Anne Baltazar, présidente de l’Agefiph et Ségolène Neuville, ancienne Secrétaire d’État en charge des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion, nous livrent leurs réflexions à propos de l’insertion professionnelle des personnes handicapées. Faisons un point sur les actions menées depuis 5 ans, la formation apportée et les actions concrètes menées pour favoriser l’insertion professionnelle à ces jeunes talents.

 

Anne Baltazar, présidente de l’Agefiph

Où en est-on de l’insertion professionnelle des personnes handicapées ?

Le nombre d’entreprises ne répondant à l’obligation que par une contribution financière baisse régulièrement et n’est plus que de 8 %. Plus de 920 000 personnes bénéficiaires de l’obligation d’emploi sont en poste. Pour autant, il faut continuer à se mobiliser. Le taux d’emploi direct de personnes handicapées dans les entreprises privées est aujourd’hui de 3,3 %. Le taux d’emploi global, intégrant le recours à la sous-traitance, est à peine plus élevé : 4 %. Ces chiffres ne doivent pas occulter le fait que le nombre de personnes handicapées qui travaillent dans les organisations de 20 salariés et plus a progressé fortement passant de 336 900 en 2010 à 400 400 en 2014, soit une progression de près de 19 %.

Quel regard portez-vous sur la situation actuelle des travailleurs handicapés ?

Nous assistons ces dernières années à un changement en profondeur des mentalités, la société évolue. On le voit notamment au travers du succès de films comme « Intouchables » ou « La famille Bélier », par le succès médiatique des athlètes français dans les compétitions paralympiques, mais aussi grâce aux efforts de communication qui ont été faits. Nous assistons aussi à une mobilisation croissante des entreprises qui ont intégré la problématique de l’emploi des personnes handicapées dans leur politique de ressources humaines.

Quelles actions concrètes menez-vous pour favoriser cette insertion ?

Insertion, maintien, formation (notamment recours à l’alternance), compensation, mobilisation du monde économique et social… Près de 220 000 interventions auprès des personnes handicapées ou des entreprises ont ainsi été financées en 2016. Il peut s’agir de l’accompagnement de demandeurs d’emploi dans leurs démarches de recherche d’emploi, de conseils à des entreprises qui souhaitent recruter des collaborateurs handicapés mais également d’aides financières pour un projet de formation ou l’aménagement d’un poste de travail en compensation du handicap. Près de 30 % des budgets d’intervention de l’Agefiph sont ainsi consacrés à la prise en charge d’actions de formation professionnelle.

 

Ségolène Neuville, ancienne Secrétaire d’État en charge des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion

Quelles actions ont été menées depuis 5 ans ?

Depuis 2012, il s’est tenu deux comités interministériels du handicap ainsi que deux conférences nationales du handicap. Une feuille de route gouvernementale a ainsi été établie à partir, notamment, des témoignages des personnes concernées et des propositions des associations qui les représentent. Tous les domaines de la vie y sont pris en compte : la scolarisation, la formation et l’emploi, le logement, l’accessibilité du bâti et numérique, l’accès aux soins, le sport, les loisirs ou encore la culture. Car l’esprit de la loi « handicap » de 2005, c’est bien de sortir d’une logique où la politique du handicap se résumerait à des places en établissements spécialisés, à un minimum social spécifique et à des aides monétaires de compensation. Ils sont certes indispensables, mais ne peuvent pas répondre à l’ensemble des aspirations des personnes concernées.

Et plus concrètement ?

Sur les 201 mesures de la feuille de route globale gouvernementale, la très grande majorité – 67 % – ont déjà été prises et 29 % sont en cours de réalisation. Seules 4 % des mesures ont été abandonnées, car jugées irréalisables après un examen plus approfondi.

Quid de la formation ?

Nous avons fait un effort considérable en matière de formation : 50 000 demandeurs d’emploi en situation de handicap ont bénéficié en 2016 du plan « 500 000 formations supplémentaires ». 3 500 postes en entreprises adaptées ont aussi été créés depuis 2012 ; un nouveau contrat d’engagement de l’État à financer sur 5 ans 5 000 postes supplémentaires en entreprises adaptées vient d’être signé. Nous avons enfin promu le dispositif d’emploi accompagné pour favoriser l’insertion en milieu ordinaire de travail en soutenant à la fois le salarié et l’employeur.

Et demain ?

Ce que je souhaite pour l’avenir, c’est que l’accès au milieu ordinaire des jeunes en situation de handicap continue d’être une priorité. Il n’y a aucune raison pour qu’ils ne puissent pas, grâce à des accompagnements adaptés et aux aides à la compensation, vivre et travailler avec les autres, et comme les autres.