To study or not to study ?
Nombreux sont ceux qui, BTS, DUT ou licence pro en poche, se lancent dans la vie active, impatients de travailler, enfin. « J’en avais marre de rester en cours et de faire des choses pas forcément intéressantes pour la vie professionnelle », témoigne Jérémy Touchet, diplômé de la licence pro Efficacité Energétique et Energies Renouvelables de l’IUT d’Evry. Charles Nahant, lui, en BTS Analyse et Conduite de Systèmes d’Exploitation, déclare qu’il aimerait travailler pour mettre le plus rapidement possible en application ce qu’il a appris. Cependant, ils sont nombreux également à vouloir étoffer leur CV d’un diplôme supplémentaire. « Les profs nous disent qu’avec un BTS c’est possible mais de plus en plus difficile de trouver un emploi », raconte Jessica Weber, en BTS MUC. Louis Segré, ancien diplômé d’un DUT en Sciences et Génie des Matériaux, actuellement à Centrale Nantes, a eu un raisonnement similaire : « Je trouvais que débarquer sur le monde du travail avec un IUT sur mon CV, c’était un peu léger. » Côté IUT, on constate en effet que de plus en plus d’étudiants choisissent de poursuivre leurs études après avoir décroché un DUT. Côté BTS, la situation est plus variable d’une filière à l’autre. C’est ce que rappelle Maxime Antoni, directeur de la rédaction de www.dimension-bts.com : « Sur l’ensemble des élèves en BTS, il doit y en avoir 40 % qui vont dans les mêmes BTS (MUC, NRC…) donc là c’est un peu bouché et ça peut être utile de continuer avec une autre formation. Pour d’autres BTS, en revanche, ça ne sera pas du tout utile. » Poursuite d’études ou entrée dans la vie active, la question mérite donc vraiment d’être posée et la réponse est loin d’être évidente : suivant les personnalités, la filière choisie, le métier que l’on souhaite exercer, l’un ou l’autre sera préférable.

 

Mode d’emploi
Que ceux qui pensent qu’il faut nécessairement faire une classe préparatoire pour intégrer une grande école de commerce soient rassurés. Jean- François Fiorina, Directeur de l’ESC Grenoble et Président du concours Passerelle, le dit haut et fort : « Il n’y a pas de voie royale. Il y a plein de possibilités, qu’on décide de faire une école au moment du Bac ou après. » Concrètement, trois options s’offrent aux diplômés d’un Bac +2 ou d’un Bac +3 : deux concours (Passerelle et Tremplin) permettent d’intégrer une grande école via les admissions parallèles. Sinon, certains établissements proposent leur propre concours d’entrée (l’EDHEC, l’INSEEC, …) Dans les trois cas, l’admission se fait à l’aide d’épreuves écrites puis orales, et le concours est loin d’être donné : la sélection est rude. Par ailleurs, conséquence de la généralisation du système LMD, les écoles sont de de plus en plus à nombreuses à privilégier les diplômés Bac +3 aux Bac +2, certaines ayant même supprimé la possibilité d’admission parallèle avec un Bac +2.
1. Le concours passerelle 1 est ouvert aux Bac + 2 et permet une entrée en 1ère année d’école de commerce, tandis que le concours passerelle 2, Il concerne « 17 écoles complémentaires en terme de classement, de projet, de situation géographique », selon les termes de Jean-François Fiorina. Ces deux concours sont nés il y a une vingtaine d’années d’« une volonté de diversifier les recrutements, d’avoir des profils différents qui aient la même chance que les autres d’intégrer une école. » Jean-François Fiorina insiste : « Pour nous, les talents sont partout : une école doit intégrer des profils très diversifiés. C’est de la rencontre de la diversité que nait l’innovation. Par contre, tous doivent être passés par le même processus de sélection. Il est important que chacun puisse se regarder dans le blanc des yeux en se disant “ Je suis là par la force de mon mérite “.»

2. Les deux concours Tremplin sont organisés par la banque d’épreuves Ecricome qui rassemble six grandes écoles de management. Tremplin 1 est ouvert au Bac +2 et permet une entrée en 1ère année d’école de commerce, Tremplin 2 est destiné aux Bac +3 et 4 et offre la possibilité d’entrer en 2e année. En guise de conclusion, Jean-François Fiorina laisse un message aux élèves intéressés par une grande école de commerce : « Vous serez un étudiant comme les autres avec les mêmes chances de réussite académique et professionnelles que les autres élèves, ce qui est souvent la principale crainte. Ça vaut le coup de tenter avec un Bac +2. Ça fait dix ans que je suis à la tête de l’école, et chaque année, les dix premiers sont issus de formations, origines, différentes. Il n’y a pas de règle dans la réussite. Les écoles ont significativement ouvert leur recrutement : avant les places offertes étaient relativement réduites mais les quotas réservés aux Bac +2/3 ont dû être multipliés par trois en 15 ans. »

 

« La préparation a été particulièrement difficile »
Né en 2009, le dispositif Double Ascension offre la possibilité à des élèves en BTS au lycée Jean Renoir de Bondy ou en IUT au sein de l’Université Paris Nord Villetaneuse, deux établissements partenaires d’ESCP Europe, d’intégrer cette grande école de commerce. Pierre-Arnaud Moreau Portejoie, chargé de diversité au sein d’ESCP Europe, explique que les élèves sélectionnés sont choisis pour leur potentiel scolaire. Ils suivent des modules de préparation en langues et culture générale alors qu’ils sont encore au sein de leur établissement d’origine. Une fois diplômés, ils sont inscrits en licence de gestion à Paris XIII. Pendant un an, ils ont deux tiers des cours à Paris XIII, et un tiers à ESCP Europe. A l’issue de cette année, ceux qui ont validé leur licence et la réalisation d’un business plan passent un concours d’entrée spécifique pour intégrer ESCP Europe. La sélection se fait sur deux oraux de langues et un entretien de personnalité. S’ils sont sélectionnés, ils entrent en Master 1. Sur l’année 2011-2012, 20 candidats se sont inscrits en licence, 5 ont été admis à ESCP Europe. Ronald Fautrai, diplômé d’un BTS Comptabilité, actuellement en M2 à ESCP Europe, témoigne : « La préparation a été particulièrement difficile parce qu’il y avait une mise à niveau avec beaucoup de cours de culture générale et de langues, ce qui n’était pas du tout demandé en BTS. Il fallait vraiment que je m’ouvre au monde, que je suive les actualités… Je passais des nuits blanches à travailler. Ce n’était pas facile. Il a fallu se battre. J’en connais qui n’ont pas eu ni la licence ni ESCP Europe donc ils ont perdu un an. On était 15, nous ne sommes que 5 avoir réussi. » Wassia Baï, diplômée d’un BTS Management des Unités Commerciales, vient tout juste d’intégrer en licence de gestion alors qu’on n’a jamais fait de gestion. On se disait : ce n’est pas fait pour nous. Sur 20 au départ, 9 ont arrêté, dont 8 étaient des BTS. Voir les autres arrêter c’était vraiment dur. Je me disais : je n’y arriverai peut-être pas non plus. »

 

« L’opportunité qu’on m’a offerte à ESCP Europe est grandiose »
Cependant, pour Wassia comme pour Ronald, le réconfort semble largement à la hauteur de l’effort. « Ce n’est pas croyable d’avoir une chance comme ça ! » s’enthousiasme Ronald. « Quand tu intègres ESCP Europe, tu entres dans un autre monde, ça te permet de faire des choses que tu n’aurais jamais faites. Au niveau des perspectives d’avenir, c’est une chance d’être entré dans un programme comme ça. » Wassia est du même avis : « L’opportunité que m’a offerte ESCP Europe est grandiose. Je suis vraiment contente, je ne sais pas comment le manifester. Je reviens de loin, je suis fière de moi. Ça m’a montré que quand on veut vraiment faire les choses, on peut y arriver. » Impossible toutefois de généraliser à partir de deux témoignages : le programme a probablement fait des déçus. Pierre-Arnaud Moreau Portejoie, en tout cas, lui, est satisfait : « Nous intégrons des profils ultra motivés, qui ont déjà eu un contact poussé avec l’entreprise, qui viennent d’origines sociales différentes et qui intéressent aussi les entreprises. »

 

« Le problème d’intégration est très présent »
L’enjeu, désormais, consiste à dresser le bilan de l’insertion professionnelle à la sortie d’ESCP Europe. « On attend d’avoir deux-trois promotions de diplômés pour évaluer l’intégration dans le milieu du travail. Pour l’instant, c’est satisfaisant », explique Pierre- Arnaud Moreau Portejoie. Une ombre au tableau, en attendant : « Le problème d’intégration est très présent. Ce qu’il nous faudrait, c’est un lien et beaucoup plus de cours avec les autres élèves. » Or, pendant l’année de licence, les allers-retours entre Paris XIII et ESCP Europe ne facilitent pas les échanges avec les élèves de l’école de commerce. Puis, une fois intégrés en master, les bénéficiaires de la Double Ascension sont parfois méprisés par les étudiants qui ont suivi la voie traditionnelle de la prépa. « Il faudrait plus de communication auprès des élèves classiques pour leur expliquer en quoi consiste le concours. » Et notamment leur montrer que la sélection est loin de se faire au rabais… L’apprentissage, que suivent quasiment tous les élèves du dispositif Double Ascension, représente cependant une vraie opportunité d’intégration au sein d’une petite classe. Dernier défi à relever, enfin : faire connaître ce dispositif Pour l’instant on ne voulait pas trop communiquer parce qu’on préférait faire et ne pas dire, plutôt que dire sans avoir fait », explique Pierre-Arnaud Moreau Portejoie. Cette année, un effort de communication supplémentaire devrait être mis en place.

 

Claire Bouleau