« Les grandes orientations de TBS pour le futur reposent sur notre politique de site au service du territoire, sur l’évolution de ses  statuts en vue d’une plus grande autonomie de gestion et sur son internationalisation. »
François Bonvalet Directeur général de Toulouse Business School

François Bonvalet Directeur général de Toulouse Business School © Manuel Huynh

François Bonvalet Directeur général de Toulouse Business School © Manuel Huynh

Changement de nom en  2013 et de directeur en 2014 TBS est-elle passée à la vitesse  supérieure ?
Le changement de nom a été fait pour rassembler sous une même appellation les activités du groupe, notamment les campus situés à l’étranger (TBS Casablanca et TBS Barcelona), ainsi que pour lui donner une plus grande lisibilité au plan international. En mettant en avant le nom de la ville qui traduit la volonté de l’Ecole d’affirmer  son appartenance au territoire, nous avons  obtenu l’adhésion des étudiants et des anciens. Quant à ma nomination, elle repose sur mon  expérience d’ancien directeur de Grande Ecole dans un univers consulaire, sur mon passage  professionnel de 15 ans dans l’industrie, et sur une identité de vue concernant la mise en œuvre d’une stratégie pour TBS sur le court et le long terme.

 

Vous multipliez les partenariats dans les pays étrangers  (Barcelone, Maroc…)  Cela relève-t-il d’une politique mûrement réfléchie ?
La stratégie à l’international de TBS comprend différents volets. Dans tous les cycles de l’Ecole, une période académique à l’étranger est obligatoire, renforcée quelquefois par une année de  césure. L’implantation à l’étranger de campus dotés d’un statut juridique propre relevant du droit du pays où ils se trouvent, a pour objet de servir le marché local en formation initiale et en formation continue ainsi que d’accueillir les étudiants « classiques » toulousains ou les étudiants étrangers auxquels nous proposons de tourner sur les différents campus. Dans cette perspective, nous avons annoncé la création de 3 nouveaux campus internationaux dans les 5 années à venir.

 

TBS et Grenoble EM mutualisent leurs compétences  pour développer les formations en télé-enseignement. Cela préfigure-t-il une volonté majeure de développement du e-learning ?
Un point important de la stratégie de TBS consiste à développer son excellence académique afin de maintenir ses trois accréditations internationales. Un second élément repose  sur l’innovation pédagogique extrêmement présente dans cette école, raison pour laquelle  j’ai créé une « Direction de la prospective et  de l’innovation pédagogique » qui comprend un enseignant-chercheur expérimenté et un ingénieur pédagogique. Si nous avons mis en place des MOOCs avec Grenoble Ecole de Management, nous allons ouvrir prochainement une salle interactive laissée à la libre utilisation des élèves et des professeurs qui le souhaitent. Balisée d’écrans, elle est dotée de tables/chaises mobiles que l’on peut regrouper au choix.

Vous accentuez les partenariats avec les entreprises, notamment en formant les leaders de  l’industrie aéronautique indienne en partenariat avec Airbus et the Indian Institute of Management of Bangalore (IIMB). Quels sont les autres types de relations  que vous entretenez avec les  entreprises ?
Point fort de l’école, nous bénéficions d’un service des relations extérieures avec les entreprises,  extrêmement efficace. A Toulouse, nous nous  appuyons sur une dynamique aérospatiale et  aéronautique qui repose sur de grandes entreprises comme Airbus, dont les carnets de commandes sont remplis pour les 10 prochaines années. Le fait d’arrimer l’école à ces activités en pleine croissance constitue une chance, d’autant plus qu’un certain nombre de hauts responsables de ces entreprises sont des diplômés de TBS. De fait, nous avons développé un service dédié à l’aéronautique et au spatial pour s’occuper des stages, de la formation continue, des partenariats/entreprises et de la création de chaires comme notre chaire en aéronautique financée par Airbus ou la chaire Sirius qui traite du management et du droit de l’espace. Nous entretenons également des liaisons avec des groupes internationaux basés sur Paris ou à l’étranger.

 

Une étude  réalisée par la FNEGE révèle que pour chaque euro investi par TBS, 75 € sont réinjectés dans l’économie  du territoire. Cette constatation vous permet-elle d’entretenir des relations privilégiées avec les différents acteurs de votre région ?
Si demain TBS devait disparaître du territoire, c’est 310 millions € qui seraient soustraits à  l’économie locale, 100 millions € reposant sur la consommation de nos étudiants et de nos salariés, le reste étant constitué par de la création indirecte de richesses. Cette étude est intéressante car elle permet de promouvoir l’Ecole en soulignant l’importance économique de son implantation. D’ailleurs, nous entretenons d’excellentes relations avec la métropole de Toulouse même si certains dossiers, comme le financement de l’apprentissage, sont  des sujets de tensions avec le Conseil Régional. Nous sommes très sensibles à ce problème car 7 % de notre budget repose sur la taxe d’apprentissage. Nous  accueillons des apprentis dans le programme grande école, en Bachelor ainsi que dans des programmes spécifiques en comptabilité au  niveau du DCG et du DFCG. Nous sommes membre de la COMUE « Université Fédérale de Midi-Pyrénées » qui compte trois universités  et 13 écoles d’ingénieurs, mobilisant au total  110 000 étudiants. Nous comptons apporter à cette structure le savoir-faire de l’Ecole à l’international, tout en bénéficiant de synergies sur les activités de recherche.

« Think & Create » slogan qui guide la conception de vos  programmes de formation  supérieure, relève d’une formation par la recherche. Quelles sont les autres formes d’organisation de la recherche à TBS ?
Avec un corps professoral de 94 enseignants-chercheurs permanents, la recherche constitue une des forces de l’Ecole. Si TBS n’éprouve pas le besoin de fusionner avec d’autres établissements ni d’intégrer des clusters, cela ne l’empêche pas de conclure des partenariats sur  des axes de recherche déterminés. Nous sommes en train de réorganiser les activités de recherche du corps professoral pour permettre aux enseignants-chercheurs de mieux répartir leurs travaux. Nous souhaitons leur aménager des périodes dédiées exclusivement à leur activité de recherche, notamment dans le cadre de collaborations internationales.

Quelle est votre vision  de l’avenir pour l’Enseignement supérieur ?
Je souhaite que les grandes écoles françaises,  et en particulier les Business School, continuent à affirmer leur personnalité. Il s’agit d’un modèle qui fonctionne, extrêmement vertueux sur le  plan économique, notamment dans une période où l’État dispose de moyens financiers réduits. Les pouvoirs publics doivent s’attacher à maintenir cet outil qui forme d’excellents cadres reconnus par les entreprises et à l’international. N’allons surtout pas casser le système des grandes écoles au profit d’une vision dogmatique erronée. Évitons de les opposer aux universités, chacune ayant son rôle à jouer. Ce ne  sont pas des concurrentes mais des partenaires en matière de formation et de recherche. La véritable concurrence est hors de France !
Nous devons également promouvoir l’entrepreneuriat car il existe un véritable débat de fond dans la société française pour faire comprendre qu’égalité ne veut pas dire égalitarisme. En effet, il est nécessaire d’encourager les étudiants  brillants à créer leur entreprise afin qu’ils réussissent leur vie professionnelle et gagnent de  l’argent. Ils ne doivent pas avoir peur de déployer leur activité en raison de contraintes fiscales  et administratives excessives ou d’une vision cryptomarxiste anti-patronale qui a tendance à ostraciser ceux qui réussissent. Là où justement leur réussite amène l’emploi et le développement pour tous.

 

Patrick Simon