« Que les lecteurs de cet interview ne se disent pas “ c’est très bien ce qu’il fait “ mais puissent se dire “ et moi qu’est-ce que je pourrais faire ? »
Jean-Christophe Parisot de Bayard, Préfet en mission de service public sur le thème de l’exclusion

Qu’attendez-vous comme résultats concrets des actions menées pour l’opération « Différent comme tout le monde »?
Cette opération, dont le slogan est « Handicapé, on est cap ! », vise à sensibiliser les collégiens à la question du handicap. Nous travaillons en lien avec le rectorat en direction des élèves de 5e parce que nous pensons qu’il s’agit d’un âge idéal où l’on peut construire son « vivre ensemble » et ses représentations. Elle s’est déroulée tout le mois de février en réunissant un collège sur quatre (60 au total) de la région Languedoc-Roussillon, tout en mobilisant une centaine d’associations, une vingtaine d’entreprises et six commissions (90 personnes) qui m’ont aidé à mettre en place ce projet. Elle est parrainée par 25 personnes en situation de handicap (champions handisports, chefs d’entreprise et personnalités du monde de l’art). Il s’agit d’une première en France qui sera amenée à générer d’autres opérations. Elle mobilise les médias locaux et nationaux (TF1, France 2, France 3, France Inter, RTL…). Vous pouvez d’ailleurs visiter la page Facebook : « Différent comme tout le monde » pour vous faire une idée de cet événement car je souhaite contribuer avec de nombreux bénévoles à changer le regard de la société sur le handicap.

 

Préfet en mission de service public sur le thème de l’exclusion, quelle est votre stratégie en faveur des
personnes handicapées ?
J’exerce une mission nationale et locale. Je travaille sur la précarité, sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, la pauvreté ainsi que sur la lutte contre les discriminations. Compte tenu de mes missions sociales, cet événement (Différent comme tout le monde) s’inscrit dans la lutte contre les représentations et les préjugés.

 

Le courage exceptionnel de votre ancêtre Bayard « le Chevalier Sans Peur et Sans Reproche », vous a-t-il inspiré dans votre combat en faveur des personnes handicapées ?
Bayard est mon ancêtre. Nous avons la chance de vivre dans un pays qui véhicule des valeurs de civisme, de respect de l’autre et l’on a besoin aujourd’hui, dans le climat de morosité dans lequel nous vivons, d’agir avec les valeurs fortes qu’a su porter le Chevalier Bayard qui avait le sens du service public et des autres.

 

A partir du moment où la société s’investit convenablement, tout handicap peut-il être surmonté jusqu’à atteindre des niveaux professionnels d’excellence comme vous en êtes le parfait exemple ?
La plupart des obstacles que rencontrent les personnes handicapées ne sont pas liés à leur handicap, mais à la société qui leur interdit l’accès de certains lieux, une certaine mobilité. La société génère des enfermements envers les personnes âgées, les personnes handicapées et les femmes enceintes. L’ergonomie des lieux publics n’est pas conçue pour le plus grand nombre, malgré les lois existantes. D’un autre côté, il importe de changer la culture, les réflexes et les comportements de l’ensemble de la société. Par exemple, on ne respecte pas les places réservées aux citoyens handicapés en France, contrairement aux USA ou en Allemagne. Le problème consiste à faire appliquer et respecter les lois, bien évidemment.

 

Si de nombreuses réalisations ont déjà vu le jour, que reste-t-il à accomplir dans notre pays pour améliorer la vie des personnes handicapées ?
Depuis le film « Intouchables » qui a été un déclencheur, nous essayons de passer du discours à la pratique. Il faut créer des espaces de mise en situation pour que les individus puissent se rendre compte de ce que ressent un concitoyen handicapé et comprennent les obstacles qu’il doit surmonter. À partir de là, les comportements changeront. Ainsi, nous ne sommes plus dans le monde des idées mais dans celui des sens et du concret. Il faut également valoriser les exemples des gens différents comme Stevie Wonder, Sophie Vouzelot, Stéphane Hawkins, Gilbert Montagné, Mimie Mathy afin de montrer que chacun peut trouver sa place dans la société et témoigner de ce qu’il est possible de faire lorsqu’on se trouve en situation de handicap. Au niveau des bâtiments, nous sortons de la civilisation de l’escalier et commençons à comprendre qu’une pente, un ascenseur ou un monte-charge sont très pratiques. Les automobiles deviennent adaptables mais le coût est encore élevé pour y installer un hayon (autour de 15 000 €).

 

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Patrick Simon