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Après les Masaïs, nous n’avions qu’une hâte, c’était d’arriver à Dodoma ! Là, nous savions que de supers hôtes, rencontrés grâce à Couchsurfing encore, nous attendaient : Ana et Lu, une traductrice ukrainienne et un docteur (moderne, pas sorcier) tanzanien. Ils sont maîtres de deux monstrueusement amicaux Ridgebacks, ces chiens utilisés autrefois lors de la chasse aux lions.

Notre séjour dans une vraie maison nous a permis de préparer en détail notre passage de frontière vers le Mozambique, point chaud de notre projet en Afrique. Nous avons été aussi surpris d’entendre l’européenne Ana et le médecin moderne Lu, nous mettre en garde eux aussi contre les sorciers-docteurs. Lu explique qu’il sait que certaines personnes ont en effet des pouvoirs, comme réparer des fractures par le toucher, bien qu’il ne l’explique pas par la science… Au-delà des croyances, Ana et Lu nous apprennent que les sorciers-docteurs sont un fléau réel, puisque de nombreuses disparitions de personnes – et notamment des albinos – sont dues à des enlèvements pour des rituels de magie noire. Après 10 jours à nous requinquer, nous préparer, lutter contre les bugs du nouveau site Couchsurfing, grimper sur la colline aux lions dominant la ville ou visiter les villages alentours à vélo, nous nous élançons pleins d’espoirs vers la frontière du Mozambique. Pleins d’espoirs, car il n’est pas automatique, ni même facile d’obtenir un visa directement à la frontière. Mais différents interlocuteurs, y compris l’ambassade à Paris, préconisent d’essayer.

 

Après un car, une nuit dans une chambre de l’église anglicane de Songea, quelques crevaisons de pneus et une nuit improvisée dans un taudis à la frontière, nous marchons de beau matin vers le Mozambique. Nous voulions être sûrs la veille de ne pas être trop loin, et sommes partis en reconnaissance à la tombée de la nuit. Un agent des douanes est venu à notre rencontre et nous a expliqué que c’est complètement inconscient de passer de nuit si proche d’une frontière, on pourrait se faire tirer dessus ! L’officier de l’immigration tanzanien est sympa et honnête : il ne nous appose pas le tampon de sortie du territoire tant que l’on n’est pas sûr de pouvoir rentrer au Mozambique. Nous marchons donc à pied dans le No-man’s-land entre les deux pays et traversons la rivière Ruvuma, non pas en canoë (nos sources semblent dater un peu), mais par le pont. Arrivés sur l’autre rive, nous entendons un blanc expliquer à un douanier Mozambicain « Oui, oui, si ça marche, je vous ramènerai une bonne bouteille de Whisky. ».

 

Le ton est donné, la corruption semble de mise. En fait, nos interlocuteurs sont très sympas et pleins de bonne volonté. Ils téléphonent à plusieurs de leurs chefs pour voir comment ils pourraient faire, mais les ordres sont formels : il faut passer par l’ambassade à Dar-Es-Salaam pour obtenir un visa… La décision est sans appel.

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