La crise qui touche le monde de la finance depuis 2007 a créé une demande forte de réglementation du système dans son ensemble. La peur de voir des épargnants ruinés par la faillite de leur banque a généré des réactions politiques nombreuses qui, pour la première fois dans l’Histoire, semblent se coordonner au niveau mondial (déclaration du G20 de Londres en 2009).

Aux Etats-Unis, l’activité financière est désormais encadrée de manière plus stricte par l’introduction en 2010 du Dodd-Franck Act qui impose une certaine séparation des activités de banque de détail (dépôts et crédits) des activités de marché (produits dérivés, structurés…). En Europe, la réflexion a porté sur le fonctionnement et sur la transparence des marchés financiers conduisant à la mise en place d’une réglementation sur les instruments financiers (MiFid), sur les infrastructures de marché (EMIR) et à une nouvelle version de la comptabilité des produits financiers (IFRS9).

 

Déjà en 1929…
Ce n’est pas la première fois qu’un besoin de réglementation du système financier se fait sentir. Déjà, au lendemain de la crise de ’29 les autorités, notamment aux Etats-Unis, effrayées par les investissements de certaines banques faisaient le choix de mettre un frein à leur appétit. Le Glass-Steagall Act, adopté en 1933, va imposer une stricte séparation des activités de banque de détail et de banque d’investissement jusqu’au milieu des années 90. En Europe, et plus particulièrement en France et au Royaume-Uni, cette stricte séparation est en vigueur de l’immédiat après-guerre aux années 80. Pourtant, l’ouverture des marchés financiers et la concurrence grandissante entre places financières va conduire à un affaiblissement de ces réglementations qui seront abrogées en 1984 en France, 1986 au Royaume-Uni et 1999 aux Etats-Unis donnant lieu à une nouvelle période faste pour les banques.

 

Réglementer n’est pas tout
La raison de la crise actuelle semble donc toute trouvée : la déréglementation des années 80 a généré des comportements spéculatifs qui ont fragilisé le système. Réglementer va permettre de contrôler à coup sur ces agissements. Pourtant, si on regarde de plus près, la déréglementation semble avoir eu des aspects positifs y compris durant la crise. Ainsi, les faillites les plus retentissantes de ces dernières années ont touché des banques qui avaient conservé une forte spécialisation soit en banque de détail (Northern Rock) soit en banque d’investissement (Lehman Brothers). A l’inverse, les banques françaises, construites depuis 1984 sur le modèle de la banque universelle, regroupant banque de détail et d’investissement, ont plutôt, selon leurs propres déclarations, bien traversé la crise grâce à la diversification de leurs sources de revenus. La dernière proposition de réforme bancaire du gouvernement ne remet d’ailleurs pas en question ce modèle même si à l’horizon 2015, les banques devront loger leurs activités les plus spéculatives dans des filiales financées de manière autonome.

 

Agir sur la formation des acteurs
En France, les autorités sont plutôt intervenues au niveau de la formation même des opérateurs de marché. L’Autorité des marchés financiers (AMF) a par exemple mis en place dès juillet 2010 un examen obligatoire pour certains métiers (vendeur, analyste…) permettant d’assurer un niveau minimum de connaissances sur des thèmes comme le blanchiment d’argent, le cadre réglementaire de la relation avec le client, la comptabilité…Dans ce contexte, Grenoble Ecole de Management est d’ailleurs une des rares écoles en France à avoir fait le choix d’accompagner cet effort réglementaire en demandant et obtenant une accréditation de l’AMF  lui permettant de former puis de certifier ses étudiants. Ce choix nous a semblé indispensable, car toute nouvelle réglementation, quelle qu’elle soit, aura d’autant plus d’effet qu’elle sera comprise et assimilée par la nouvelle génération d’opérateurs de marché.

1 « Examen certifié par l’AMF en application de l’article 313-7-3 de son règlement général »

 

Par Philippe Dupuy,
Professeur AssociéGrenoble Ecole de Management
Philippe.dupuy@grenoble-em.com