Dans le cadre du Projet de loi « avenir professionnel » porté par Muriel Pénicaud pour rénover la formation, l’assurance chômage et l’apprentissage, et adopté à l’Assemblée le 19 juin 2018, Michel Kalika (Professeur émérite iaelyon School of Management, co-directeur du BSIS) et Maurice Thévenet (délégué général de la FNEGE) proposent une tribune sur l’alternance, ayant pour but d’apporter une expertise sur ce sujet d’actualité et d’ouvrir le débat.

 

A l’occasion de la semaine du management, la FNEGE a présenté un rapport (1) montrant l’impact des Ecoles de Management (Grandes Ecoles et IAE) sur le territoire français. L’étude essentiellement quantitative porte sur l’impact de 78 établissements d’enseignement supérieur de management ; elle met en évidence au-delà de l’impact éducatif évident, un impact économique de ce qui constitue un véritable secteur économique. Les Écoles de Management représentent 16 000 emplois directs dont 6 000 académiques, 250 000 étudiants dont 52 000 étrangers, 140 000 emplois indirects et un impact financier global de 15,9 milliards €.

 

Plus de 100 000 étudiants sont en stage dans les entreprises et plus de 33 000 étudiants sont en alternance (contrat d’apprentissage et contrat de professionnalisation). Ces dispositifs d’alternance suscitent trois types d’impact. Tout d’abord un impact pédagogique car ils enrichissent la formation des étudiants grâce à une réelle expérience professionnelle qui n’enlève rien à leur formation académique. Ensuite un impact en termes de développement des entreprises qui bénéficient de la présence d’étudiants formés au management. Et enfin un impact social dans la mesure où l’alternance permet à des étudiants issus de milieux non favorisés d’avoir accès à des Ecoles de Management qui leur garantissent une insertion professionnelle et une promotion sociale.

Dans le cas d’une Grande Ecole de province visitée récemment dans le cadre de BSIS (Business School Impact System)(2), une évaluation de son impact sur son territoire, le pourcentage d’étudiants issus des CSP les plus modestes est de 31% dans la filière alternance alors qu’il n’est que de 23% dans les filières classiques.

 

La réforme en cours de discussion sur le financement de l’alternance prévoit de fixer des barèmes de coûts de formation pour les niveaux bac +3 et bac +5, là ou précédemment le coût communiqué par l’établissement à la Région et à la Préfecture faisait foi. Le montant envisagé par année de formation est de 7 000 à 8 000 euros pour une année de Licence-Bachelor ou de Master. Ce montant est très loin du coût d’une année d’études dans l’enseignement supérieur, que ce soit à l’université ou en école. Les services de l’Etat, via la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance dans son rapport Repères et références statistiques évaluent ce coût à 11 680 euros en moyenne en 2015 (3).

 

On peut donc anticiper un effet pervers de la louable volonté des pouvoirs publics de développer l’apprentissage pour les plus bas niveaux de qualification dans l’optique de prioriser les efforts sur les publics les plus éloignés de l’insertion professionnelle. En fait, l’impact social de l’alternance va s’en trouver fortement réduit, les Ecoles de Management n’ayant plus les moyens financiers de maintenir l’alternance et d’en faire bénéficier les étudiants pour qui l’apprentissage jouait le rôle d’ascenseur social et d’intégration professionnelle.

 

Michel Kalika (Professeur émérite iaelyon School of Management, co-directeur du BSIS) et Maurice Thévenet (délégué général de la FNEGE)

 

(1) http://www.fnege.org/publications/les-publication-de-la-fnege/etudes/nos-etudes

(2) BSIS est un système de mesure d’impact développé par la FNEGE concernant près d’une trentaine d’établissements en France et de nombreux à l’étranger en partenariat avec l’EFMD.

(3) http://cache.media.education.gouv.fr/file/2017/41/3/depp_rers_2017_801413.pdf ; p.329.