Offrir un FabLab est un must dans les écoles et universités. Quels en sont les atouts pédagogiques ? Réponses avec des enseignants pionniers de ces lieux ouverts et innovants.

Baptiste Gaultier, enseignant à Télécom Bretagne, a créé le premier MOOC sur la fabrication numérique

Baptiste Gaultier, enseignant à Télécom Bretagne, a créé le premier MOOC sur la fabrication numérique

Mutualisation et partage
55 FabLab français adhèrent à la charte établie par le MIT, où a été inventé le concept en 2003 par le professeur Neil Gershenfeld. 17 % sont portés par des universités selon la direction générale des entreprises. Les visiteurs des FabLab, dits makers, y fédèrent leurs compétences et savoirs de la fabrication numérique, aidés par des fab managers. « Un FabLab est ouvert à toute personne désireuse d’avoir accès à des machines, échanger, découvrir des techniques » explique Laurent Ricard, co-fondateur en 2012 du laboratoire de fabrication de l’Université Cergy Pontoise, le FacLab. Il a déjà reçu 1 500 visiteurs. « Ils trouvent ici communauté bienveillante et inclusive. Le FacLab est adossé à des valeurs. C’est un élément essentiel de son fonctionnement. » « En entrant un maker ne sait pas qu’en réalité, il va faire beaucoup plus que créer un objet » poursuit le professeur. Le maker s’approprie la machine ou la technologie, en fait quelque chose de personnel et le partage avec les autres. L’observation de ces nouveaux modes d’apprentissage est l’occasion de recherches et de création de pratiques associées dans les établissements pionniers des FabLab. Elle est aussi source d’innovations pédagogiques.

 

« Deux imprimantes
3D dans un local ne font pas un FabLab.
Un FabLab c’est d’abord une
pédagogie »
Philippe Silberzahn, EMLYON

Apprendre en faisant
En 2012 la métropole de Rennes crée un FabLab avec Télécom Bretagne, l’Ecole des Beaux-Arts et une association. La pédagogie y est fondée sur la manipulation et la programmation. Etudiants et grand public y abordent les technologies de manière concrète et en mode projet. Les élèves-ingénieurs y développent leur compréhension que la technologie a un but : « l’humain, et qu’elle sert des usages, rappelle Baptiste Gaultier, enseignant à Télécom Bretagne. Ils vont de l’idéation à la compréhension des technologies qui composent l’objet jusqu’à sa réalisation. » Baptiste Gaultier a créé le premier MOO C dédié à la fabrication numérique. Inspiré des ateliers de son FabLab, il a été suivi par 20 000 personnes dans le monde.

 

Outil pédagogique
Des formations sont adossées aux FabLab comme à EMLYON où son master IDEA avec l’Ecole Centrale Lyon a même motivé sa création en 2012. « L’objectif étant d’apprendre par des mises en situation qui sont des mises en action », explique son co-responsable Philippe Silberzahn. Le FabLab est au centre d’une pédagogie aujourd’hui déployée dans les deux écoles. « Deux imprimantes 3D dans un local ne font pas un FabLab. Un FabLab c’est d’abord une pédagogie », insiste le professeur. Un FabLab est un lieu de formation implicite à des outils et démarches. « Il permet d’apprendre en touchant la matière, en utilisant des machines. Nos étudiants découvrent que l’action est source de nouveautés, que le faire fait partie de la démarche d’innovation. » Le Lab permet de traduire sa créativité dans la réalité et de développer la capacité à faire avancer des idées au sein d’une organisation. Autre atout : l’apprentissage s’y fait collectivement. En travaillant entre profils variés, on apprend que l’innovation est transdisciplinaire et le fruit d’un travail en équipe.

 

Un lieu d’apprentissage aussi pour les entreprises
Ce mode de travail très collaboratif est aux antipodes des habitudes. Des entreprises trouvent ainsi dans les FabLab un outil RH et d’innovation. « Travailler sur un projet en FabLab transforme les hiérarchies et place dans une posture créative, confirme Laurent Ricard. Les entreprises y travaillent sur le décloisonnement et leur capacité d’innovation. » Des entreprises viennent de plus en plus nombreuses dans les FabLab pour « dépoussiérer leurs processus d’innovation » selon Baptiste Gaultier ; et pour apprendre à « intégrer les approches d’innovation, de conception et de réalisation simultanément » ajoute Philippe Silberzahn.

 

A. D-F