Sans tapage, à travers deux petits livres dont l’effet balsamique ne cesse de vous accompagner quand vous les avez refermés, Suyin Lamour raconte comment, après avoir connu à 28 ans une première expérience d’éveil (le nirvana, oui !), elle s’est lancée dans une course poursuite effrénée pour retrouver cette Paix inconditionnelle… et y parvenir. Ou plutôt : comment cette Paix a, enfin, retrouvé Suyin quand, elle, a finalement renoncé à la chercher…

 

Animée par une quête de sens comme le sont quelques centaines de millions de nos contemporains, Suyin Lamour connaît, à l’âge de 28 ans, une expérience de l’éveil qui la bouleverse durablement. On le serait à moins : encore tout imprégnée des lectures spirituelles du jour, la jeune femme est assise dans la douceur vespérale d’un jardin et « s’exerce à faire le vide » lorsqu’une vibration délicieuse parcourt son corps et la mène à un état de détachement jubilatoire. Sans plus de pensées ni de jugement, elle est juste « une conscience en voyage » qui observe tout avec bonheur. Mais cela n’est rien encore puisque soudain un véritable torrent de feu la transperce, ouvrant sous l’impact son cœur « dans une pulsation progressive, comme une fleur qui s’ouvre ».

 

Nirvana

Les moments qui suivent sont indescriptibles : « Je n’étais plus une conscience en voyage, mais la conscience de l’univers ». La nuit est tombée, mais elle perçoit chaque feuille, chaque insecte, chaque atome en présence, l’incroyable ballet énergétique de la Vie et surtout, elle Sait : L’esprit et la matière sont les deux faces d’une même pièce, notre vie est un rêve, infiniment pertinent, où chaque situation a sa raison d’être, tout est expérience, notre être véritable est éternel et cette Réalité transcendante, cette Paix absolue et indestructible, infinie et aimante qu’elle vit, c’est « la maison », c’est toi, c’est moi, nous, maintenant : « la conscience ». Tout est Un, il n’y a plus de séparation, plus de souffrance, plus de drame, plus de peur… Et puis : rideau !

 

 

Comment vivre ensuite avec cela ? Ou plutôt : comment vivre sans cela, dans son « petit moi séparé », sans cet état extatique d’unité avec le monde ? Suyin ne peut s’y résigner et devient alors une stakhanoviste de l’éveil dont, dans les temps qui suivent, elle va connaître un certain nombre de répliques en mode mineur. Elle « travaille » alors beaucoup sur elle-même en vue de dissoudre l’ego, médite, pratique, devient thérapeute et s’intéresse à tout ce qui est spirituel. Surtout, surtout, elle ne cesse plus d’entretenir le grand JEU avec sa conscience, ce fragment de Conscience en elle qui est également donc toute la conscience… A moins que ce ne soit le contraire ?!!!

 

Basculement !

Un cycle plus tard (13 ans) en effet, Suyin comprend enfin (con-prendere : prendre avec soi, faire sien, transformer l’expérience en conscience) ce qu’est l’éveil : le contraire ! Un renversement de perspective. Non pas la mise à mort de l’ego, du moi, mais la reconnaissance de son irréalité. Non pas un état ni une expérience, mais la reconnaissance de Ce qui pré-existe à tout état et à toute expérience et qui est toujours là. Par une série de lâcher-prise et de capitulations de la volonté de se libérer (qui émane forcément du « moi » séparé), d’acceptations de « ce qui est » également, sa conscience « se retourne sur elle-même » et l’idée d’être une personne distincte du tout est vue pour ce qu’elle est : un concept mental, une illusion. Re-nirvana !

 

Avec cette notion d’identification qui s’effondre, ce sont alors des pans entiers de croyance qui disparaissent avec elle. Ne reste plus en Suyin qu’une chose : la Joie d’être. C’est depuis cette perception non duelle que l’auteure nous raconte comment elle va, peu à peu, intégrer cet état « extraordinaire » à sa vie « normale » et en faire son quotidien : un quotidien infiniment paisible, aimant, jouissif. Car, en chemin, Suyin a bien compris que l’on ne vient pas sur terre pour s’en échapper. Au contraire. Elle découvre avec bonheur qu’il est possible de vivre sur deux plans simultanément sans les opposer : celui de la pure Présence impersonnelle et celui de l’individualité, celui de l’Absolu et celui du relatif. C’est à la fois la fin de la quête spirituelle et la fin de la lutte contre son humanité.

 

Truffé de conseils pratiques, frais, intimiste, direct, fraternel, définitivement accessible à tous, le récit des explorations que délivre Suyin à ses frères et sœurs pèlerins, le soir, autour du bivouac, est de ces gestes qui vous transportent d’allégresse et d’espoir. Car d’évidence, tout ce qu’elle dit, Suyin Lamour l’a vécu et pour autant qu’on puisse en juger, c’est un être de chair et de sentiments, souffrant comme nous des mêmes maux de dos et peines de cœur ! Un être qui a juste pris un peu d’avance sur le chemin et qui, à l’étape, raconte aux autres la route à venir et donne quelques conseils pour l’aborder…

 

 

« La joie d’être » suivi de « La grande paix du cœur » de Suyin Lamour aux éditions Accarias L’Originel.

Pour en découvrir plus sur Suyin Lamour : http://suyin-lamour.fr/accueil-p721122