Depuis la crise de 2008 et le ralentissement du développement économique, le marché des matières premières telles l’acier, le fer ou le pétrole, continue à souffrir. Comme ces ressources servent au démarrage un processus de fabrication, lorsque la production diminue, la demande baisse pour les matières premières et l’énergie.  – Par Iordanis Kalaitzoglou, professeur associé en finance, Audencia Business School

 

 

Les matières premières sont le plus souvent vendues et achetés en spéculant sur le futur. Quand les investisseurs sont pessimistes, la valeur de ces matières, dont l’influence sur les bourses du monde est très importante, descend. Actuellement, le pessimisme règne puisque la Chine, premier producteur et acheteur de matières premières, n’a pas atteint son objectif de croissance.

 

UN SECTEUR TRÈS COMPLEXE

L’un des effets de ce ralentissement économique est de faire baisser le prix des matières premières, permettant ainsi aux entreprises d’en acheter à des tarifs très intéressants. Dans ce secteur très complexe, un marché plutôt morne peut donc voir les ventes de charbon augmenter de 10 à 15 % puisqu’il y a des opportunités à saisir. C’est pourquoi, malgré la signature du COP21 par les Etats-Unis et la Chine, la baisse du prix du charbon provoque une hausse d’émissions. L’un des gros problèmes provient du fait que le charbon est tellement peu cher que les entreprises ont tout intérêt à payer moins de $20 par tonne pour le droit de polluer quand le ‘coût social’ du charbon est de l’ordre de $36 à $200 par tonne. Dans le monde dit « développé », la consommation des matières premières est en baisse alors que, dans les pays considérés en voie de développement, la demande est en forte augmentation. Cette consommation devrait même doubler dans quatre-vingts ans.

© F Sénard, Audencia Business School

© F Sénard, Audencia Business School

LE POIDS DU TRADING

Cet effet de déséquilibre devient encore plus fort quand on tient compte du fait que les pays qui produisent le plus de matières premières sont souvent les plus pauvres. Le Congo, par exemple, se classe 114e pour son PNB mais exporte $24 trillions de minéraux. Une telle situation prouve bien qu’aujourd’hui la valeur réside plutôt dans le trading et non pas dans l’extraction des matières premières.
Le charbon semble destiné à rester notre principale source d’énergie pour les prochaines cinq ou dix années. De la même façon, nous aurons peu de possibilité de renoncer au pétrole avant au moins cinquante ans. Le changement climatique peut même nous pousser à chercher plus d’énergie polluante : la fonte de la glace arctique révèle des ressources de gaz et de pétrole que les grandes puissances convoitent.

 

UN AUTRE DILEMME ÉCOLOGIQUE

L’énergie renouvelable, souvent citée comme solution, soulève d’autres dilemmes. Par exemple, l’utilisation des panneaux solaires est plus gourmande en ressources qu’on ne pourrait le penser. La technologie des panneaux peine à suivre la demande d’électricité alors que le lavage intensif qui les rend efficaces pose un autre problème écologique.
De la même manière, même si l’on vend plus de voitures électriques, il faut toujours générer de l’électricité pour ces véhicules. Les panneaux solaires et les fermes éoliennes ne suffisent pas. Comme l’électricité ne peut pas être stockée, il faut trouver nouvelle solution. En réalité, il est fort probable que les voitures sans conducteur vont se développer beaucoup plus rapidement que celles sans pétrole.
Le marché des matières premières et de l’énergie englobe toute la complexité géopolitique, ainsi que les liens étroits entre la productivité et le développement économique. Si l’on cherche à prédire l’avenir, les enjeux financiers de ce vaste marché sont de précieux indicateurs.

 

Contact : ikalaitzoglou@audencia.com