Dans un contexte socio-économique en profonde mutation, les écoles d’ingénieurs doivent faire évoluer constamment leurs cursus pour répondre aux besoins réels des sociétés. La proximité des écoles avec les entreprises leur permet d’anticiper les évolutions technologiques et de s’adapter en conséquence. Cette stratégie relève de la volonté d’assurer aux futurs diplômés une insertion réussie dans le monde professionnel. Un challenge d’autant plus ambitieux lorsqu’il s’agit de former des ingénieurs à des métiers qui n’existent pas encore.

Etienne Craye, président de la Commission Formation et Société de la CDEFI, Directeur de l’Ecole Centrale de Lille

Etienne Craye, président de la Commission Formation et Société de la CDEFI, Directeur de l’Ecole Centrale de Lille

Transmettre des compétences et non plus des savoirs
Une formation est principalement centrée sur la définition des compétences à transmettre aux apprenants. Former à des métiers qui n’existent pas encore implique de ne plus raisonner en savoirs disciplinaires mais en compétences. Il s’agit dès lors de ne plus cibler un métier, mais de transmettre un socle de compétences transverses, une capacité à agir et à réagir quelles que soient les situations professionnelles. L’ingénieur doit aujourd’hui innover, concevoir, concrétiser, organiser, communiquer, former, entreprendre. Il n’est plus seulement l’hyper technicien d’un produit ou d’un service, il est l’homme de toute une organisation, grâce à une palette de compétences qui ne sont en aucune façon attachées à l’exercice d’un métier.

 

S’affranchir des
savoirs et des technologies pour former à des situations professionnelles
plus qu’à des métiers spécifiques

Former les futurs ingénieurs à se former eux-mêmes
Il va de soi qu’on ne peut s’affranchir des savoirs scientifiques de base, qui constituent le socle de la formation d’ingénieurs. Les fondamentaux transmis ont certes vocation à être vrais dans l’absolu, ils sont cependant intimement liés à l’état d’avancement d’une technologie. Il faut dès lors faire en sorte que le jeune diplômé continue à s’approprier des contenus tout au long de sa vie. Apprendre à apprendre, en somme, et ce par l’ouverture, la sensibilisation et l’accrochage à un point d’entrée que peut être la recherche. En effet, la formation par la recherche met l’ingénieur dans des postures d’apprentissage en autonomie qui lui permettent de progresser par lui-même. Ces processus d’apprentissage offrent à l’apprenant une prise de conscience de son autonomie et de sa capacité à créer du savoir. On ne réceptionne plus le contenu, on pose soi-même la question. Le futur ingénieur doit comprendre, au cours de ses études, qu’il devra, sa vie durant, apprendre par lui-même, pour lui-même. Il continuera à se former tout au long de sa vie professionnelle en exploitant et en valorisant les savoirs acquis lors de sa formation initiale.

 

Apprendre à analyser sa situation professionnelle
Grâce à la proximité des écoles avec les entreprises, les étudiants ont le bénéfice de la connaissance du tissu industriel. Chaque mise en situation professionnelle doit cependant être l’occasion de prendre de la hauteur de vue pour appréhender les évolutions et anticiper l’apparition de nouveaux métiers. Cultiver chez les étudiants cette capacité à prendre du recul leur permet d’analyser leur propre situation et de savoir comment le tissu industriel rebondit et comment leur métier évolue en conséquence.

 

Former à l’adaptabilité
Enfin, former à des métiers qui n’existent pas encore, c’est doter l’ingénieur d’une capacité à comprendre l’environnement dans lequel il est immergé pour en devenir un « natif ». La proximité avec les entreprises et les stages, notamment, sont un facteur permettant très tôt l’acculturation de l’élève ingénieur à différents contextes. La dimension internationale de la formation, via l’immersion dans un environnement étranger et son appropriation progressive, vise également à développer cette adaptabilité. Cultiver son adaptabilité, c’est ainsi offrir la possibilité de s’adapter à de nouvelles postures professionnelles, pour être toujours prêt à faire face à des environnements changeants ainsi qu’à des situations de travail qui n’existent pas encore.

 

Par Etienne Craye, président de la Commission Formation et Société de la CDEFI
Directeur de l’Ecole Centrale de Lille