C’EST APRÈS UN VOYAGE D’UNE VINGTAINE D’HEURES QUE J’ATTERRIS ENFIN À LIMA, ACCUEILLIE CHALEUREUSEMENT À L’AÉROPORT PAR ANA, LA MÈRE DE MA FAMILLE D’ACCUEIL. J’AVAIS PRIS SOIN DE LUI DÉCRIRE MON APPARENCE POUR FACILITER LES RETROUVAILLES, LUI DONNANT CE QUI, EN FRANCE, REPRÉSENTE MON SIGNE PHYSIQUE LE PLUS DISTINCTIF : MA TAILLE.  » ESTOY MUY PEQUEÑITA ! « , LUI AVAIS-JE DONC ÉCRIT TOUT NATURELLEMENT DANS MON MAIL, PENSANT LUI RÉVÉLER LÀ UNE INFORMATION PARTICULIÈREMENT PRÉCIEUSE. GROSSE ERREUR ! 1 MÈTRE 53, À LIMA, C’EST UNE BONNE MOYENNE. RIEN DE NOTABLE, LA NORMALE, QUOI. ME VOILÀ DONC POUR LA PREMIÈRE FOIS CAPABLE DE REGARDER LA MAJORITÉ DE MES INTERLOCUTEURS DANS LES YEUX : FINIES LES BISES SUR LA POINTE DES PIEDS, JE SENS QUE CE PAYS VA ME PLAIRE !

Embarquée dans le taxi qui me mène chez Ana, je découvre avec stupeur et fascination le tohu-bohu qui règne à Lima. Changer de file à sa guise, enchaîner les queues de poisson et les risques de collision est une attitude de tous les instants. Arriver le plus vite possible représente l’objectif ultime. Même s’il n’y a pas d’urgence, c’est juste une question de principe, d’orgueil. Pour moi qui, bonne élève, ai passé un nombre indécent d’heures de conduite à apprendre à bien faire mes contrôles (intérieur, extérieur, angle mort, intérieur, extérieur, angle mort), c’est une injustice innommable que de laisser les gens conduire de la sorte. Non mais, de qui se moque-t-on ? Pourtant, force est de constater qu’il y a bien un art du slalom au Pérou, et que, dans ce tourbillon de véhicules se glissant les uns devant les autres, le nombre d’accidents demeure en réalité étonnamment faible.
A cette ambiance déjà folklorique, s’ajoute un vacarme assourdissant, fait principalement de bruits perpétuels de klaxons (dont, aujourd’hui encore, je ne saisis pas toujours la signification, le klaxon étant utilisé de façon indifférenciée pour manifester son mécontentement, avertir qu’on va doubler, attirer les clients quand on est un taxi, signaler un danger, ou juste participer à la bonne humeur générale), des cris des cobradors (les contrôleurs de bus qui sortent la tête par la portière à chaque coin de rue et énoncent à voix haute, à toute vitesse et sans articuler, l’ensemble des destinations possibles avant de sommer les passagers de monter rapidement, leur tapotant le derrière pour les faire entrer plus vite) et des sifflements intempestifs de policiers placés à chaque carrefour.A ceux qui considèrent que Lima ne vaut pas le reste du Pérou, je rétorque donc que, si, en cinq minutes de taxi, vous aurez déjà vu du pays.

 

La suite dans le prochain épisode qui paraîtra
le 16 mai dans Finance Grandes Ecoles et Universités.

 

Claire Bouleau, étudiante en Master 2 à ESCP Europe,
en échange universitaire à la Universidad del Pacífico (Pérou) de mars à août