Augmenter de 50 % la capacité installée des énergies renouvelables d’ici 2023 et porter leur part à plus de 30 % de la consommation énergétique finale en 2030 (contre 14 % aujourd’hui) : telles sont les ambitions de la loi sur la transition énergétique. Des challenges qu’auront à relever des centaines de milliers de professionnels, ingénieurs en tête. Coup de projecteur sur ces acteurs clés de la transition énergétique.  – Par Clarisse Watine

 

 

Une transition protéiforme

Qui dit transition énergétique dit évidemment transformation des compétences des ingénieurs. En effet, entre montée en puissance des énergies renouvelables et nécessaires économies d’énergie, toute la chaine de conception, de production et d’exploitation de l’énergie fait face à de nouveaux défis : intermittence des énergies nouvelles, productions localisées et décentralisées, développement des smart grids, optimisation du mix énergétique… Les ingénieurs doivent ainsi intégrer de nouvelles dimensions : enjeux financiers et juridiques, écoconception des bâtiments et des véhicules, traitement des déchets, véhicules verts ou encore maitrise du digital. Il est également essentiel qu’ils appréhendent le volet social, voire sociologique de la transition énergétique « C’est sans aucun doute l’aspect qui va le plus exploser avec la généralisation des réseaux intelligents. Car malgré une certaine prise de conscience de la part des consommateurs, ils ne sont pas encore prêts à mettre en péril leur confort. La communication et une réelle capacité à la conduite du changement sont donc devenues des compétences clés » indique Guillaume Guerard Enseignant-Chercheur au Département Nouvelles Énergies de l’ESILV.

Guillaume Guerard © T. Testart ESILV

Guillaume Guerard © T. Testart ESILV

Le boom du numérique

Le numérique fait également figure de pivot pour les ingénieurs qui s’inscrivent dans la transition énergétique. Le déploiement des smart grids va en effet de pair avec une montée en puissance des fonctions liées à la programmation, à la gestion des données, ou encore auxtechnologies embarquées. « Car la question cruciale est aujourd’hui de savoir comment le numérique va pouvoir combler la décentralisation et l’ubérisation des réseaux. »

 

Des métiers qui montent

De nouvelles compétences qui impactent bien sûr tous les métiers traditionnels de l’ingénieur énergéticien (exploitation, conception, renouvellement et démantèlement des centrales nucléaires…) et qui le poussent à changer ses façons de travailler. La transversalité, le décloisonnement des disciplines et une approche plus systémique et globale des projets deviennent ainsi incontournables. Et si la transition énergétique fait évoluer le rôle de l’énergéticien, elle est aussi à l’origine de l’émergence de nouveaux métiers. Une étude de l’Apec publiée en décembre dernier met d’ailleurs en lumière deux nouveaux métiers phares. Celui de chargé de mission énergie d’abord. Un ingénieur dont la mission est d’accompagner les projets de développement des énergies renouvelables et de maitrise de l’énergie sur un territoire. La fonction d’energy manager a également le vent en poupe. Qu’il évolue en bureau d’études ou en entreprise, il optimise la consommation énergétique d’une population (détection des surconsommations, gestion des achats d’énergie, communication…) tout en assurant son confort.

 

Le profil idéal ?
La transition énergétique se conjuguant de facto avec l’interdisciplinarité, les profils d’ingénieurs généralistes mêlant maîtrise de la physique, de la chimie et du traitement de données (data mining et data learning) semblent avoir les faveurs des recruteurs. Faire le choix de l’hyper-spécialisation dès sa formation n’est donc pas forcément la meilleure option. Le bon choix : un cursus plus généraliste coloré de génie électrique ou énergétique.