A Saint-Etienne, SAM Outillage est une manufacture de l’outillage à main depuis près de cent ans. Frédéric Champavere (Sciences Po 78) a repris la direction, il y a deux ans, de cette PME qu’avait fondée son arrière grand-père. Cet énergique quinquagénaire engrange déjà des victoires ! Un PDG hors norme pour qui bonheur rime avec entrepreneur.

Frédéric Champavere (Sciences Po 78), Président directeur général de SAM Outillage

Frédéric Champavere (Sciences Po 78), Président directeur général de SAM Outillage

Vous faisiez carrière dans l’industrie pharmaceutique, qu’est-ce qui vous a donné envie de reprendre la direction de SAM Outillage ? Au vu de votre parcours quels conseils donneriez-vous à des étudiants ?
Pendant vingt-huit ans, j’ai travaillé dans l’industrie pharmaceutique américaine. D’abord chez Eli Lilly puis chez Johnson & Johnson. J’ai quitté ces deux groupes parce que je ne voulais pas vivre aux Etats-Unis jusqu’à la fin de mes jours. En 2005, j’ai créé ma propre société, Pharma- Omnium et j’ai levé 100 millions d’euros avec un fond d’investissement qui est devenu majoritaire dans mon capital. J’ai alors été confronté à la dure réalité du capitalisme financier que j’abhorre parce qu’il va à l’encontre de la vraie raison d’être des entrepreneurs. J’ai revendu mes parts et au même moment la direction de SAM Outillage m’a appelé pour concrétiser une stratégie de développement. Car cette entreprise très saine financièrement s’était essoufflée. Je connaissais bien SAM , non seulement parce que j’avais siégé pendant vingt ans au conseil d’administration, mais aussi parce que lorsque j’étais gamin j’arpentais les ateliers avec mon grand-père… Aux étudiants, je donnerais le même conseil qu’à mes trois garçons : partez ! Personnellement si je n’avais pas eu cette carrière internationale je n’aurais jamais eu cette ouverture d’esprit, cette compréhension de l’autre et cette appréhension de la diversité. Pour réussir professionnellement, il faut quatre C, un peu de Cerveau, du Coeur car on ne peut pas réussir contre les gens, du Courage et de la Chance qu’il faut savoir saisir !

 

« Même dans l’outillage, qui est le plus vieux métier du monde, l’avenir réside dans notre capacité à innover. »

Vous fabriquez une grosse partie de votre production en France pourquoi ?
Historiquement nous sommes un fabricant d’outillage à main professionnel et nos clients sont les distributeurs de fourniture industrielle. Mais les utilisateurs de nos outils sont les entreprises ou les artisans de la maintenance industrielle, de l’automobile et du bâtiment. Un tiers de nos 9 000 références est produit totalement dans nos usines, un autre tiers partiellement et le dernier tiers est sous-traité Europe et une petite partie en Asie essentiellement à Taiwan, surnommé dans le métier le petit Japon. Cette capacité de fabrication made in France n’est ni un outil marketing, ni un effet de mode mais elle nous permet d’être beaucoup plus réactifs. Quand un constructeur automobile nous dit : pour ce nouveau modèle il à notre service R&D et à nos ateliers pour configurer l’outil adéquat. L’avenir est à la personnalisation des solutions et des produits. Cela rend la localisation en France automatique.

 

Dès votre arrivée, vous avez fixé l’objectif Cap 100, c’està- dire 100 millions de chiff re d’aff aires en 2017. Comment comptez-vous y parvenir ?
Notre stratégie est bâtie autour d’opérations de croissance externe avec des acquisitions ciblées (on en a fait trois en deux ans !) et un fort investissement en R&D pour développer des solutions plus globales et des produits plus techniques. Historiquement SAM a été à l’origine de beaucoup d’inventions dans le domaine de l’outil. Il y a deux ans nous avons créé un service R&D de dix personnes ce qui représente un investissement de 5 % de notre chiffre d’affaires. Depuis nous déposons en moyenne deux brevets par mois ! Notre grande innovation aujourd’hui c’est le PEA (cf encadré), une solution pour laquelle nous avons obtenu l’automne dernier le trophée d’argent au salon Equip Auto parmi la centaine d’innovations présentés. de développer, sont des relais de croissance insoupçonnée même pour nous !

 

Vous êtes PDG de SAM , comment travaillez-vous avecvotre cousin, Olivier Blanc, qui est Directeur Général ?
En parfaite osmose ! Nous sommes très complémentaires puisque je n’ai pas de connaissance intrinsèque du métier alors que lui travaille direction, l’objectif à atteindre et son rôle c’est de faire travailler tout le monde pour y arriver. J’ai aussi pris en charge la stratégie capitalistique. SAM étant cotée en bourse, des fonds d’investissements privés étaient montés au capital de façon un peu sournoise et avaient atteint 36 % du capital. Nous avions perdu la totale maitrise de l’entreprise puisque certaines décisions de l’Assemblée générale nécessitent les deux tiers des voix. Nous avons lancé une OPA sur les titres que nous ne possédions plus et la quinzaine d’actionnaires familiaux détient à nouveau, depuis cet automne, 98 % de l’entreprise. L’actionnariat familial permet de s’inscrire dans le long terme.

 

Quelles opportunités offrez-vous aux jeunes talents qui sortent des grandes écoles ?
Mon arrière grand-père et mon grand-père ont fait l’école des Mines de Saint-Etienne. Nous accueillons de nombreux stagiaires de cette prestigieuse école tous les ans et au total quelque 80 stagiaires de tous les horizons. Les stagiaires nous permettent d’appréhender des candidats potentiels à l’embauche mais leur permettent à eux aussi de nous appréhender ! C’est au contact de cette génération que nous « marketons » notre programme commercial. Nous avons conscience qu’une entreprise comme la nôtre n’est pas forcément sexy. Elle incarne pourtant des valeurs fondamentales, comme la valeur travail, dans une région où la qualité de vie est exceptionnelle.

 

La boîte à outils révolutionnaire de SAM Outillage !
Puissance et Energie Autonome, le PEA
Adieu gros compresseur encombrant ! Le PEA , de l’air comprimé en bouteille, est arrivé ! Dans le dos ou sur un petit chariot, il permet mobilité et portabilité dans une travée, en haut d’un pylône ou dans les égouts. Le PEA , c’est une mine d’applications à venir. D’ailleurs de grandes entreprises dans ce domaine ne s’y sont pas trompées qui s’intéressent de très près à l’invention de SAM Outillage.
Le système RFID
Stanley-Black&Decker, le géant américain avait jeté l’éponge mais SAM Outillage l’a fait ! Car si le puçage passif existe, l’entreprise stéphanoise a développé le puçage actif des outils. A savoir équiper des outils d’une puce et d’une pile… voire d’un instrument de mesure miniaturisé Cela permet leur géolocalisation et même d’enregistrer ce qu’ils doivent faire. Pour Airbus et Eurocopter qui ont l’obligation de certifier que tout ce qui a été apporté sur le tarmac en repart, c’est vital !

 

Chiffres clés :
1906, François Blanc crée les Forges Stéphanoises. Séduit par la qualité de l’outillage apporté par les Américains pendant la guerre de 14, en 1921 il dépose la marque SAM (en hommage au fameux Oncle !) – 1989, SA M Outillage est cotée en bourse – 2001, SA M Outillage quitte les Forges Stéphanoises – Frédéric Champavere et Olivier Blanc sont la 4e génération à diriger SA M Outillage – 2013, 37 millions d’euros de chiffre d’affaires pour 220 salariés – 9000 références.

 

ML

 

Contact : www.sam.eu / Recrutement : drh@sam.eu