LES ENJEUX DE LA REPRÉSENTATIVITÉ DES FEMMES EN ENTREPRISE

 

Chaque seconde en Ile-de-France un train entre et sort de gare. Près de 3 millions de voyageurs empruntent ainsi chaque jour le réseau le plus fréquenté de France, géré par SNCF Transilien. A la tête de cette incroyable mécanique technologique et humaine, une femme. Rencontre avec Bénédicte Tilloy (ESSEC 82), Directrice Générale de Transilien et membre du Comité Exécutif du groupe SNCF, une manager qui a su mettre sa carrière sur les rails du succès.

Bénédicte Tilloy (ESSEC 82) est Directrice Générale de SNCF Transilien

Bénédicte Tilloy (ESSEC 82) est Directrice Générale de SNCF Transilien

Une femme de sens
Si Bénédicte Tilloy a fait ses premières armes dans le monde de la grande consommation, la voie alors privilégiée par les ESSEC addicts au marketing, elle s’est rapidement rendue compte que plus que d’une carrière toute tracée c’est de donner du sens à son travail dont elle rêvait. « Des événements personnels difficiles m’ont poussée vers d’autres horizons plus en adéquation avec mon envie de travailler au profit de la collectivité. Lorsque j’ai lu une petite annonce publiée par la SNCF qui recherchait des candidats motivés par une entreprise qui bougeait et se transformait rapidement, j’ai vite su que je devais tenter ma chance. Cette conviction n’a pu qu’être confirmée lorsque j’ai signé mon contrat de travail alors que j’étais enceinte. Une entreprise qui osait m’embaucher avec mon gros ventre m’annonçait forcément un parcours prometteur.» Et Bénédicte Tilloy ne s’était pas trompée. « J’ai eu la chance d’évoluer dans le groupe à des postes extrêmement challengeants. Après un premier poste au marketing, j’aurais pu assez naturellement me diriger vers la communication mais mes responsables attendaient plus de moi. Plutôt que de faire le pari de la simplicité, ils m’ont sortie de ma zone de confort pour me confronter au savoir-faire industriel historique de SNCF avec la mise en service du TGV Atlantique. Par la suite, mon passage à la tarification a donné un réel tournant à ma carrière que je souhaitais désormais consacrer à la conduite de projet et au management et que j’ai poursuivie avec le reengineering des trains Corail, à la Direction en charge des Contrôleurs puis à la Direction de la région de Paris Rive Gauche, avec ses 10 000 collaborateurs, où j’ai attrapé le virus Transilien. Gérer ce réseau, c’est faire intimement partie du quotidien des gens. Faciliter la vie de millions de personnes chaque jour, quelle meilleure occasion de donner du sens à son travail ? »

 

La parité ou les bénéfices de la prise de risque
Évoluant dans un secteur industriel encore très masculin, Bénédicte Tilloy n’a pourtant jamais ressenti la nécessité de devoir prouver plus que les autres sa légitimité. « Je ne me suis jamais sentie ostracisée. A mon arrivée dans le groupe, ma différence était plutôt ma culture client dans ce monde de culture technique. Jamais mise à l’écart, j’ai même parfois pu avoir le sentiment d’être la “femme du casting“. Mais aujourd’hui ce n’est plus le cas : nous sommes désormais 5 femmes au Comité Exécutif.» Mais si pour elle cela n’a pas été un obstacle à sa carrière, Bénédicte Tilloy reconnait que ce n’est pas toujours facile d’être une femme et de briguer des responsabilités. « Il y a encore des efforts à faire dans les métiers techniques. Il est indispensable de créer plus d’opportunités dans ces domaines et de pousser les jeunes femmes à oser les saisir, à défricher des terrains vers lesquels elles n’iraient pas naturellement. Nous avons tous à y gagner : leur vision est décalée et c’est de ce décalage que nait l’innovation.»

 

Entrainer plutôt que prendre le pouvoir
Car Bénédicte Tilloy est persuadée que la présence d’une part significative de femmes est fondamentale dans le monde professionnel, et particulièrement dans une société de service. « La diversité est notre raison d’être, nous devons ressembler à nos clients. L’humain est notre coeur de métier. Le client motive toutes nos décisions et nos collaborateurs sont les pivots de nos missions. En tant que manager, je donne à mes équipes une vison en me montrant intransigeante quant au sens de notre action, mais je suis aussi à leur écoute pour co-construire avec eux notre avenir. Je ne pense pas à mon rôle en termes de pouvoir mais en termes de capacité d’entrainement. Je ne revendique pas un périmètre d’influence mais agis pour trouver des leviers de développement. Ce qui me motive, ce n’est pas d’avoir un grand bureau mais de mettre en place des projets dans lesquels mes équipes me suivent.» Est-ce à dire qu’il faudrait créer de nouveaux codes dans l’entreprise ? C’est en tout cas l’opinion de Bénédicte Tilloy. « Le plus difficile n’est pas d’être une femme et d’avoir des responsabilités mais d’être une femme et d’être obligée d’agir en fonction de codes masculins. Il n’est en effet pas facile de tracer sa propre route lorsqu’on ne peut pas s’inspirer d’images qui nous ressemblent. Les femmes ont malheureusement trop peu de modèles auxquels s’identifier et c’est pourquoi je crois fondamentalement en l’utilité des réseaux professionnels, comme le Réseau SNCF au Féminin, qui permettent à celles et ceux qui se sentent seuls de se sentir nombreux. Si je ne suis pas la représentante d’un genre, je joue malgré tout un rôle de modèle. Je suis la preuve qu’être une femme et avoir de hautes responsabilités, c’est possible. »

 

Sortez de vos zones de confort
« Oser est le maitre-mot de la réussite au féminin. Osez dire ce que vous voulez faire et osez faire différent. Vos responsables ont souvent plus confiance en vous que vous en vous-même : renversez cette tendance et faites valoir vos compétences. N’hésitez pas à demander de l’aide, ce n’est pas un constat d’échec, bien au contraire. Dans l’exercice de mes fonctions, si je donne un cap à mes collaborateurs, si je joue le rôle de boussole, ce sont eux qui m’apprennent tous les jours mon métier. Faites le pari de la co-construction, vous en sortirez plus fortes et plus compétentes que jamais.»

 

Travailler mieux, consommer mieux
Pour améliorer la qualité de vie de ses collaborateurs et de ses clients dans une optique gagnantgagnant, SNCF Transilien ne cesse d’innover. « Pour aider nos 3 millions de clients quotidiens à optimiser et à mieux utiliser leur temps de transport, nous misons d’abord sur le digital. Grâce à l’Open Data, nous co-construisons l’information en temps réel avec nos clients. Chaque utilisateur doit pouvoir par exemple renseigner l’ensemble de la communauté sur des sujets très pratiques comme le trafic, le taux de remplissage d’une rame ou la possibilité d’y trouver une place assise. Les usagers euxmêmes réinventent ainsi leur mobilité : les problématiques de tous permettent à chacun de trouver des solutions individuelles. Nous oeuvrons aussi pour le bien-être au travail de nos collaborateurs comme en témoigne le projet pilote “Un bureau dans ma gare“. Un salarié travaillant loin de chez lui se voit offrir la possibilité de télétravailler depuis une gare proche de chez lui. En contrepartie, il s’engage à être disponible aux heures de pointe pour renforcer les équipes en gare lors d’éventuelles perturbations. » Autant d’initiatives qui s’illustrent comme de véritables accélérateurs de croissance.

 

CW.

 

Contact
benedicte.tilloy@sncf.fr