Pour Arthur Guérin Boëri, quintuple champion du monde d’apnée dynamique, « la réussite c’est dépasser ses limites ». Porté par son épanouissement total dans sa discipline, il multiplie les performances et dès lors, « la réussite appelle la réussite ». En mars 2017, il décroche le record du monde d’apnée sous la glace. Désormais il se prépare physiquement et mentalement pour décrocher décrocher sa sélection en équipe de France de profondeur.

 

« J’ai toujours senti que l’univers aquatique me correspondait et j’ai comme beaucoup été marqué par le film de Besson « Le grand bleu ». Dès l’enfance j’étais très curieux de ce monde étranger. Adolescent déjà, je testais avec succès ma capacité à retenir ma respiration sous l’eau. »
C’est poussé par son autre passion, la musique, qu’il mène des études d’ingénieur du son à l’ESRA. « J’étais frustré car je ne me projetais pas du tout dans ce métier au service des musiciens. Et en même temps je nourrissais une appréhension à assumer ma créativité musicale, à me produire. »

« Je suis fait pour l’apnée et l’apnée est faite pour moi »

Crédit Alex Voyer

Arthur enchaîne les petits boulots, se cherche. Il est serveur puis chauffeur de maître durant 9 ans. C’est en reprenant le sport que sa vie va changer. « Par hasard en repensant à mon goût pour l’apnée, j’ai cherché s’il existait des clubs dédiés. » En 2011, Arthur intègre le club Apnée Passion à Montreuil. Une séance d’essai et il était mordu. « Cela a été une vraie découverte, j’étais tellement enthousiaste que j’attendais le lundi soir avec impatience. Mon intuition d’enfant se réalisait, j’étais fait pour l’apnée ! »

Champion du monde après un an d’entraînement !

Si la rencontre entre Arthur et l’apnée s’est faite tardivement – il avait 26 ans – il a immédiatement amorcé une trajectoire de champion. Arthur n’est pas le seul à penser être fait pour cette discipline. Au bout d’un an en sport amateur, son coach lui propose d’intégrer le pôle compétition. Un an plus tard, il décroche son premier titre mondial en apnée dynamique à la brasse sans palme !

La réussite appelle la réussite

Pour Arthur, « la réussite c’est dépasser ses limites ». S’il atteint la performance, c’est aussi parce qu’il s’épanouit totalement dans son sport. Dès qu’il est recruté en ligne compétition, il monte sur le podium. Dès lors « la réussite appelle la réussite ». Son ascension est rapide, il savoure la spirale de la réussite. Plus que cela, l’athlète veut voir jusqu’où il peut aller. Chaque fois qu’il atteint une de ses limites, il teste la suivante.

L’apnée dynamique, un sport à 80 % mental

« En apnée dynamique on ne cherche pas la profondeur. L’enjeu est d’aller le plus loin possible. » Elle fait appel aux ressources physiques et mentales. « L’effort physique est important car on nage. Je dois donc gérer mon effort, mon oxygène, ma concentration. C’est un sport à 80 % mental. C’est pourquoi on peut le commencer tard et y performer dans la durée. »

Crédit Alex Voyer

Dépasser l’envie de respirer

Arthur explique qu’il y a une énorme différence entre l’envie et le besoin de respirer. L’apnéiste dépasse l’envie de respirer. Il leadompte grâce au relâchement, à l’entraînement et à la visualisation. « Le relâchement est mental et physique. A la gymnastique mentale se couplent la condition physique qui facilite la gestion de l’envie de respirer, et l’entraînement avec l’acquisition de techniques de nage. La performance est atteinte lorsque tous les facteurs sont réunis. »

« Voir jusqu’où je peux aller »

Chaque fois qu’il atteint un paroxysme dans sa discipline, il veut en découvrir une autre.
En mars 2017, Arthur relève un nouveau défi : nager en apnée sous la glace. « J’avais franchi la barrière mythique des 300 mètres en bassin, une sorte de consécration. J’avais dès lors envie de me renouveler dans ma pratique. » Il contacte le Guinness et propose de dépasser le record du Monde d’apnée sous la glace alors à 155 mètres. « Comparés à 300 mètres en bassin, je me suis dit que 175 mètres ce serait du gâteau ! »

Ce type de performance se fait en one shot avec une séance de repérage la veille. Arthur plonge en plus sans son équipement habituel, perdu par la compagnie aérienne… Concentré et déterminé, il s’engage sous 80 centimètres de glace d’un lac gelé en Finlande. L’eau est à zéro degré et des trous de sécurité sont percés tous les 25 mètres. « En réalité c’était pharamineux ! Les derniers 25 mètres ont été difficiles et j’ai fait appel à toutes mes ressources mentales et physiques. »

Prochaine étape, la mer !

Arthur vise désormais la sélection en équipe de France de profondeur en mer. « C’est un monde différent, il faut travailler sur l’acceptation de la pression, adapter son corps à l’hyperbarie. » Le plaisir de varier ses pratiques et de découvrir autre chose ne sont pas étrangers à ce nouveau défi.
Après 5 ans en bassin, « aller en mer, c’est aller aux origines de ce sport. J’ai envie de voir où cela va m’emmener, de jouer dans des eaux autres. Le risque de s’éloigner de la surface est différent de celui de dépasser un réflexe de survie primaire en piscine. Et puis, il y a la dimension symbolique, depuis Le Grand Bleu, mais aussi l’envie d’aller découvrir ce qui se cache dans les profondeurs. »

5 titres de champion du monde / 4 records du monde

En apnée dynamique à la brasse sans palmes (petit bassin – 200 mètres, 4 minutes) : record du Monde
En apnée dynamique avec palmes (300 mètres, 4.30 minutes) : record du monde
Dans le « cube » : l’athlète s’immerge à 10 mètres de fond dans la mer autour d’un carré de 15 mètres de côté matérialisés par un câble (201 mètres) : record du monde
Record du monde d’apnée sous la glace sur 175 mètres (Guinness des Records)

facebook.com/ArthurGuerinBoeriOfficiel/

instagram.com/arthurguerinboeri/

 

Prédispositions génétiques

Lorsqu’un humain se met en apnée, une série de réflexes physiologiques de survie se déclenchent. Grâce à l’entraînement physique et mental, et à des prédispositions génétiques hors du commun, Arthur peut les exacerber, et aller au-delà du besoin de respirer. « Tout le monde peut faire de l’apnée. Mais pour entrer dans le top 10 mondial, il faut des prédispositions génétiques. »
Arthur a un autre secret : il est l’un des seuls apnéistes de haut niveau à ne jamais avoir atteint son seuil syncopal. Lorsque l’apnéiste a dépassé l’envie de respirer, il approche du besoin de respirer. Il peut encore le dépasser et flirte alors avec le risque de syncope hypoxique. Lorsque le taux d’oxygénation a chuté en dessous d’un certain seuil, les capteurs neuronaux déconnectent le cerveau afin d’économiser encore l’énergie pour que le sportif survive sans apport d’oxygène. « La performance en apnée est liée au seuil syncopal, lui-même lié à la génétique, à l’entraînement, à la gestion du stress et au relâchement. »

A la recherche de sponsors

Seuls 3 apnéistes français professionnels peuvent vivre du sponsoring. Arthur considère que c’est une chance, mais admet aussi que c’est difficile de toujours être à la recherche de partenariats. « Cela me prend beaucoup de temps et d’énergie, et j’ai toujours la préoccupation du lendemain… »

CREDIT STEFANO BORGHI

 

Un univers magique et fascinant au fort potentiel de communication

Le sportif travaille avec Mercedes-Benz et est en cours de négociation avec les vêtements Boutique Arthur, ainsi qu’un horloger de luxe célèbre. « Je ne suis pas en exclusivité, je suis donc disponible pour d’autres sponsors. » Il reçoit aussi l’aide de mécènes. Pour Arthur le potentiel de communication de l’apnée reste néanmoins sous-estimé. « C’est un sport intriguant, fascinant, qui dégage une certaine magie. »

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