Peu de pays dévoilent autant de contrastes que le Japon. Un choc pour les Européens dont les repères se brouillent. Pour faire le grand écart entre le Japon d’antan et celui du futur, deux villes phares : Tokyo l’effervescente et Kyoto la surannée.

Tokyo, la bouillonnante
Arriver à Tokyo, c’est plonger dans une jungle de néons multicolores aux pulsations stroboscopiques ! Le bruit strident du trafic, le flot de la foule, tout déboussole. Sans parler des panneaux, enseignes et vitrines aux idéogrammes à la beauté énigmatique pour qui n’a pas fait Langues O’ ! Et c’est Shinjuku qui condense à lui seul toute l’effervescence de cette capitale. Ce quartier dédié au commerce et aux divertissements ne dort jamais. Trois millions de personnes se croisent tous les jours dans sa station de métro, l’une des plus fréquentées du monde. Tout le long des trottoirs bondés de jeunes Tokyoïtes aux cheveux décolorés, aux jeans délavés griffés Uniglo ou Evisu, le smartphone agrafé à l’oreille, se découvre une enfilade étourdissante de bars à nouilles, de magasins d’électronique discount, de boîtes de strip-tease mais aussi des galeries marchandes ultra design et des boutiques de luxe super élégantes. En levant les yeux et en regardant par-dessus la marée d’écrans géants, une forêt de gratte-ciel surgit, aux lignes courbes ou angulaires mais toujours harmonieuses. Au milieu de cet urbanisme écrasant, deux tours jumelles gigantesques émergent, la mairie de Tokyo, magnifique oeuvre de l’architecte Kenzö Tange, l’architecte japonais le plus célèbre de l’après-guerre (auteur notamment de l’immeuble Grand Ecran de la place d’Italie à Paris). Du haut de la passerelle panoramique, il est possible d’apercevoir le mont Fuji… par beau temps seulement et quand la pollution n’est pas au top de son pic c’est-àdire un jour de chance !

Du capsule-hôtel aux plus grands magasins du monde
Tokyo n’est plus à un paradoxe près. Alors d’un côté, pour gérer le manque d’espace criant et surtout, la cherté de la vie et des lopins à construire, les édiles font bâtir d’étranges tours biscornues, empilements de boîtes de béton vitrées. Le concept de capsule-hôtels est né. Pour qui ne souffre pas de claustrophobie, voilà une façon originale d’expérimenter le Tokyo futuriste : dormir dans des cubes de 80 cm de haut et de large et d’à peine deux mètres de profondeur ! Clim, télé et réveil « agrémentent » l’espace riquiqui pour solitaire fauché. A deux pas de là, dans Ikebukuro, quartier rival de Shinjuku, s’étendent les kilomètres carrés de deux des plus grands magasins du monde, Töbu et Seibu. Dans leurs enceintes étagées sur une douzaine de niveaux, des cinquantaines de restaurants, des galeries d’art, des musées et bien sûr, tout ce qui fait de Tokyo la capitale favorite des fashion-victims ! Le quartier d’Ikebukuro abrite un autre lieu insolite pour un Européen mais tout à fait dans la norme du Tokyo actuel : Nekobukuro. Késako ? Une sorte de zoo d’animaux de compagnie où l’on vient câliner chatons et chiots à défaut de pouvoir en élever dans cette capitale aux appartements trop exigus. Sinon, dans les magasins, on peut acheter un animal robotisé parfaitement programmé pour obéir aux inflexions de la voix de son maître !

Le Fugu, ou l’art de bien découper
Aucun problème pour se restaurer dans Tokyo, une des villes asiatiques les plus comblées côté restaurants et variétés culinaires. Seuls quelques aventuriers du palais tenteront l’expérience de la dégustation du fugu. Ce poisson, connu en France sous le nom de poisson-globe ou poisson-lune est d’une très haute toxicité, ce qui fait d’ailleurs tout son attrait pour les consommateurs. Son foie, ses ovaires et ses intestins contiennent de la tétrodotoxine dont l’ingestion provoque une paralysie foudroyante des systèmes respiratoire et nerveux. A telle enseigne que depuis 1958, seuls les chefs ayant décroché le diplôme délivré par le ministère de la Santé peuvent préparer ce mets, après trois années de formation à la découpe et à sa préparation : en sashimi, frit ou en salade.

Kyoto, l’esprit zen
Celle qui fut capitale impériale entre 794 et 1868, date de la restauration Meiji, se tient en équilibre entre son ancrage dans la tradition et son désir de modernité. Cette ville à taille humaine (à peine 1,5 million d’habitants) concentre pourtant à elle seule l’image que les Occidentaux se représentent du Japon d’antan : parcs ombragés de cerisiers, jardins zen nappés de galets et de bambous, petits ponts arqués sur des étangs poissonneux où se reflètent les pagodes rougeoyantes, temples séculaires nimbés d’encens. La ville regorge de trésors. Pas moins de mille six cents temples bouddhiques, près de cinq cents sanctuaires shintoïstes et une vingtaine de sites inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. Pourtant, l’arrivée à la gare de Kyoto ne laisse pas du tout entrevoir cette vision idyllique. La nouvelle station déploie une splendide architecture de métal et de verre hyper contemporaine, oeuvre de Hiroshi Hara et l’on se dit qu’une fois de plus, la modernité va gangréner un site unique. Il faut tout simplement s’en éloigner, se fondre dans son centre et flâner au hasard de ses rues.

Les maisons de thé ou la tradition des geishas
Quand le jour décline, des femmes hiératiques au visage poudré de blanc, habillées de somptueux kimonos cintrés par un « obi », large ceinture de soie, marchent à petits pas dans les ruelles de Ponto-Chô et de Yasaka-jinja. Les geishas, discrètes, sortent peu de leurs maisons de thé où il est toujours très difficile d’entrer. Les geishas apprennent au cours de leur formation tous les arts classiques traditionnels : l’art de préparer et de servir le thé, la danse de l’éventail, la musique, l’ikebana et le chant. Pendant la cérémonie du thé, certaines pincent les cordes d’un shamisen, instrument proche du luth, pendant que d’autres murmurent des ballades anciennes.
Chaque année, au printemps et à l’automne, les geishas et les maiko (apprenties geishas) des cinq écoles de Kyoto donnent des spectacles de danse, c’est alors l’occasion d’admirer leur savoirfaire à défaut de pouvoir s’offrir une soirée dans une maison de thé privée.

« Ryokan » et « Onsen », l’art de vivre nippon Impossible de quitter
Kyoto sans faire une halte au moins une nuit dans un ryokan. Une auberge traditionnelle, en bois, ceinte d’un jardin et meublé de futons, tatamis et larges baignoires. Ici, il faut respecter l’étiquette nippone. Enlever ses chaussures dans le « genkan » (l’entrée) puis, dans la chambre, ne surtout pas déposer ses bagages dans le « tokonoma », qui est une alcôve sacrée. Pour le dîner, il faut enfiler un « yukata », un kimono fin, mis à la disposition du voyageur. Après le dîner, généralement une succession de plats à base de riz, de poisson et de fruits de mer, vient l’heure du bain, fixée par les hôtes du ryokan. Le matin, le petit déjeuner est lui aussi typique, à savoir riz et poisson… Autre expérience à ne pas rater, se délasser dans un onsen, un bain d’eau de source chaude. L’un des plus réputés de Kyoto se situe dans Kuramaguchi-döri. Outre la possibilité de se baigner en extérieur, l’endroit offre saunas traditionnels et même des bains en bois de cyprès.

Les maisons traditionnelles de Kyoto
Kyoto n’échappe pas, hélas, à la fièvre des promoteurs immobiliers et peu à peu, les constructions en béton gomment l’habitat traditionnel local. Toutefois, en se promenant, on peut encore admirer les derniers vestiges de ces édifices bâtis en matériaux légers qui laissent passer la brise lors des étés caniculaires et qui provoquent moins de dégâts en cas de séisme. Les demeures sont donc essentiellement en bois, closes par des panneaux coulissants en papier de riz et des paravents ou shöji, divisent l’intérieur.