Longtemps confinées dans un rôle complémentaire des sciences dures, les SHS reviennent sur le devant de la scène comme nous l’expliquent Françoise Thibault, déléguée générale de l’alliance Athéna et vice-présidente de la Fondation Maison des Sciences de l’Homme et Sandra Laugier Directrice adjointe scientifique « interdisciplinarité » de l’Institut des sciences humaines et sociales, et chargée de mission « Science en société » auprès du Président du CNRS. – Par Patrick Simon

 

Quelle participation des SHS à la résolution des problèmes sociétaux ?

FT – Le domaine des SHS regroupe un vaste ensemble de disciplines qui s’intéressent aux activités humaines exercées individuellement ou collectivement. L’inquiétude profonde liée à l’avenir de la planète comme à l’évolution de certaines sociétés a mis un frein à la solution technologique comme source de croissance et de bien-être. La solution aux difficultés actuelles réside dans la prise en compte globale des problèmes. Le besoin d’interdisciplinarité concerne la collaboration entre les grands secteurs scientifiques. Dans le programme Horizon 2020, l’Union européenne soutient les programmes de recherche qui s’attaquent aux grands défis sociétaux, privilégiant le travail en commun de chercheurs issus des sciences dures et des SHS. Les résultats montrent que ce changement de perspective étant loin d’être réalisé, à l’Alliance Athéna, nous avons réaffirmé l’idée que les SHS devaient être sollicitées au moment de la définition de la question et non pas uniquement en fin de processus.

 

Les SHS, facteur d’innovation ?

Françoise  Thibault © ChDelory

Françoise
Thibault © ChDelory

FT – Il existe de nombreux travaux en SHS sur l’innovation qui montrent la diversité des problématiques qui y sont liées. Dans le numéro 90 de la revue Quaderni, Bernard Paulré rappelle les différents processus liés à l’innovation que les SHS explorent. En matière de nouveauté techno-économique, les SHS analysent en amont l’intérêt de la création des produits et en aval les usages de cette nouveauté. L’étude des acteurs à l’origine de l’innovation permet de comprendre pourquoi l’innovation émerge d’un espace particulier et le rend performant. L’évaluation de l’innovation va au-delà de celle du marché en montrant les conséquences qu’elle entraîne pour la société. Enfin, toute innovation perturbant le système économique, l’appréciation de l’impact sur le bien-être des populations est majeure et on le mesure bien aujourd’hui.

L’impact du CNRS en SHS sur les établissements d’Enseignement supérieur…

SL – Depuis la mise en place de politiques de site, le CNRS est très présent dans les grandes structures de l’Enseignement supérieur. On trouve ainsi des chercheurs du CNRS en SHS sur des sites comme celui de Saclay consacré essentiellement aux sciences dures, et ils peuvent jouer un rôle important, avec leurs UMR et des programmes transversaux – notamment grâce à la création de la Mission pour l’interdisciplinarité qui permet de couvrir toutes sortes d’enjeux actuels, comme l’énergie, les Big Data… en intégrant les SHS à des programmes scientifiques. La science ne suffit pas à assurer le bien-être de l’humanité ; le progrès technique et technologique qui n’a pas empêché l’avènement du nazisme et les massacres du XXe siècle, peut déboucher sur des catastrophes industrielles (Tchernobyl et Fukushima) ou des scandales sanitaires. La science suppose désormais d’inclure l’humain, non comme un supplément ou une application, mais comme donnée. Le passage de la science et de la technologie à des décisions politiques implique donc une réflexion issue des SHS.

 

Comment les SHS contribuent-elles à la valorisation des territoires ?

Sandra  Laugier

Sandra
Laugier

SL – C’est dans les territoires qu’il faut mettre en œuvre les SHS, notamment dans les grands projets d’aménagement afin de prendre en compte les souhaits et besoins des citoyens au niveau de la démocratie locale. Au niveau territorial, trop de décisions sont prises avec des simulacres de consultation alors qu’il faut s’intéresser aux intérêts de toutes les parties prenantes dès lors qu’on présente un projet politique. Dans le système capitaliste, les entreprises ont besoin d’utiliser toutes les ressources humaines, et toute la diversité de la société pour générer de la performance et de la créativité. Le CNRS se trouve très impliqué en SHS sur des recherches qui relèvent du travail, des évolutions des entreprises et de la situation des salariés dans différents domaines (ergonomie, robotique, communication, rapports sociaux, etc.)