« Citez trois adjectifs pour vous décrire ». « Je suis ouverte d’esprit, ambitieuse et dynamique ».

 

Nous autres, étudiants de grandes écoles, avons tous été confrontés à cette question lors d’un entretien pour une école, un stage ou un apprentissage. Nous autres, étudiants de grandes écoles, avons le génie pour dénicher la veille de l’entretien trois qualificatifs qui seront, nous en sommes convaincus, plus originaux que ceux du candidat précédent. Nous autres, étudiants de grandes écoles, sommes pour la plupart de bons orateurs et réussirons à faire de deux années de piano et d’une semaine de stage en troisième des preuves de notre ouverture d’esprit, ambition, et dynamisme.

C’est ainsi que j’ai été sélectionnée parmi 3 900 autres lycéens inscrits au concours Sésame pour faire partie des 62 à intégrer l’ESSEC Business School à Singapour.

 

Un bilan positif

Après un an au sein du Global Bachelor of Business Administration, je m’essaye à dresser un premier bilan de ma progression personnelle. J’ai acquis des connaissances dans divers domaines liés au monde du Business. J’ai appris à vivre loin de ma famille dans un continent qui m’était alors inconnu. J’ai découvert les vices de la vie étudiante en école de commerce. J’ai voyagé. J’ai grandi. Je me suis épanouie. Face à ces constatations, je ne regrette pas mon choix -qui était pourtant risqué- de partir à 16 ans à l’autre bout du monde.

 

Et pourtant un sentiment d’inachevé

Cependant, après un an d’expatriation dans le troisième pays le plus compétitif du monde, je réalise que je n’ai pas fait profit de l’opportunité qu’est Singapour pour la Businesswoman que je prétends devenir, et je reste sur ma faim. Je regarde les accomplissements de mes pairs, étudiants d’HEC, l’IESEG et de l’ESSEC, et je me sens comme un imposteur dans un monde qui grouille d’entrepreneurs et d’innovateurs. Moi, je suis une élève scolaire adepte des Bristol qui croit naïvement qu’un 18 lui ouvrira plus de portes qu’un 14.

Par chance, quelques jours seulement de l’autre côté de ces portes -dans le cadre de mon stage de fin d’année- me suffisent pour anticiper le futur peu stimulant auquel je me voue : un bureau de cinq mètres carrés dans lequel j’exécute des tâches assignées par mon boss. Lui, qui avait eu 12, mais qui a fait preuve de créativité, de détermination, et de confiance en lui. Lui qui troquait les révisions contre des business plans, des propositions de partenariat et des recherches de fonds. Lui qui était un entrepreneur.

 

Des projets pour l’avenir

Face à cette constatation, mon programme de l’été se dessine : je m’embarque dans un marathon de projets et d’accomplissements. Je fais appel à ma créativité, laissée de côté depuis trop longtemps. Je brainstorm, je draft, je « design think » (les étudiants en commerce comprendront). Un tourbillon d’idées, une page Word vierge maintenant pleine d’opportunités à saisir… Je suis déjà impatiente de commencer !

C’est ainsi que je me retrouve, du haut de mes 17 ans, engagée dans la création d’une startup, la publication régulière d’articles sur mon site web, des interviews planifiées pour YouTube et LinkedIn, et l’écriture de cette tribune. J’ai peut-être entrepris trop de projets et certains s’avèreront sûrement irréalisables. Mais ayant l’intime conviction qu’un échec ne serait qu’un tremplin vers une réussite future, je poursuis mes idées folles sans me soucier de mes appréhensions. Je suis déterminée et j’ai confiance. Un article, une interview ou un projet en plus ne pourront qu’enrichir mon bagage d’expériences. Pour une fois, j’aurai de réelles preuves de mon ouverture d’esprit, ambition et dynamisme.

 

Note aux entrepreneurs en devenir

Un long récit pour en retenir quoi ? Nous autres, étudiants de grandes écoles de management, excellons dans l’art de s’inventer des projets, des passions et de l’ambition pour intégrer une école. Mais que faisons-nous de ce dynamisme après l’entretien, une fois que la porte nous est ouverte ? Je m’adresse à vous qui, comme moi, voulez fuir la monotonie d’un bureau de cinq mètres carrés. L’excellence académique de nos institutions n’a de sens que si elle est mise au service d’un projet concret. Il faut donc avoir confiance en nos idées, et se risquer à les entreprendre. Ainsi, nous pourrons retirer nos masques et révéler fièrement nos vrais visages d’étudiants ouverts d’esprits, ambitieux et dynamiques.