En descendant dans le Chimolamungu, le cratère sacré de notre tribu masaï, un homme vient à notre rencontre. Il porte un sceptre tout en ébène, très travaillé. Il est le gardien des traditions et du lieu et nous explique sa surprise de croiser des blancs par ici. Nous lui expliquons notre mission et intéressé, il nous aide en nous présentant ses fonctions et le système des traditions masaïs.

Si cette tribu est très connue pour maintenir son mode de vie, ce n’est pas pour rien ! Se mélangeant peu aux autres tribus, les masaïs ont une certaine fierté à porter leurs habits traditionnels, signe de leur condition de nomade. Beaucoup ont mêmes pour sonnerie de téléphone portable des chants traditionnels ! Le maintien des traditions et des cérémonies, transmises de façons orales, se fait par le biais de notre interlocuteur, à la tête d’une véritable police des traditions, prêtes à punir de trop fortes irrégularités. Il nous explique tout de même qu’avec les évolutions actuelles, un certain relâchement est toléré. Les maisons par exemples, peuvent être construites en briques pour ceux qui en ont les moyens. Nous nous intéressons aux thèmes de la circoncision et l’excision, sujets importants pour les masaïs et très controversés, récemment devenus formellement interdits par le gouvernement en ce qui concerne le dernier (pas assez de place pour écrire tous les détails ici, nous vous invitons à lire nos articles dessus !).

Chez les Masaïs, comme partout où nous sommes allés en Afrique, les gens sont très croyants. Tous ceux que nous avons rencontrés se présentent de façon absolue comme des chrétiens. Pour autant, leurs traditions incluent des rites divinatoires et des forces qui sont autres que celles de Dieu. Il est difficile de comprendre exactement comment leurs différentes croyances peuvent coexister, mais l’on a fini par se dire que c’est nous, en tant qu’ingénieurs, qui cherchons à trouver et comprendre une logique là où eux ne cherchent pas à en mettre. La religion en Afrique – et les masaïs en sont un bon exemple – est teintée de superstition et d’animisme. Beaucoup nous ont mis en garde et sont terrifiés par les sorciers-docteurs, qui « peuvent utiliser le pouvoir de Dieu dans son dos » et tuer par simple volonté ou inverser les cours des destins. En parallèle à ces sorciers-docteurs, écartés des villages, se trouvent leurs penchants bienfaisants : les herbalistes et médecins traditionnels. Notre village en compte un. Il s’agit d’un homme très efféminé (les mystiques jouent sur des particularités les différenciant des autres), caché dans l’ombre lors de notre entretien, dans une hutte traditionnelle.

Il utilise les plantes locales pour soigner différents maux (l’aloe-vera par exemple pousse partout dans le coin et sert entre autres à guérir de la malaria), mais aussi des troubles qui se rapportent aux esprits. Il nous détaille son prochain sacrifice de mouton, afin de purifier la communauté et la bénir. Conscient tout de même de la limite de ses pouvoirs, il explique qu’il conseille tout de même en cas de problème trop grave d’aller dans un hôpital moderne. On peut revenir chez lui ensuite, pour se débarrasser de « la mauvaise chimie » qui reste après les soins modernes.

Nous passerons ainsi deux semaines dans cette communauté Masaï, à aider d’un côté les lycéens à travailler leurs examens et de l’autre à explorer les environs et comprendre leur culture. Le gardien des traditions et les chefs des villages cherchent à développer le tourisme autour du Chimolamungu, afin d’en faire une vitrine de la culture masaï et ainsi la préserver. Prenant notre courage à deux mains et nos bâtons masaïs dans l’autre, nous nous dirigeons désormais vers la capitale : Dodoma !