Mercredi 14 novembre, le rappeur Sofiane a mis le feu à Sciences Po. Non pas pour un showcase, mais pour une conférence dans le cadre des « Rendez-vous de la création », organisés par les étudiants du Master Communication Médias et Industries Créatives de l’IEP. Un moment d’échange, sincère et spontané, sur sa vie d’artiste, d’entrepreneur et de papa. Carton plein.

 

 « Sofiane à Sciences Po, c’est complètement dingue ! ». Dans la file d’attente, on n’en revient toujours pas. Un célèbre rappeur dans les couloirs de Sciences Po, 27 rue St Guillaume à Paris ! Et cela, grâce aux étudiants du Master Communications Médias et Industries Créatives de l’IEP qui l’ont invité à témoigner sur le collectif et la transmission au cœur du processus de création pour les « Rendez-vous de la création ».

L’excitation se fait sentir. D’autant plus lorsque l’artiste passe le long de la queue. Il salue les uns, prends des photos avec les autres. Grand sourire, il a l’air ravi d’être ici. Peut-être pas autant que les participants qui, l’heure approchant, s’engouffrent à toute vitesse dans l’amphithéâtre Jacques Chapsal, impatients. Les premiers rangs se remplissent aussi vite que les inscriptions à la conférence, ouverte à tout public, le jour de son annonce. Sold out en quelques heures. Sofiane, aka Fianso, s’est notamment fait connaître grâce à ses albums de rap, sa série de clips #JeSuisPasséChezSo et son émission de freestyles sur Youtube « Rentre dans le Cercle ».

#JeSuisPasséChezSciencesPo

Dès son arrivée dans l’amphi, le rappeur commence par mobiliser tout le monde pour un snap. « Ouvrez vos cahiers page 42 », lance-t-il, face caméra, avant de tourner son téléphone pour filmer l’auditoire, mort de rire. A ses côtés, Sébastien de Gasquet, directeur général adjoint et secrétaire général d’Universal Music France, qui cadencera la conférence. Frédéric Mion, directeur de Sciences Po inaugure la conférence. « Nous sommes heureux de recevoir Sofiane ce soir à Sciences Po car il a deux grandes qualités indispensables au processus de création : la détermination et la transmission ». « MC Mion » conclut son discours par une parfaite punchline : « Maintenant, Sofiane, vous pourrez dire « Je suis passé chez Sciences Po » », brille-t-il, récoltant admiration et applaudissements.

Sofiane feat la réussite

« C’est un honneur d’être invité à Sciences Po. Je n’aurais jamais pensé venir un jour ici dans ma vie », confie Sofiane en guise d’introduction. Fuse alors la première question de Sébastien de Gasquet : comment se sont passés tes débuts dans la musique ? Sofiane raconte son histoire, ses premières désillusions et son acharnement. Pour faire écho à ses propos, un extrait d’une de ses chansons est diffusé. Lettre à un jeune rappeur.  « J’ai écrit ce son car je voulais mettre en garde ceux qui se lancent dans le rap : même dans l’échec il faut se battre », se rappelle-t-il. Pour percer dans le rap game, le lyriciste a fait preuve de persévérance avant de saisir les ficelles de l’industrie musicale. « Il suffit de comprendre comment ça marche pour pouvoir percer. C’est comme si t’es à un match de foot, avec un ballon de rugby et une raquette de tennis, sans savoir ce qu’est un corner ou un penalty. Il faut se plier aux règles du jeu pour gagner !», plaisante-t-il.

Plus qu’un rappeur

C’est aussi un entrepreneur. Son conseil ? Se démarquer en proposant ce que personne d’autre ne propose. « C’est la seule façon de décanter l’industrie ». Le taulier du rap français démultiplie lui-même de nombreuses activités dans des domaines différents. Il est là où ne sont pas les autres rappeurs. 93 Empire, produit par son label  Affranchis Music, en est l’exemple. Un album qui rassemble des rappeurs, plus ou moins connus, tous issus de Seine-Saint-Denis, qu’il définit comme un « beau puzzle d’artistes qui se complètent ». Sofiane a en effet réussi l’exploit de tous les réunir comme il est devenu rare de le faire. Jamais sans sa clique.

Il s’est également essayé au cinéma dans Frères Ennemis (2018) et au théâtre dans le rôle de Gatsby le Magnifique, adaptée du roman de Francis Scott Fitzgerald. Il n’hésite plus à sortir de sa zone de confort et à essayer de nouvelles choses.

Vie de famille

Sofiane n’hésite pas non plus à évoquer sa vie personnelle, et notamment sa femme et ses enfants. Marié depuis ses 19 ans et père de 2 enfants, il raconte son quotidien partagé entre sa carrière de rappeur-entrepreneur et son rôle de père de famille. Il préfère dissocier les deux. « Je ne veux pas du « culte de papa ». Je ne veux pas qu’ils se sentent obligés de suivre mon exemple alors je ne les implique pas plus que ça dans ma vie professionnelle ». Un équilibre qui lui convient parfaitement et lui rappelle les valeurs familiales. « Mes enfants sont mon garde-fou : il m’aident à mettre plus de positivité et moins de vulgarité dans mes albums », avoue-t-il. La salle découvre une autre facette de l’invité.

Son secret de motivation

« J’aime me répéter que la perfection n’est atteignable que par la répétition, c’est ce qui me motive », dévoile le rappeur. Lorsqu’il a un plan en tête, il s’y tient. C’est d’ailleurs son meilleur conseil pour remplir ses objectifs et rester productif. « Concentre toi, fixe un point et ne lâche pas jusqu’à en devenir fier/fière. » Plus spécifiquement à destination des artistes en devenir, l’homme aux disques d’or recommande de s’inspirer de tout. Lui-même se définit comme « une vraie éponge ». Brassens, Apollinaire, Harry Potter, Le seigneur des anneaux … Rien ne vaut cependant le vécu. « Je me souviens, en boîte de nuit, un mec s’embrouille avec un autre et lâche un « Tu sais pas qui je suis moi ? Si toi t’es un bonnet, moi j’suis une cagoule ! » Et moi à côté, je note et je ressors cette phrase dans un morceau», raconte-t-il comme anecdote. Les connaisseurs se rappellent la chanson à laquelle il fait référence.

Des conseils qui portent déjà leurs fruits lors de la session questions-réponses. Un jeune homme, chanteur depuis tout petit, qui avoue s’être «incrusté à la conférence», fait écho au culot dont parle Fianso et lui demande devant tout le monde  s’il peut signer un contrat dans sa maison de disque ! Amusé, le rappeur lui propose de rentrer dans le cercle prochainement. Il clôture la conférence par un freestyle mémorable de sa célèbre chanson Toka, en cœur avec l’assemblée. Ovation pour l’artiste. Sciences Po s’en souviendra.