Club Aviron ESSEC

 

Le long de la promenade de Copacabana, l’Océan Atlantique vient border une mosaïque de pavés figurant des vagues blanches et noires. Et les familles brésiliennes et les touristes du Monde entier d’arpenter cette avenue légendaire, ponctuée par les palmiers et les mangroviers prospérant librement au gré de leur promenade, tout au long de ce « sol en mouvement ».

Cette carte postale de Rio de Janeiro est signée du pinceau du plus grand architecte brésilien du XXe siècle, Roberto Burle Marx

Cette carte postale de Rio de Janeiro est signée du pinceau du plus grand architecte brésilien du XXe siècle, Roberto Burle Marx

Né en 1909 à San Paulo, Burle Marx suivait des études de peinture en Allemagne, quand, à la faveur d’une visite d’un jardin botanique, il redécouvre la végétation brésilienne. Revenu dans sa patrie, il s’inscrit aux Beaux- Arts et fréquente Oscar Niemeyer et Lucio Costa. C’est en 1938, et après quelques essais, qu’il réalisa les terrasses-jardins du Ministère de l’Education. Ce projet retentissant marqua une rupture dans le paysagisme moderne et fit accéder son auteur à la postérité mondiale. Caracas, Miami, Berlin, Paris (les jardins de l’Unesco)… peuvent aujourd’hui s’enorgueillir de posséder une oeuvre paysagère de Burle Marx. C’est avec de telles réalisations que Roberto Burle Marx a su créer un style unique, mêlant organisation rigoureuse de l’espace, d’inspiration vaguement asiatique, avec désordre végétal. Ce dessin résolument moderne, admirateur de la courbe et du délié, savait s’installer au milieu du béton pour créer une oeuvre complète et vivante. Il ne se limitait pas cependant au déploiement de plates-bandes et d’arbres rares, c’était bien plutôt « la création d’espaces, de volumes. Sous la pergola en béton, les plantes pleuvent, l’eau coule et la lumière y est étrange ». Détrompez- vous, son apport au paysagisme moderne ne s’arrête pas là. Cet architecte moderne est surtout parvenu à faire du paysagisme une oeuvre totale. Ses jardins se fondent dans le cadre urbain qui les entoure : ils s’intègrent dans l’organisation des espaces intérieurs, extérieurs et le bâti. Ce maître était un artiste aux multiples facettes, céramiste, scénographe, musicien, joaillier, dessinateur, graveur, paysagiste et peintre. Grâce à cette dernière branche artistique il est parvenu à appliquer les principes de la peinture au paysage.
Il s’intéresse très jeune à la botanique. Ces études lui permettent de découvrir de nouvelles espèces aux charmes singuliers. Il souhaite les intégrer dans un système écologique respectueux des caractéristiques de la plante : les ensembles qu’il crée sont ainsi sains et harmonieux. Roberto Burle Marx fut l’un des premiers à se prononcer en défaveur de la destruction de la nature. Pour lui, comme pour beaucoup aujourd’hui, l’équilibre et la survie de l’espèce humaine dépendent de cette nature. Son travail consistait entre autre à comprendre l’espace architectural et à y établir un jardin, plaçant ce dernier en harmonie, en contraste ou bien au premier plan en fonction des constructions environnante. Son étude approfondie des plantes lui permettait de prévoir l’évolution de ses jardins en fonction de la saison. Il savait ainsi quels étaient la texture, la couleur et le volume des plantes tout au long de leur vie. De plus, il était conscient que la question de l’importation de plantes était délicate : il a dû rompre avec les modèles issus de l’Ecole des Beaux Arts, et diminuer ainsi la présence d’espèces exogènes dans ses créations. En effet, les plantes européennes ne s’adaptant pas au climat brésilien. Roberto Burle Marx a redonné aux plantes natives de son pays leurs lettres de noblesse. La conscience grandissante de la nécessité d’intégrer la nature dans l’un milieu urbain s’observe de plus en plus aujourd’hui. C’est une des grandes problématiques de l’urbanisme actuel. D’où l’idée d’intégrer une exposition-rétrospective de l’oeuvre de Roberto Burle Marx à la Cité de l’Architecture, particulièrement frappante par son caractère visionnaire et audacieux. La ville contemporaine est confrontée aux questions de développement durable, d’étalement urbain, de ségrégation sociale… Autant de problématiques qui gravitent autour de l’oeuvre de Roberto Brule Marx, ancrée dans la vie comme dans la ville.

 

Romain Doutriaux,
Andréa Lapras,
et Damien Saraceni