Marché unique qui a parfois pris trop au pied de la lettre les théories de la concurrence pure et parfaite. L’un des points importants de l’ « Acte pour le Marché unique » concerne l’adoption d’un « Small Business Act » européen. Il faut rappeler que les PME représentent 2/3 des emplois du secteur privé en Europe ! Plus largement, sur l’Europe sociale, nous avançons sur de nombreux dossiers, notamment en ce qui concerne les services publics. Ce que nous construisons peu à peu, c’est un modèle social européen. Il ne s’agit pas d’une uniformisation, notamment car le modèle social français est l’un des plus riche d’Europe et qu’un alignement signifierait ,un appauvrissement, mais d’échanges constants afin de partager nos expériences et de mettre en commun nos bonnes pratiques.

 

Un euro fragile et contesté… quelle est utilité de l’euro ?
L’euro nous protège considérablement dans cette période de turbulence. Depuis sa création, les apports de l’euro sont très L’euro nous a protégés de l’inflation depuis plus d’une décennie. Alors qu’au début des années 1990, les taux d’intérêt pour un crédit immobilier avoisinaient les 10%, ils ne sont désormais plus que de 3%. ,Cela représente une économie considérable pour un jeune ménage qui souhaite accéder à la propriété. Plus globalement, une inflation contrôlée est un atout indispensable dans la lutte que nous menons en faveur du pouvoir d’achat. L’euro crée également une solidarité que nous sommes en train de renforcer. Le pacte pour la gouvernance de la zone euro constitue un pas essentiel dans cette direction. Il s’agit d’une vraie révolution culturelle. Nous allons désormais rapprocher nos économies en matière de compétitivité, d’innovation, d’infrastructures, de fiscalité…

 

« Les jeunes sont une priorité pour l’Europe : ils l’ont toujours été et continuent à l’être. »

Le programme Erasmus est l’un des symboles majeurs de cette Europe concrète dont je parlais tout à l’heure. Plus d’un 1,5 millions d’étudiants en ont déjà profité depuis sa création en 1987 ! Il s’agit d’une opportunité précieuse pour tous les jeunes, qui découvrent ainsi une nouvelle culture et approfondisse leur connaissance d’une langue étrangère, ce qui constitue un atout sérieux pour trouver un emploi ensuite. De plus, vivre dans un pays européen et fréquenter de nombreux étudiants étrangers constitue une jolie manière de découvrir ce qui nous rassemble, nous autres européens. Les Etats européens travaillent aussi ensemble sur la modernisation de l’enseignement supérieur notamment à travers le processus de Bologne lancé à la fin des années 1990. Je suis également très attaché au programme Leonardo da Vinci qui reprend le modèle d’Erasmus à destination des apprentis et des personnes et formation continue. Je crois très profondément nécessaire la promotion de ce type de formation. De plus cela permet de rendre l’Europe « concrète » à un public encore plus large.

 

Quelles mesures concrètes pour l’emploi des jeunes ?
C’est en mettant en place une véritable politique de l’emploi à destination des jeunes que l’on pourra les impliquer plus efficacement dans le fonctionnement de notre société et de l’Europe. Nous construisons des outils très concrets : l’Europass (le CV en ligne européen), le cadre européen de certification, le cadre européen d’assurance qualité ou encore les crédits d’apprentissage transférables ECVET. Et l’UE ne relâche pas ses efforts. En septembre 2010, la Commission a lancé son initiative « Jeunesse en mouvement », centrale dans sa stratégie « Europe 2020 ». Il s’agit de vingt-huit propositions destinées à améliorer la situation de l’emploi pour les jeunes européens : mise en place d’un outil de micro-finance (« Progress ») pour aider les jeunes entrepreneurs, création d’un Observatoire européen des postes vacants, création d’un « passeport européen des compétences », etc.

 

Patrick Simon