Sobriété, réduction de la facture énergétique, efficacité énergétique sont les maîtres mots des services à l’énergie alors que l’indispensable transition énergétique se prépare. Changement du modèle économique, des usages et des technologies vont offrir de belles opportunités pour les jeunes qualifiés dans les 30 ans à venir.

Modéliser l’avenir
Avec la dérégulation du secteur de l’énergie, les fournisseurs sont entrés dans une nouvelle ère. « Dans la mesure où l’énergie électrique devient un produit de marché comme les autres, il est soumis à une certaine spéculation, souligne Stéphan Astier, responsable de la formation eco-énergie de l’ENSEEIHT. La profession est amenée à réinventer son système économique qui associera énergie et numérique. »
A cela se couple une déstabilisation du marché liée au développement des énergies renouvelables. « Il faut prendre en compte une variété de coûts de production, des ruptures de production indissociables des énergies renouvelables et réaliser des projections à long terme, résume Francis Jutand, directeur scientifique de l’Institut Mines-Télécom. Ce travail de modélisation de la production et des consommations pour pouvoir quantifier, tarifer, organiser la distribution est typiquement du ressort d’ingénieurs. » « Adapter les courbes de charge à des comportements aléatoires tant du côté des consommateurs que de la production avec la montée des énergies renouvelables, voilà l’enjeu, résume Didier Mayer, directeur du département énergétique et procédés de Mines ParisTech. Avec entre les deux l’épineux problème du stockage. »

 

Piloter les consommations
« Le métier du fournisseur d’énergie a changé : il n’est plus là pour vendre du kilowatt mais pour répondre à un besoin énergétique, analyse Simon Cossus, intervenant à l’Ecole des mines d’Alès dont il est diplômé. Il doit repenser son service en se fondant sur le diagnostic des consommations pour comprendre les besoins de son client. » « Les services à l’énergie s’appuient sur la convergence entre les réseaux d’énergie et les réseaux d’informations ou réseaux intelligents (smart grid), ajoute Rémi Rigo-Mariani, ingénieur ENSEEIHT et thésard au sein de l’équipe Genesyst smart grid. L’accès à l’information sur les consommations permettant de les gérer. » Bientôt chacun disposera à la maison d’un outil lui permettant de faire le diagnostic de ses consommations, puis de les piloter. Ce service est déjà proposé aux entreprises et industriels.

 

Numériser les réseaux
Qui dit nouvelles énergies, dit aussi nouveaux réseaux, qu’il faut concevoir et déployer, relier aux réseaux traditionnels. « Ces réseaux ont pour impératif de pouvoir monitorer leur distribution, souligne Francis Jutand. Il faut numériser les données de consommation. » La maîtrise des consommations peut être passive, l’opérateur lissant sur l’année les pics de demandes en énergie, ; ou active en pilotant en temps réel les consommations. « Nous sommes dans la période de recherche et d’expérimentation (au sein d’un quartier solarisé de Nice, un projet mené par l’Ademe « Nice Grid ») avant de déployer les solutions et proposer le service proprement dit », précise Francis Jutand. Les métiers de R&D et de conception de systèmes et technologies sont donc porteurs dès aujourd’hui.

 

Un gigantesque gisement d’innovations
Autre domaine en devenir : les réseaux intelligents qui relient les objets pour les faire communiquer entre eux. « Il y a là un gigantesque gisement d’innovations et donc de métiers, pour la conception des objets communicants et des services de pilotage à distance pour plus d’efficacité énergétique », anticipe Francis Jutand. « La seule solution est d’innover pour minimiser les impacts et consommations, conclut le professeur Mayer. C’est là que sera le business demain. »

 

A. D-F