Qu’on le voit comme une vocation, une passion ou un sacerdoce, être à la tête d’une entreprise est toujours un job qu’on fait à 1 000 à l’heure et à 1 000 %. Un terrain idéal pour laisser s’installer peu à peu ce « nouveau mal du siècle » qu’est le burn out. Comment l’éviter ? Suivez les conseils de Vincent Aubin, professeur d’anthropologie à l’EMD-École de Management.

 

Le burn out ça concerne qui ?

Le burn out est une « pathologie de la responsabilité ». Il touche de facto des hommes et des femmes très investis dans leur famille, leur travail, leur mission au risque de « se cramer de l’intérieur ». Epuisement total résultant d’une hypertrophie de la responsabilité, il pompe sur leurs réserves psychiques et organiques jusqu’au trop plein… ou plutôt, jusqu’au trop vide : la disparition totale de leur énergie. Un syndrome auquel n’échappent évidemment pas les dirigeants d’entreprise, pour qui responsabilités, arbitrage, conflits et prises de décisions sont quotidiens. Mais contrairement aux idées reçues, le burn out touche finalement moins le « dirigeant winner » que le « dirigeant bienveillant », attentionné, dévoué, l’empathique qui fait siens les problèmes à régler.

#1 Mettez-vous des limites

Eviter le burn out c’est d’abord accepter de ne pas être tout puissant. Par nature, la tâche du dirigeant est interminable : il y a toujours un dossier à terminer, une question à approfondir, un nouveau prospect à démarcher…Le risque est de s’enfermer dans un piège narcissique : être toujours là pour tout le monde apporte beaucoup de satisfaction mais est aussi la meilleure façon de s’épuiser à la tâche. Alors acceptez de ne pas pouvoir tout faire et fixez-vous des limites que vous pourrez tenir dans la durée, comme quitter le bureau à 19h par exemple.

#2 Arrêter de déléguer : transférez la responsabilité

Des limites qui vont de pair avec un entourage qui assure et qui vous permet de disparaître sans qu’il ne se passe rien. Dans ce cas, plus question de déléguer (une notion qui sous-entend que vous restez responsable), mais bien de transférer votre responsabilité, de faire en sorte qui ceux qui appliquent une décision sont aussi ceux qui la prennent. Une politique qui nécessite de mettre en place une stratégie de « non sanction de l’erreur » (sauf en cas de faute grave bien sûr) afin de faire de l’erreur d’une personne, une occasion d’apprendre collectivement. Une stratégie qui suppose de faire en sorte que chacun ait les outils et les moyens nécessaires pour exercer sa responsabilité et puisse oser se jeter dans le grand bain sans avoir peur de se noyer.

#3 Préservez votre temps

Si tout dirigeant traverse évidemment des périodes de pression intenses où il doit veiller tard, préserver une hygiène de vie est indispensable. La déconnexion en fait partie. Tout le monde dans l’entreprise connaît le stress des 45 mails urgents du lundi matin mais y travailler le weekend pour prendre de l’avance est absolument destructeur. Vous êtes le dirigeant de votre entreprise, c’est à vous de donner l’exemple : alors déconnectez et ménagez-vous des espaces de liberté rien qu’à vous.

#4 Entourez-vous

La solitude du dirigeant n’est pas un mythe et est un terrain propice au burn out. Amis, numéro 2, homme de confiance, trouvez la personne avec laquelle vous pourrez partager vos soucis et qui saura vous parler sans détour si vous déconnez. En surtout, fuyez les flatteurs.

N’oubliez pas la médecine du travail

Un patron a le droit de ne pas aller bien et de le dire… mais pas forcément à ses collaborateurs, au risque de déstabiliser son entreprise. Et si le médecin du travail devenait son meilleur allié ? Il est en effet fondamental que la médecine du travail s’adapte aux problématiques des dirigeants afin qu’ils aient, tout comme leurs salariés, des lieux d’écoute assurés par des spécialistes. Vous êtes chef d’entreprise, vous avez le droit d’être épuisés et de pouvoir en parler à un interlocuteur extérieur sans que ce soit un signe de faiblesse.

#5 Déverticalisez les process

La suractivité, propice au burn out, est souvent le fruit d’un mouvement global dans l’entreprise. Il est donc nécessaire d’édicter des règles claires et précises sur des éléments factuels et particulièrement chronophages : durée et horaires de réunions, bonnes pratiques des mails,… Des règles que chacun est légitime à rappeler lorsqu’elles sont transgressées. Le jeune dip’ tout juste embauché ou le cadre sup’ qui évolue dans votre entreprise depuis 10 ans ont tous les deux le même droit de rappeler qu’une réunion après 17h n’a pas lieu d’être.

#6 Partagez avec vos pairs

Quels sur soient les problèmes que vous rencontrez dans votre entreprise, soyez sûrs d’une chose : vous n’êtes pas le seul dirigeant à y avoir été confronté. Trouvez le cadre de confiance qui vous convient (le Centre des Jeunes Dirigeants par exemple) et échangez avec vos pairs. Dédramatisation garantie !

#7 Faites de la reconnaissance la meilleure réponse aux doléances

On a tous besoin de se plaindre et une fois que c’est fait on va mieux. Face à un problème, vos collaborateurs n’attendent pas forcément une solution, ils veulent avant tout être entendus. Alors ouvrez leur votre porte et écoutez-les sans que leurs problèmes deviennent systématiquement votre affaire personnelle. Reconnaître et prendre en compte leur souffrance et leurs difficultés c’est déjà y remédier un peu.