Pierre Desjardins

Animé par l’envie de vivre des expériences nouvelles et de partir à la rencontre d’autres cultures, Pierre Desjardins, 22 ans, 3e année de l’Ecole Polytechnique, multiplie les actions sociales et humanitaires, dans lesquelles il s’implique avec courage. C’est la croyance en l’égalité qui le conduit à mener des projets de solidarité. « Je cherche perpétuellement à passer à l’action, à transformer mes idéaux abstraits en projets concrets ». Flashback sur le parcours d’un étudiant hors du commun…

Premiers pas
Pierre a grandi au cœur du 17e arrondissement de Paris au sein d’une famille modeste de quatre enfants. Il poursuit sa scolarité dans le collège et le lycée publics de son quartier avant d’intégrer les classes préparatoires du lycée Henri IV. Après deux années d’intense préparation, il décroche brillamment l’Ecole Polytechnique, où il poursuit aujourd’hui sa 3e année en Master de Physique. Pierre et son frère jumeau Matthieu sont les premiers membres de sa famille à intégrer l’X depuis l’un de leur lointain ancêtre du XIXe siècle. La rémunération de polytechnicien qu’il perçoit aujourd’hui lui permet enfin d’être indépendant et de réaliser ce à quoi il a toujours aspiré.

Première expérience humanitaire
Dans le cadre de son stage civil de première année, Pierre a séjourné six mois au Bénin en tant qu’assistant professeur dans trois lycées où il animait des travaux dirigés avec des groupes d’une quarantaine d’élèves. Il quitte alors l’Europe pour la première fois et le caractère très dépaysant de ce séjour l’a fortement marqué. Il se rappelle tout particulièrement des messages de certains de ses élèves reçus l’été suivant, lui annonçant leur réussite au baccalauréat.

Mon engagement est avant tout un choix personnel

La microfinance
En tant que président de l’association X-MicroFinance, Pierre a géré un fond de microcrédit au Guatemala, où il s’est rendu l’été dernier avec l’ensemble de son équipe pour octroyer des prêts aux Mayas de la région du Quiché, une population isolée et exclue. Collectivement, ils ont accordé 280 crédits à partir d’un portefeuille de 37 K €, « une de mes plus grandes réussites », confie Pierre au Journal des Grandes Ecoles, en saluant la solidarité communautaire des Mayas, qui renforçait l’impact positif de leurs actions. A titre d’exemple, il évoque la réussite d’une de ses débitrices, que l’association a d’abord aidé dans le cadre de son affaire de vente ambulante de vêtements pour enfants. Six mois plus tard, grâce au soutien renouvelé d’X-MicroFinance et son sens des affaires, elle développe, à la sortie d’un stade, une vente de boissons fraîches se fournissant exclusivement auprès d’une coopérative régionale. « On peut toujours douter de la réussite des actions d’aide au développement, ces exemples nous rappellent immanquablement pourquoi nous sommes partis et nous encouragent à persévérer. »

L’univers carcéral : une expérience pas comme les autres

En tant que membre de l’association étudiante nationale GENEPI (Groupement étudiant national d’enseignement aux personnes incarcérées), Pierre se rend chaque semaine auprès d’une personne incarcérée de la prison de Fresnes à qui il enseigne les sciences de l’ingénieur. Il demeure très marqué par sa première rencontre avec un détenu basque de son âge à qui il enseignait les mathématiques et la physique. « Nous étions semblables par notre âge mais aussi très différents dans la mesure où il était réellement habité par une cause, une lutte ». Il mesure toute l’importance de ses visites lorsqu’on lui demande expressément à la fin de chaque séance s’il sera bien présent la semaine suivante… « Cette expérience de la prison m’invite à m’interroger sur le système juridique et carcéral français et j’observe un profond décalage entre ce que l’on peut attendre du traitement des détenus en France et la réalité : des prisons vétustes et surpeuplées. »

« Ne jamais trahir mes convictions »

La microfinance a l’air d’être un de ses domaines de prédilection puisque Pierre envisage de prendre une année de césure afin de travailler dans une structure de microfinance : « Il ne s’agit pas d’une relation prêteur / emprunteur classique, la transaction se construit avant tout sur une relation de confiance. » Pierre compte ensuite s’expatrier aux Etats-Unis pour y rédiger sa thèse de recherche (PhD) qu’il souhaite réaliser sur le thème de l’information quantique, le but étant de mettre au point un nouvel ordinateur extrêmement puissant. Ensuite, il s’imagine créer une boite de « social business » en France, car « l’aventure d’entrepreneur le séduit tout particulièrement »… le contraire nous aurait surpris… jusqu’au bout un homme engagé et entreprenant !

A.B