À formation équivalente, qu’est-ce qui distingue un excellent manager de celui qui deviendra un dirigeant ? Les professeurs peuvent-ils déceler des capacités hors du commun et l’aptitude à atteindre les sommets de l’entreprise chez leurs étudiants ? Aptitudes, personnalités, désir, courage, chance, rencontres, prise de risque, les leviers de la réussite sont nombreux. – Par Violaine Cherrier

 

 

Les progrès des neurosciences nous dévoilent comment fonctionnent les cerveaux de ces managers d’exception. D’après la théorie du cerveau « tri-unique » développée par le médecin et neurobiologiste américain Paul D. MacLean, dans les années 60, le cerveau se compose de 3 zones distinctes qui interagissent. Chaque cerveau induit un mode de fonctionnement spécifique. La plupart des outils managériaux de connaissance de soi-même (MBTI, DISC, Insight…) reposent sur cette théorie. Alors, comment fonctionne le cerveau d’un dirigeant ?

Pour Olivier Fourcadet, professeur à l’Essec Business School et auteur de Entrons dans la tête de ce manager pour comprendre sa manière de penser, « les spécialistes en neurosciences confirment que nous sommes tous dotés à peu près du même potentiel que nous allons développer en amenant le cerveau à travailler au sein d’un environnement. À l’image d’un muscle, il répond parfaitement à ce qu’on lui demande de faire mais à condition d’être stimulé. Les sciences cognitives nous apportent de meilleures façons de construire nos pédagogies. »

 

LES JEUX VIDÉO BONS POUR LE CERVEAU

Désormais, vous pourrez dire que vous travaillez pendant une partie d’Assassins Creed ou de Gran Turismo. Certains travaux sur les jeux vidéo prouvent en effet que quelque uns d’entre eux développent les muscles du cerveau. « Ils créent dans les aires appropriées du cerveau les conditions de développement du potentiel ce qui génère des similitudes de comportement avec celui des dirigeants. » Mais sur quelques aspects particuliers uniquement !

 

VÉTÉRINAIRE DE FORMATION, OLIVIER FOURCADET EST BIEN PLACÉ POUR SAVOIR QUE C’EST LA FONCTION QUI CRÉE L’ORGANE GRÂCE À LA COMBINAISON DE PLUSIEURS CONDITIONS.
« Les dirigeants d’exception sont devenus ce qu’ils sont parce qu’ils ont rencontré un environnement qui les a mis en situation. Voilà quel est notre rôle : être en mesure d’immerger ces futurs dirigeants dans des challenges similaires à ceux qu’ils rencontreront demain. »

QUELLES SONT ALORS CES CONDITIONS FAVORABLES AU DÉVELOPPEMENT DES POTENTIELS ?

« La décision n’est pas qu’un acte cérébral. Elle engage des émotions », explique Frédéric Marquette, associé chez EIM, leader européen du management de transition, et auteur de l’ouvrage Pourquoi eux ? Les secrets d’une ascension – paroles de dirigeants – pour lequel il a interrogé 50 dirigeants de grands groupes.

« Ce qui fait un dirigeant d’exception, ce n’est pas uniquement son talent, c’est aussi la mise en relation entre cette personne et des situations qui sont propices à la réalisation de choses exceptionnelles et des êtres d’exception. » Olivier Fourcadet, professeur à l’Essec Business School

MAIS D’OÙ VIENNENT ALORS CES QUALITÉS ?

De mon éducation, de ma famille, de figures parentales remarquables, des premières expériences acquises en début de carrière, des mentors rencontrés au cours de sa vie. « Les hauts potentiels sont souvent détectés à 30-35 ans selon les DRH des grands groupes que j’ai interviewés. Il faut aussi vouloir continuer à progresser et à évoluer. Donc les qualités sont souvent là dès la fin de l’enfance. Malgré sa plasticité, le cerveau évolue rarement après 35 ans ! »

 

QUELLES QUALITÉS CLÉS POUR FAIRE LA DIFFÉRENCE ?
Quels traits communs retrouve-t-on particulièrement parmi les dirigeants d’exception ? Qu’ils dirigent des startsups, des ETI ou un grand groupe, la formation et l’expérience ne font pas tout. Olivier Fourcadet a ainsi observé certains points communs chez les grands dirigeants :

Ils sont dans un processus permanent de découverte de leur environnement. En conséquence, ils se posent un grand nombre de questions en favorisant le « pourquoi » plutôt que le « comment ». Ils dépassent ainsi le cadre établi en envisageant les situations différemment et en élargissant les horizons de l’entreprise.

Ils déploient un grand sens de l’observation et une curiosité sans borne. Comment ? En fouillant d’autres secteurs pour trouver des similitudes à développer dans leur propre entreprise. Ils se montrent très perméables à tout ce qui les entoure pour construire à terme une vision d’ensemble grâce à une inspiration extérieure.

Ils font preuve d’une capacité à se mettre à la place du consommateur et à adopter une autre perspective. À travers cet allocentrisme, ils voient le monde avec les yeux d’autres acteurs de leur environnement. Objectif personnel : devenir de meilleurs critiques de leur propre entreprise.

Ils cherchent sans cesse à toujours aller plus loin. Construire le possible, avancer continuellement… Le dirigeant d’exception est une machine à apprendre et se met au sein d’un environnement qui peut lui adresser des challenges. Pourquoi ? Pour en tirer des tendances.

Ils sont eux-mêmes de bons professeurs pour partager leur vision et motiver leurs équipes. Viser le dissensus plutôt que le consensus car c’est dans la confrontation des opinions que l’on parvient à se forger une opinion. Ils créent des espaces pour favoriser cette forme de dialogue ou de dialectique.

Ils pratiquent une certaine agilité intellectuelle en dehors même de leur métier. Ce sont de vrais joueurs qui, à l’image d’un sportif, s’entraînent à trouver de nouvelles formes de pensée. Ils sont très orientés vers le futur et les incertitudes qui y sont liées. Leur crédo : projetons- nous demain en envisageant le coup suivant. Ils affichent une très forte résilience à l’échec. L’incertitude fait partie de leur intégrité. Ils ont une psychologie de la relation au risque beaucoup plus neutre. Le danger n’est pas un élément négatif mais il fait partie du flux naturel.

 

 Le blog d’Olivier Fourcadet : http://knowledge.essec.edu/fr/authors/olivier-fourcadet