Il arrive qu’un gâteau réussi par hasard nous donne l’illusion que ça y est, on est cuisinier, et c’est ainsi que l’ascension victorieuse du Huayna Picchu* nousa fait croire, à mon compagnon de route et moi, que nous étions devenus aventureux. La tête pleine de rêves de conquêtes, de courbatures, et de sueur, à peine rentrés à Lima, nous voilà donc déjà planifiant un raid de deux jours dans le canyon de Colca, situé dans la région d’Arequipa. Randonneurs les loulous ? Pas pour un sou, mais les gens des forums disent que c’est faisable, alors pourquoi pas nous ? Certes, le deuxième jour, il faudra se lever à 4h du mat’, trouver seuls le chemin dans la nuit, et ne surtout pas défaillir pendant le trajet pour être sûrs d’être avant 9h au lieu d’arrivée, sous peine de louper le bus et de ne pas pouvoir rentrer à Lima. En parallèle, Stephanie, une amie péruvienne de la fac, me dit en rigolant que oui, c’est sûr, je peux faire le trek, mais mes jambes et mes poumons vont drôlement souffrir, alors que Christophe, étudiant français, a bien pris soin de me raconter l’histoire de ce couple de touristes qui s’est perdu pendant le raid, avant qu’on ne retrouve le jeune homme décédé, sans avoir pu élucider la raison de sa mort. Oui bon du coup, on commence à douter, et, signe du destin, Jean-Luc tombe malade avant même d’arriver à Arequipa, et se trouve cloué au lit la première journée là-bas. Ce n’est pas un hasard, c’est sûr, les dieux incas ne sont pas avec nous pour ce périple. L’idée du trek est immédiatement remplacée par celle d’un voyage touristique de deux jours en bus. Moins sexy, n’est-ce pas ? Mais tellement plus facile… J’embarque dans le véhicule sans savoir à quoi m’attendre, ayant toutefois à l’esprit tous les préjugés possibles sur les voyages en groupe, tirés de mes souvenirs de soirées pluvieuses passées à regarder Camping, les Bronzés font du ski ou Nos jours heureux. Et pourtant, grosse erreur. Au programme, des magnifiques paysages, bien sûr, mais aussi des rencontres, des Polonais, des Français, des Espagnols, une Suisse, et surtout, ce danseur de folklore péruvien à Chivay qui m’a traînée sur la piste de danse, me donnant une pomme sans que je comprenne quoi en faire, avant de me sommer de m’allonger au sol et de me fouetter en public, mimant ainsi une scène traditionnelle inca. Alors, vraiment, vous trouvez que je fuis le danger ?

 

* le mont qui fait face au Machu Picchu

 

Claire Bouleau, étudiante en Master 2 à ESCP Europe,
en échange universitaire à la Universidad del Pacífico (Pérou) de mars à août


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