Marie-Anne Montchamp

« L’Etat qui oriente et porte les politiques sociales doit certes garantir un socle de solidarité mais surtout mobiliser tous les corps sociaux et intermédiaires dans le cadre d’un nouveau partenariat social. » Marie-Anne Montchamp, Secrétaire d’Etat auprès de la Ministre des solidarités et de la cohésion sociale.

Sur quels principes fondez-vous votre philosophie politique de la cohésion sociale ?
Ma philosophie politique de la cohésion sociale, comme vous dites, est celle du gaullisme social, une doctrine déjà un peu ancienne, mais qui est plus que jamais d’actualité. La crise a beaucoup perturbé nos concitoyens, dans leur vie personnelle, mais aussi dans leurs rapports aux responsables politiques, à la capacité de la puissance publique à agir. Dans un contexte de convalescence, qui s’annonce relativement difficile, je suis convaincue de la nécessité de rassembler la société. Nos concitoyens y aspirent. Il s’agit tout autant d’aider ceux qui en ont besoin que sortir d’un individualisme qui enferme chacun dans sa situation plus qu’il ne libère. Dans ce contexte, l’Etat qui oriente et porte les politiques sociales doit certes garantir un socle de solidarité mais surtout mobiliser tous les corps sociaux et intermédiaires dans le cadre d’un nouveau partenariat social. La solidarité, qui est une valeur première du Gaullisme est alors promue sous toute ses formes : solidarité nationale, solidarité de proximité, nouvelles solidarités… C’est donc ce référentiel qui guide mon action, et dans lequel je m’inscris lorsque nous travaillons avec Roselyne Bachelot au grand chantier de la dépendance voulu par le Président de la République. Au travers de cet exemple précis, on retrouve en effet l’Etat qui se saisit d’un sujet essentiel, qui consulte largement, qui étudie toutes les solutions. Si à ce jour rien n’est encore tranché, on retrouve effectivement cette idée d’une articulation, d’une ouverture à un panel de solutions, avec l’objectif de mettre en place un système respectueux de nos aînés et viable financièrement.

Pensez-vous que les entreprises et la fonction publique évoluent notamment en matière de handicap?
Indéniablement. Pendant très longtemps, les entreprises, les responsables d’administration – comme les politiques d’ailleurs – ont considéré que les personnes handicapées n’avaient pas vraiment leur place dans la vie active, et aucune mesure n’était donc prise pour les intégrer dans le monde du travail : on préférait souvent même verser des allocations plutôt que d’aider les entreprises à aménager des postes de travail. Grâce à la loi de 1987 puis la loi du 11 février 2005 qui a renforcé la logique de participation sociale et oblige les entreprises et les administrations à employer 6 % de personnes handicapées, nous avons réussi à changer la donne : en six ans, le nombre d’entreprises n’employant pas de personnes handicapées a chuté de 78 %. Grâce aux nouveaux mécanismes incitatifs créés par la loi, les employeurs se sont progressivement émancipés de la contrainte en découvrant tout le bénéfice humain que les travailleurs handicapés pouvaient apporter.

Comment favoriser l’intégration des personnes handicapées dans les grandes écoles ?
Le premier enjeu est celui de l’information. Il faut arriver à dépasser les a priori qui poussent trop souvent professeurs, familles, et parfois élèves eux-mêmes à choisir, du simple fait d’une déficience parfois marginale, des filières courtes alors qu’ils ont la qualification nécessaire. Ce mode d’orientation par défaut, outre la stigmatisation qu’il entraîne, est en partie responsable de l’inadéquation entre le profil des jeunes diplômés handicapés et les offres d’emploi dans les domaines techniques et industriels notamment. Ainsi des entreprises qui ont une politique volontariste en matière d’emploi des personnes handicapées se retrouvent confrontées à une pénurie de candidats répondant à leurs besoins. D’où la nécessité d’ouvrir encore davantage les grandes écoles aux personnes handicapées. Les conditions d’accès aux concours ont été facilitées depuis 2005 et la charte signée en 2008 par Valérie Pécresse avec la Conférence des grandes écoles a permis d’améliorer les conditions d’accueil et de développer l’alternance lorsque cela est possible. Pour autant, il faut bien avoir conscience que l’intégration des personnes handicapées dans les grandes écoles ne passe pas simplement par l’installation de rampes d’accès ou d’ascenseurs : il est nécessaire de prendre en compte les besoins liés aux différents handicaps (déficience auditive, visuelle, physique…) et aussi le souci de faire participer ces étudiants à l’ensemble des activités de l’école.

Votre message aux élèves des grandes écoles ?
J’aurais deux messages. Le premier, c’est celui de l’engagement. Je pense que ces années d’études, dans un cadre privilégié, constituent une très belle opportunité de découvrir la solidarité, de mettre son temps et ses qualités au service de ceux qui en ont besoin. Qu’il s’agisse d’aider des lycéens en difficultés, d’organiser des projets de solidarité et humanitaire, tous ces projets ont en commun d’être particulièrement enrichissants pour ceux qui les portent, pour ceux qui en bénéficient, et pour je crois l’ensemble de la société qui sait pouvoir compter sur ces actions spontanées. Mon second message s’adresse aux futurs cadres : qu’ils soient demain des managers socialement responsables. Cela se traduira par le respect d’une certaine éthique au travail, qui lutte contre la souffrance, qui favorise l’intégration de nos compatriotes handicapés, qui reconnait la diversité des talents, qui sache donner sa chance à tous…

 

Patrick Simon